LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Octobre 2004 
  Kalvis Zuters, un artiste venu de Lettonie
  
A la Galerie d'Haudrecy, Knokke le Zoute

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Intéressante exposition que celle présentée actuellement par la galerie d’Haudrecy dont la maîtresse des lieux s’est spécialisée dans la découverte d’artistes venus des pays baltes, ce qui n’est pas une mince affaire quand on songe aux difficultés engendrées par l’éloignement, la langue, le "fouinage" des académies, la visite des ateliers… Mais le résultat est là, probant comme une évidence.

L’an passé, nous découvrions Laïma Eglite, artiste lettone également, évoluant entre érotisme et orientalisme.

Kalvis Zuters qui retient ici notre attention est né à Jelgava en 1969. Passage obligé par plusieurs académies de son pays et premières expositions à Riga, puis à Atlanta, à Vienne, Linéart à Gand et aujourd’hui Knokke où ses personnages semblent prêts à affronter les grisailles de l’automne naissant.

Une telle atmosphère se dégage de leur présence qu’un doute s’insinue quand à leur réalité. D’où sortent t-ils ? D’où leur vient ce regard mystérieux, cette gestuelle gracieuse et figée inscrite en filigrane sur fonds sombres et sobres, ou au contraire, fantaisistes comme des rêves enfantins. Du rire au larme, il n’y a qu’un pas et l’artiste saisit, d’un coup de pinceau magique l’émotion contenue au détour de chaque "histoire".

Bien que Kalvis Zuters se défende d’être surréaliste, on ne peut nier à son œuvre une liberté totale d’inspiration et un penchant pour la fusion entre le réel et l’imaginaire. Mais on songe plus encore à Balthus, sa poésie, sa démarche à la fois fantastique et classique, sa façon presque irréelle de représenter sa pensée.

Compromis entre l’abstraction et la figuration, les tableaux de Zuters obligent le spectateur à les voir d’en haut comme s’il lui fallait prendre une certaine distance pour en mieux percevoir l’essence.

Les personnages sont représentés comme des automates, des poupées aux gestes mécaniques qui ne sont pas personnages réels mais pure perception d’un imaginaire qu’un métier économe et mesuré compose avec rigueur.

L’artiste est un fin dessinateur dont le trait fascine et donne à penser qu’il nous suffirait d’actionner quelques ficelles magiques pour mettre en mouvement ces poupées, faire sourire ces enfants tristes aux yeux baissés, offrir à ces femmes figées dans leur impénétrable froideur l’occasion d’exprimer leurs sentiments.

Tout en nuances, les coloris se déclinent des beiges aux bruns, des roses aux gris sombres, jamais vulgaires, jamais excessifs.

Parfois quelques mots, quelques architectures, posés sur le fond de la toile, disent un poème, un souvenir, un petit rien qui nous semble anodin mais recèle, sans doute, un trop plein d’invisibles émotions. L’artiste revient souvent sur son tableau, pour le peaufiner et aller toujours plus avant dans son processus de création. Il suffit, pour nous en convaincre de se laisser envoûter par le regard ambigu de la femme-enfant intitulée "Catalepsy". Ces yeux de porcelaine, cette petite bouche pincée, ces pommettes saillantes, cette peau diaphane et ses mains métalliques et trompeuses capables du pire et du meilleur !

L’art est chose sérieuse. Il s’élabore patiemment et Kalvis Zuters est de ces artistes qui en suit le lent cheminement.

Colette Bertot         
 
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46ilcb11zuters.JPG (35544 octets)

"Me, my mother
and beloved fox" 

 

 

 

 

 

46ilcb22zuters.JPG (17783 octets)

"Catalepsy I 2004" 

 

D’Haudrecy Art Gallery, 779 Zeedijk, Knokke Le Zoute.
Tel. 050/ 60.90.21.  Site : www.dhaudrecy-art-gallery.com.
Du vendredi au lundi de 11h à 13h et de 14h30 à 18h. ou sur rendez-vous.
Jusqu’au 10 octobre 2004.

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