LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Vera Lewijse.  Avril 2004. 
   "De Delacroix à Courbet - Rubens en discussion"
  
Entre ligne florentine et couleur vénitienne, Rubens permit de choisir.

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Dans le cadre  de Lille 2004 Capitale Culturelle de l’Europe, Le Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers prend part à une série d’événements à Anvers et à Lille autour de l’œuvre de Rubens.

Dans l’exposition d'Anvers, Rubens, Jordaens et d’autres invitent Delacroix, Ingres et Courbet à une confrontation entre les maîtres du dix-septième siècle et leurs admirateurs du dix-neuvième siècle. L’exposition propose un face-à-face entre tradition et innovation, en quinze dessins et une cinquantaine de tableaux.

Quittant les salons et dépôts de l’impressionnant Palais des Beaux-Arts de Lille, les maîtres français seront représentés à Anvers par leurs meilleures oeuvres.

Dans le catalogue qui accompagne l’exposition, Michèle Mayne, curateur, explique le rôle du Musée des Beaux-Arts de Lille, centre de la vie artistique de Lille au dix-neuvième siècle, puis le lien entre les Salons de Paris et les expositions à Lille, qui reflètent les débats exaltés dans le monde de la peinture à cette époque.

L’évolution du romantisme vers le genre historique, l’influence de la littérature dans la peinture, la présence des nombreux portraits qui soulignent l’importance de l’image dans une société bourgeoise, et l’apparition du paysage comme genre autonome sont commentés de façon claire et nette.

Herwig Todts, curateur également, explique le terme ‘Rubénien’ et l’influence de Rubens sur le ‘modernisme’. H. Totds expose la controverse qui est le sujet de Rubens en discussion et crée un dialogue entre les Poussinistes et les Rubénistes. Cette discussion sur l’importance du ‘disegno e colore’ entamée à la Renaissance, est la suite d’une rivalité entre la tradition Florentine et la tradition Vénitienne, qui se poursuit au dix-septième siècle.

Les adeptes de la ligne (Florence) : Giorgio Vasari, Giovan Pietro Bellori, Paolo Lomazzo, Frederico Zuccaro et Charles le Brun, Phillipe de Champaigne et André Félibien de l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, s’opposent aux  adeptes de la couleur (Venise) : Ludovico Dolce, Gabriel Blanchard, Roger de Piles, Charles de la Fosse, Jean Jouvenet et Pierre Mignard I, Premier Peintre du Roi et successeur de Charles le Brun. 

Finalement, c’est l’esthétique Rubénienne qui triomphera dans la peinture du dix-huitième siècle en Angleterre et en France avec les tableaux de J.A. Watteau, Fr. Boucher, J.H. Fragonard, Joshua Reynolds, Th. Gainsborough et John Constable pour en citer quelques-uns.

Inutile de dire qu'ils ne sont pas des peintres à l’exemple de mais qu’ils ont tous contribué par leurs propres talent et caractéristiques à l’évolution de l’histoire de la peinture.

Il était inévitable qu’au dix-neuvième siècle la figure de Rubens devienne le symbole par excellence pour un culte patriotique et chauviniste de la Belgique naissante. Il a inspiré par son coloris et sa facture tous genres de peintres.

Mais la vie continue et, sous l’influence de l’anti-académisme et même un certain dégoût pour le ‘trop’, les peintres modernes se laissent inspirer par le réalisme des maîtres hollandais du 17ième siècle comme Rembrandt, Van Ruysdael, De Hooch, Van Goyen et Vermeer. 

Dans ‘Epilogue : Rubens, Delacroix, Ensor’ , H.Todts nous parle des dessins de Rubens et de leur influence sur Delacroix et Ensor.   

Il faut malheureusement bien dire que la présentation, la lisibilité et la mise en scène même de l’exposition sont assez décevantes, comparées avec l’étonnant savoir-faire avec lequel le musée gâte généralement le visiteur : sans catalogue, celui-ci ne peut qu'errer dans l’histoire que l’on veut lui raconter.

Enfin, au milieu de la salle du 19°siècle, se présente un amoncellement de toiles, en une sorte de cube enserré de cordages. Cet ‘effet de l’art’ à réminiscence vaguement conceptuelle, semble poser la question : quand va-t-on nous prêter attention ? Une touche rafraîchissante et inattendue mais fort réussie. 

De Théodore Géricault (1791-1824), on peut voir les études pour ‘Le Radeau de la Méduse’ et une autre sur le thème de l’Assassinat de Fualdès. Antoine-Bernardin Fualdès, ex-fonctionnaire de l’Empire, fut victime d’un complot qui ne sera jamais élucidé. Il s’agit d’un événement qui avait profondément ébranlé l’opinion publique. Géricault se rattache à Michel-Ange et au Caravage. Ingres se rattache à Raphaël et à Poussin et poursuit sur la voie de l’idéalisme. 

De Jean-Auguste-Dominique Ingres, (1780-1867) on peut admirer son dernier autoportrait, signé ‘J. Ingres peint par lui pour la célèbre Académie d’Anvers.’  

De Marie-Philippe Coupin De La Couperie (1773-1851), L’amour fatal de Francesca da Rimini, inspiré par la fascination pour le Moyen Age du début du siècle et le cinquième canto de l’Inferno de Dante. L’attention pour le détail dans cette toile témoigne de l’influence du maître hollandais Gerard Dou (1613-1675) sur les peintres d’autrefois.

Les morts vont vite de Ary Scheffer (1795-1858) est une de mes toiles préférées dans cette exposition. La composition est superbe. On voit la mort qui emmène  une femme à demi-nue à cheval vers son monde des ténèbres. La mort au milieu, le cheval qui mène l’œil du spectateur vers la gauche, le dos courbé de la femme nue -une tache de couleur dans cette peinture en ocres bruns, au milieu, avec ses cheveux à l'horizontale- indique la vitesse avec laquelle le couple se déplace vers la droite.

De Gustave Courbet (1819-1877), Rochers à Ornans. Courbet qui fait vivre la réalité comme elle est, ni plus belle, ni plus laide. Son réalisme est un pur constat du vrai.

L’exposition offre donc une promenade parmi de très belles et fort intéressantes toiles.    

Le catalogue, bien illustré, offre images et analyses de plus de cinquante peintures et dessins. Il témoigne de la signification de l’exposition d’une manière très claire, il est vraiment un must lors de la visite de cet événement. Heureusement il y a à la disposition du visiteur un feuillet disponible gratuitement qui lui donne une idée plus claire du contenu de l’exposition.

Vera Lewijse,         
Historienne de l'art         
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Delacroix,
"Médée"

 

 

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Ingres,
Autoportrait

 

 

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Ary Scheffer,
"Les morts vont vite"

 

 

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Rubens,
Ste-Famille...

 

 

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Gericault,
"Assassins de Fualdès"

 

 

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La Salle Rubens,
KMSK Anvers

 

 

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Coupin,
"Amour fatal... "

 

Musée Royal des Beaux-Arts, L. De Waelplaats, B-2000 Anvers.
Information +32 (0)70 233 799 – www.rubens2004.be 

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G. Courbet,
"Rochers à Omans"

Concept et organisation: Koninklijk Museum voor Schone Kunsten en collaboration avec le Palais des Beaux-Arts de Lille
Commissaires de l’exposition: Herwig Todts et Leen de Jong (Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers) en collaboration avec Michèle Moyne (Palais des Beaux -Arts, Lille)
Mardi – samedi 10-17h.  Dimanche 10-18.00h.  Fermé le lundi.
Exposition accessible jusqu'au 13 juin 2004.

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