LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Novembre 2004 
  Le banquet des animaux - Rencontre autour d'une table
  
A
u Château de Seneffe

;;
Cocorico…soyons parfois chauvins !

De passage aux Hospices de Beaune en cette fin d’octobre ensoleillée, nous poussions une tête à la Foire des Antiquaires occupant le superbe étage des lieux. Sous les toits vernissés, de luxueuses tables dressées étaient annoncées.

Bof… Quelques belles pièces d’argenterie voisinaient avec quelques services armoriés sur fond de nappes finement brodées.

Pour un véritable carnaval festif, cap sur le domaine du Château de Seneffe où l’exposition "Le banquet des animaux" nous convie à de bien plaisantes agapes !

Parce que il incarne une part symbolique de l’humain, l’animal a toujours fasciné l’homme. Des parois des cavernes aux vases antiques, des chapiteaux romans aux scènes de vie quotidienne à la Breughel, il est omniprésent et s’est octroyé, au fil du temps, une place à part dans les arts décoratifs dont celui de la table qui renvoie, en effet, à tous les sens que ce soit le goût, l’odorat, l’ouïe, le toucher…

A l’approche des fêtes, on ne peut que saluer ce fabuleux bestiaire.

Réels ou imaginaires, tous les animaux présents à Seneffe (il y en a plus de 120) participent à un spectacle fascinant et … ambigu parce que, sur toute table, l’animal joue un double rôle : celui de sujet qu’on déguste, enrobé de saveurs diverses et celui d’objet qui le représente.

Acceptons donc la valse des "ambivalences enivrantes" et entamons le parcours de l’animal à toutes les sauces.

Dans le cadre somptueux de Château de Seneffe, l’exposition regroupe en 5 thèmes différents les décors animaliers les plus fréquemment représentés.

En tête de liste, le monde marin a toujours fait la part belle aux décors de table. Depuis la nuit des temps, le coquillage séduit l’homme par sa beauté et la variété de ses couleurs. Les orfèvres des XVI° et XVII° siècles excellent à intégrer la pièce dans de somptueux montages telle cette "Coupe Nautile" polie, gravée, peinte, montée en vermeil sur un robuste Neptune au trident.

En faïence - de Delft, Bruxelles, Strasbourg – les terrines naturalistes prennent l’aspect des espèces pêchées et leur éclat est tel qu’il semble visqueux comme les écailles mêmes des poissons ! Carpes, brochets, dauphins aux décors polychromes et vifs jouent les trompe-l’œil gourmands.

Vient ensuite l’univers fantastique puisant son inspiration dans les contes et légendes du Moyen-Age. Théière à tête de redoutable dragon, rafraîchissoir décoré de serpents, licorne à corne torsadée symbolisent avec grâce frayeurs et mystères.

Passons à l’exotisme, sur fond sonore de jungle. Les animaux viennent de tous les continents. Suite à l’implantation de la Compagnie des Indes, les européens se prennent de passion pour eux et les orfèvres rivalisent de savoir faire pour représenter lions, tortues, singes, rhinos, oiseaux divers conjugués avec l’ivoire, l’argent, la corne.

Le hanap (ici superbe hanap, noix de coco, argent, vermeil en forme de chouette) est souvent plein d’astuces et se passe de convive en convive, les mettant à l’épreuve d’adresse et provoquant l’hilarité…

Les animaux de la campagne, eux, incarnent l’image bucolique de la douceur de vivre. Voyez cette terrine en forme de dindon dodu (Saint Omer) prête à accueillir de succulents pâtés, cette petite souris, en verre soufflé datant du XVII°, plus contemporaine que bien des objets d’aujourd’hui, et ce ravissant flacon en forme de cheval monté par un soldat en armure… Le verre se veut transparence et légèreté. Soufflé comme un ballon, il s’enfle, s’allonge, prend forme de flacon ou de bestiole et fait briller les yeux.

L’art de la chasse, enfin, se met à table dès le XVI° siècle quand naît l’engouement pour la chasse à courre et la fascination pour l’animal sauvage. Comment résister à l’élégance d’une timbale de chasse (argent et vermeil) en forme de tête de loup aux crocs redoutables ou à cette petite terrine du XVIII° en forme de cerf assis.

Esope n’est pas bien loin. Chaque objet raconte une histoire de convivialité et ce banquet où l’animal est servi à toutes les sauces ravit l’œil …autant que les papilles.

Colette Bertot         
 
;;   

*
Cliquez sur 
les miniatures 
pour voir l'oeuvre 
en grand format
*

 

 

47cbsnf1_terrine.JPG (21255 octets)

Terrine 

 

 

 

 

 

47cbsnf2_flacon.JPG (23766 octets)

Flacon

 

 

 

 

 

47cbsnf3_hanap.JPG (30983 octets)

Hanap 

 

Domaine du Château de Seneffe. 
Tous les jours sauf les lundis non fériés de 10h à 18h. 
Fermé les 24, 25,31 décembre et 1 janvier.
Jusqu’au 30 janvier 2005.

Copyright © 2004 Mémoires et Colette Bertot.
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade