Les conseils
de la lettre mensuelle

Ces pages reprennent les conseils que nous donnons en toute modestie
dans les billets qui annoncent la lettre mensuelle. L'abondance venant, nous avons crée de nouvelles pages. Vous y serez automatiquement conduits en cliquant sur les titres des chroniques.
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A ce jour :
* Encadrement des estampes et dessins.
* Les "journées marchands".
* Les oeuvres et les ultra-violets.
* Entretien et nettoyage des tableaux.
* Abréviations utiles en bibliophilie. 
* Les multiples par infographie. 
* Encadrer et accrocher un tableau.  
* Acheter avec ou sans facture ?  
* La cote d'un peintre. 
* "Quand je serai grand, je serai antiquaire".  
* Deux "ficelles" pour les sculptures.   
* Si le bois joue, vous ne riez pas !  
* De bonnes sources pas trop chères ?      
* Le nettoyage d'une gravure ancienne.   
* Les "faux" Van Gogh et l'analyse stylistique  
* Savoir lire les mentions d'un catalogue   
* Brocanteurs du dimanche : une âme ou une carte ?  
* L'entretien des cadres dorés  
* Les bronzes et leurs ersartz   
* L'entretien de l'argenterie   
* Lentretien des pièces de céramique 

Avril 2002 :
Les faux et l'analyse stylistique 
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Une récente émission de TV a rappelé la contestation sur leur authenticité dont font l'objet plusieurs tableaux célèbres de Van Gogh. Cette querelle ne date pas d'hier. Ainsi, j'ai repris d'ancien exemplaires du Journal des Arts dont voici les titres en première page : 

- N° 39, 30 05 97 : "Van Gogh, les mises en examen se succèdent". Plus d'une centaine de Van Gogh sont aujourd'hui controversées, écrivait le périodique.

- N° 41, 04 07 97 : "Faux Van Gogh, la piste 'Schuff' se précise". Il s'agit évidemment du peintre Scuffenecker, sur qui pèsent les principaux soupçons.

- N° 48, 21 11 97 : "Le Docteur Gachet serait aux USA". Une banque américaine aurait racheté le tableau. Il est rappelé alors que les "Tournesols" acquis par la compagnie d'assurances Yasuda en 1987 pour 24,7 millions de GBP est alors et encore aujourd'hui contesté.

- N° 52, 16 01 98 : "Six Van Gogh écartés par le Kröller Museum". Il s'agit de tableaux faisant partie des collections du musée, retirés des salles afin d'être étudiés.

- N° 57, 27 03 98 : "Rebondissement pour le Van Gogh Yasuda". Des recherches alors récentes tendent à prouver l'authenticité de ce Van Gogh. 

Je me garderai d'émettre une opinion tant le sujet est sensible, et qu'il serait insensé de ma part de soumettre une opinion alors que les plus grands spécialistes sont -le terme est faible- partagés.

Mais cette émission n'apportait que de rares éléments qui m'aient réellement troublé, l'essentiel étant celui de l'application successive de couleurs primaires sur d'autres n'ayant pas eu le temps matériel de sécher (selon le rythme auquel peignait Van Gogh), et du résultat sur la toile.

Moins fiables à mon avis sont les conjonctures sur les détails stylistiques : ici une branche cassée, là le trait d'un vase moins affirmé, ou encore la manière de peindre une feuille de digitale dans "Le Docteur Gachet". Les historiens qui se penchent sur l'analyse stylistique se réfèrent à des éléments bien plus solides, et avec une circonspection souvent bien plus prudente que lorsqu'ils utilisent les moyens scientifiques désormais à leur disposition. Nous avons publié plusieurs articles sur ces sujets (Les blancs en peinture comme méthode de datation, ou le Service d'Archéométrie de l'Université de Liège, p ex).

Certains éléments stylistiques sont néanmoins déterminants. Ainsi, toute la grammaire classique ne se retrouve en menuiserie, et dans les autres arts, qu'après la découverte des sites d'Herculanum et Pompéi, soit au moins à partir de la fin du 18ème siècle. Ceci mériterait un article à lui-seul. Et quand on observe un mélange d'éléments stylistiques d'époques antérieures, on peut être quasi certain que l'on est au plus tôt dans l'époque Napoléon III, ou dans ce qui a suivi avec le cortège des styles "Néo" : Néo-Renaissance, Néo-gothique, etc, etc...

J'ai évité encore d'utiliser le terme "expert", ayant dit la fragilité de cette étiquette, en Belgique au moins. Quoi qu'on en dise parfois, la véritable expertise est modeste. Et comme en art, elle ne s'exprime valablement qu'à travers le doute permanent.

