LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique de Dominique Piteux.  Avril  2004 
  Watteau et la fête galante : hommage par sa ville natale
  
Au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes.

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Le musée des Beaux-arts de Valenciennes accueille une exposition dont le thème est la fête galante. Ce thème rarement mis à l’honneur a été choisi afin de combler cette lacune, aucun ouvrage exhaustif n’existant sur le sujet.

 Le 27 août 1717, Antoine Watteau, natif de Valenciennes, est reçu à l’Académie de peinture et de sculpture avec une œuvre dont le titre est le pèlerinage à Cythère (le titre sera ultérieurement rayé et remplacé par fête galante).

La légende qui veut que ce genre ait été créé pour la réception de Watteau à l’Académie est donc discréditée, et Watteau fut exclusivement reçu comme "peintre".

L’introduction du catalogue est à ce propos très documentée et montre comment le mythe s’est créé, puis a été entretenu par les historiens de l’art les plus éminents. Ce n’est que peu avant la première guerre mondiale que ce titre de "fête galante" s’imposa, alors que depuis la mort de l’artiste cette formule n’était pas usitée.

Néanmoins c’est à l’Académie que revient l’honneur d’en avoir créé le terme, en dépit du temps mis pour qu’il soit couramment en usage pour qualifier la peinture de Watteau et de ses disciples.

Car la ville de Valenciennes fut non seulement le berceau de Watteau (1684-1721) mais aussi celui d’un de ses plus brillants disciple Jean Baptiste Pater (1695-1736).

La paternité du genre se situe dans les œuvres du moyen âge, la tradition flamande connue de Watteau, et aussi à l’admiration que vouait Watteau à la peinture Vénitienne largement représentée dans la collection de son protecteur Crozat. L’intérêt de Watteau s’inscrit dans le prolongement des goûts de ses protecteurs.

Au Moyen âge, les représentations de l’amour courtois (comme le jardin d’amour de Philippe Lebon, d’un anonyme flamand vers 1560) sont fréquentes. Elles suggèrent à Watteau de rompre avec la mythologie et ses créations festives s’inscrivent dans cette tradition.

Les dessins de Rubens, aussi dans la collection de Crozat, sont aussi source d’inspiration.

Outre cette connaissance des œuvres conservées par les collectionneurs, la vie de Watteau est basée  sur l’observation patiente des scènes dont il est témoin. (700 feuilles lui sont attribuées)

Les foires et les grands rassemblements populaires, lieux d’échanges économiques, sont les foyers vivants des relations sociales. Cette source d’inspiration vaut pour Watteau qui dans sa jeunesse a fréquenté ce spectacle urbain.

Jalons de la création du genre de la fête galante, ces tableaux descriptifs donnent par leur composition la possibilité pour le spectateur de s’arrêter sur des groupes détaillés tout en ayant une large vision de l’ensemble du sujet.

Les noces comme la kermesse ou la foire sont aussi traités de longue date par les peintres flamands. La signature du contrat, le repas de noces, le cortège des fiançailles, autant de thèmes traités par Watteau ou Nicolas Lancret (1690-1743), révèlent des groupes de personnages exprimant toutes les formes de la vie festive.

Autre sujet récurent, issu du Moyen-âge, le thème des saisons. Peintres de manuscrits, sculpteurs aux portails des cathédrales (Amiens par exemple),ont souvent associé le printemps et l’été à l’éveil de l’amour chez les jeunes gens.

Ces saisons traitées par Watteau entrent dans le processus de la mise au point du thème de la fête galante. Ce cycle des saisons réalisé pour son ami Julienne n’est plus connu qu’au travers de la gravure (celle de Brillon par exemple).

La déambulation, le sentiment de liberté et d’harmonie avec la nature font partie intégrante du genre. Les élégants personnages qui marivaudent sont totalement insouciants.

Néanmoins les personnages de Watteau sont animés de sentiments et parfois l’intrigue est sous-tendue. Les personnages ne sont plus des figurants de ces scènes mais de véritables acteurs d’une action menée dans une nature libre, imprévisible, envahissante.

Musique et danse, partenaires naturels de la fête, Watteau grand amateur de musique, font qu’il n’hésite pas à utiliser la représentation du musicien pour signifier la fugacité de ces moments de bonheur. De nombreuses œuvres de Watteau et ses suiveurs abordent ce thème.

Le repas constitue une véritable scène secondaire, mais Watteau ne s’attardera à ce sujet que dans une seule œuvre, La collation, (perdue mais connue par la gravure). Détails et accessoires de la vie quotidienne sont le plus souvent réduits au strict nécessaire dans les œuvres de Watteau.

Par contre les suiveurs useront et abuseront de citations précises et anecdotiques des détails des repas.

Scènes d’escarpolette, de Collin Maillard et autres jeux par trop souvent descriptifs et anecdotiques ne trouvent pas grâce aux yeux du maître.

L’escarpolette (ca 1712) de Watteau montre la maîtrise de la bienséance dont fait usage le maître ; ce ne sera pas toujours le cas des artistes représentant ces sujets. Les sages demoiselles de Watteau contrastent fort avec les représentations audacieuses que Boucher et Fragonard donneront du sujet.

Entre influences flamandes (kermesse, noces …) et influence italienne (coloris et compositions), Watteau sut tirer leçon de ses modèles pour y trouver les éléments essentiels de sa poétique (nature, couleur, musique)

Pour cette exposition réussie qui mérite un déplacement, un catalogue bien documenté apportera aux plus exigeants les renseignements qu’ils souhaitent.

Dominique Piteux-Valin,          
Historienne de l'art           

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"L'accord parfait" 

 

 

 

 

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Etude, 
sanguine 

 

 

 

 

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Le contrat de mariage

 

 

 

 

 

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"L'escarpolette"

 

 

 

 

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J.-B. PAter

 

 

 

Musée des Beaux-Arts, Adresse Bd Watteau 59300 Valenciennes.
Tel 00 33 3 27 22 57 20
Tous les jours sauf Mardi et 1er mai
De 10h à 18h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 20heures.
Conférence les jeudi à 18h15 sauf vacances scolaires.
Jusqu’au 14 juin 2004.

Copyright © 2004 Mémoires et Dominique Piteux.
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