LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Juillet 2005 
  Confrontation décoiffante entre porcelaines de Tournai 
  et porcelaines   d'aujourd'hui - D'immatériels lendemains
  
Au Musée Royal de Mariemont

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Indispensable, n’est-ce-pas, de remettre en question certitudes et a priori qui nous collent à la peau… Nous avons un peu tendance à fermer les yeux sur une évolution (culturelle ou autre) qui, si elle dérape parfois, n’en constitue pas moins une avancée.

Que serait, en effet, l’art gothique s’il n’y avait eu l’art roman ?  Que seraient Braque et Picasso s’il n’y avait eu les arts primitifs ? Béjart s’il n’y avait eu Nijinski ?…

Nous ferons donc bon accueil à cette confrontation décoiffante imaginée par le Musée Royal de Mariemont afin de jauger le devenir de la porcelaine dans le monde artistique actuel.

Réputée pour sa prestigieuse collection de porcelaine de Tournai, l’institution souhaite s’ouvrir aux créations contemporaines et l’initiative mérite l’intérêt.

Cap sur Mariemont dont les jardins sont un havre de bonheur boisé. Entre arbres séculaires et sculptures célèbres comme "Les Bourgeois de Calais" de Rodin se profile l’architecture moderne du musée abritant les collections de Raoul Waroqué.

C’est dans le grand hall et au second étage que se déroule l’actuelle exposition mettant en exergue la collection de porcelaines de Tournai et les créations d’artistes contemporains.

Remaniée depuis peu sur le thème de la couleur (grâce à l’architecte Agnès Vermeiren) et rejetant la linéarité de l’ancienne présentation, la collection  bénéficie d’un précieux apport de lumière naturelle et d’écrins colorés mettant en valeur les différents décors de porcelaine.

Le parcours est ponctué de panneaux explicatifs qui nous en apprennent long sur l’évolution de la production.

De façon plus vagabonde (disons moins chronologique ) le visiteur retrouve quelques merveilles de cette "fine porcelaine" fleuron du Hainaut d’antan.

Assiettes de style Rocaille rehaussées d’or, plats au décor bleu Ronda du XVIII° siècle, coffret complet contenant un service à thé aux paysages en camaïeu pourpre, éclatantes assiettes de ce fameux service commandé par le Duc d’Orléans et ornées d’oiseaux tirés de planches de Buffon parmi lesquelles l’orgueilleux "Paon" polychrome, charmantes statuettes d’amour en biscuit et –fierté de l’auteur de ce modeste article– un petit beurrier rond "à l’immortelle de Saxe" et une soupière ovale, décor en camaïeu bleu "Au romarin" dont elle possède un exemplaire ne sortant qu’en de rares occasions !…

En prolongement de cette nouvelle vision, un pendant contemporain a été développé. Le moins qu’on puisse dire est qu’on passe d’un extrême à l’autre. Des sages créations de la manufacture à une vision créative post moderne.

43 artistes, belges et étrangers, apportent leur réponse quant aux potentialités de la porcelaine…qui peut être design (mais oui) quand on découvre la cocasse série de "Gnômes intellectuels" en porcelaine dorée de Rik Delrue. Le nain de jardin réinventé !

Louise Bourgeois, éternelle écorchée, présente une porcelaine ( Manufacture de Sèvres ) intitulée "Nature’s study" faite de corps démembrés mi homme, mi femme, mi animal mi humain, qui en disent long sur la souffrance qu’elle véhicule au fond d’elle depuis des décennies.

Les "Six fagots de côtes humaines" en porcelaine de Laurence Dervaux fascinent autant qu’ils répugnent et l’ambiguïté de ce travail admirable déstabilise quelque peu le spectateur hésitant entre illusion et réalité.

Tout de porcelaine et de nylon (une acquisition récente du musée !) l’exercice, sans titre, de Clémence van Lunen pourrait s’appeler "dentier".

Les 50 gobelets en porcelaine de Piet Stockmans, dressés sur présentoir, ne sont pas aussi banals qu’ils ne paraissent. La transparence du matériau presque poudreux et la sobriété de l’alignement serré des objets font de l’ensemble un modèle de réflexion raffinée.

L’incontournable Wim Delvoye nous a imaginé, cette fois, un but de football en porcelaine et l’étrange sculpture en biscuit de la japonaise Nakamura interpelle le regard. Son socle en colonne torse, cette femme drapée, cet enfant dénudé évoquent l’antiquité tout en faisant éclater l’imagination du côté de l’irrationnel. Ils sont 43. Impossible de les énumérer tous mais tous ont quelque chose à dire même si la communication est difficile.

Preuve que nous avons encore du chemin à parcourir… et preuve aussi que la porcelaine n’a pas encore livré tous ses secrets. 

Colette Bertot         
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55ilcb11028.JPG (37923 octets)

Théière, Tournai

 

 

 

 

55ilcb11040.JPG (39640 octets)

Plaque Tournai,
Décor 'Ronda'

 

 

 

 

55ilcb11043.jpg (26874 octets)

Laurence Dervaux,
porcelaine biscuitée

 

 

 

 

 

Supprimé :
Piet Stockmans,
50 gobelets,
Droits Sabam

 

 

 

Musée Royal de Mariemont. 7140 Morlanwelz.

Tous les jours sauf les lundis non fériés de 10h à 18h.

Exposition accessible jusqu'au 18 septembre 2005.

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