Mai 2002
Savoir lire les mentions d'un catalogue        
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Les libellés figurant dans le catalogue d'une vente publique doivent pouvoir être lus, si pas entre les lignes, en tout cas d'une manière suffisamment avertie que pour ne pas se faire le reproche d'avoir été naïf. Ces mentions sont en principe non équivoques dès lors qu'on en maîtrise le "jargon".

Elles sont impératives en France où les commissaires-priseurs, même depuis la loi qui réforme les ventes publiques, engagent leur responsabilité. En passant, je recommande de ne pas négliger les vacations des études de la province française : connaissant quelques salles du nord, j'y ai retrouvé souvent la convivialité de nombre de salles belges. Avec fréquemment l'avantage qu'en un dimanche, on peut voir l'exposition, participer à la vente et emporter ses lots.

En Belgique, j'ai déjà dit que les salles n'ont pas les mêmes obligations de garantie, mais une salle qui respecte sa clientèle s'en tiendra à ces libellés. De même, l'achat à un professionnel impliquera la validité de ces mentions sur une facture ou un certificat. Passons-en quelques-unes en revue :

"De" et "Par" sont des mentions qui garantissent que l'oeuvre -tableau, meuble ou objet- a été réalisée par l'artiste ou l'artisan dont le nom suit la mention. Il en va de même pour les mentions "signé de" sauf indications contraires, et "estampille de". Mais "porte une estampille Machin" ne garantit pas cette estampille.

"Signé "Picasso" " ou "Signature : Picasso" sont des mentions souvent retrouvées dans les catalogues belges. Ces indications sont à mon avis d'une portée nettement moindre que "De Picasso, signée" ou "signature de l'artiste", "signée par l'artiste" et a fortiori "signé de/par".

"Epoque" et "Style" sont des notions évidentes : un meuble d'époque Louis XVI a été fabriqué sous le règne de Louis XVI, un meuble de style reprend la grammaire stylistique mais est postérieur. Si des ajouts ont été faits après la réalisation du meuble, ils doivent être mentionnés. On lira par exemple "Bronzes rapportés". Mais il faut être attentif à l'entièreté du libellé :

"Commode Louis XV, bronzes dorés, d'époque" n'a pas le même sens que "Commode Louis XV, d'époque, bronzes dorés" : les bronzes peuvent dans le second cas être postérieurs.

"Attribué à" est une mention sans garantie, même si elle cautionne des présomptions sérieuses ; il ne faut pas négliger ces oeuvres, car il arrive que l'expert ait été prudent par excès ! Pour certains, cette mention implique cependant que l'oeuvre a été exécutée pendant la période de production de cet artiste.

"Dans le style de" signifie quasi inévitablement que l'oeuvre n'est pas de l'artiste (sauf erreur de l'expert que vous aurez détectée, savant veinard !). Il en va de même de : "Dans le genre de", "A la façon de", "Dans le goût de", "A la manière de"...

Le terme "Ecole de" est plus subtil. Je reprends les termes du décret français du 03 mars 1981 : 

"L'emploi des termes "ECOLE DE" suivis du nom d'artiste entraîne la garantie que l'auteur de l'oeuvre a été l'élève du maître cité, a notoirement subi son influence ou bénéficié de sa technique.
Ces termes ne peuvent s'appliquer qu'à une oeuvre exécutée du vivant de l'artiste ou dans un délai inférieur à cinquante ans après sa mort."
Lorsqu'il se réfère à un lieu précis, l'emploi du terme "ECOLE DE" garantit que l'oeuvre a été exécutée pendant la durée d'existence du mouvement artistique désigné, dont l'époque doit être précisée et par un artiste ayant participé à ce mouvement.
Source : Code de déontologie des galeries d'art.

"Atelier de" est une mention qui également engage l'auteur d'une certaine manière : l'artiste a au moins supervisé la réalisation de l'oeuvre, ou a eu des collaborateurs, des assistants qui ont contribué (en tout ou en partie) à sa fabrication sous sa responsabilité (sa férule, ses directives, ses plans ?). Tout de même, cette indication a valeur à mon sens, et de facto, d'un engagement sur l'époque.

Enfin, pour les multiples (gravures), il faudrait que la description indique de quel tirage il s'agit : l'original ou un postérieur. Les catalogues des libraires, dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais, sont les plus explicites à cet égard. Ils sont rédigés par des passionnés, et ceci explique cela.

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