LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique de Vera Lewijse.  Mars 2004 
  "Ecriture chiffrée - La collection Prinzhorn, ou collection Heideberg"
  
Une exposition au Musée Dr Guislain de Gand.

L'affiche

Pour ceux qui ont raté l’exposition La Beauté Insensée au Palais des Beaux-Arts à Charleroi en 1995/1996, l’occasion de rattraper cet événement est offerte par Le Musée Dr. Guislain à Gand.  

La fascination est immédiate et bouleversante. L’exposition Ecriture chiffré présente des livres faits par les patients eux-mêmes, une sélection d’écritures, de systèmes de codes.

Frappants sont l’intensité, la profonde concentration, le soin extrême, le manque en matière et les inspirations répétées et élaborées à l’infini.  

Le Musée présente une partie de la Collection Hans Prinzhorn. Cette collection formait le sujet de l’exposition sur l’art insensé qui a  voyagé de Heidelberg à Charleroi, Lausanne, Londres et Osnäbruck entre 1995 et 1997, et qui comporte dessins, sculptures et écritures. 

La collection qui depuis 2001 se trouve au Musée ‘Sammlung Prinzhorn’ à Heidelberg, porte le nom de l’historien d’art, docteur en médecine et en philosophie Hans Prinzhorn (1886-1933). Fasciné par la problématique de l’anthropologie culturelle, il recherchait l’origine du Gestaltung artistique ; autrement dit de la psychologie de l’urgent besoin de créer, de sortir -de donner expression aux archétypes de la mémoire. Il s’abstenait d’user du mot ‘art’ qu’il considérait comme trop chargé. Il lui préférait l’expression Bildnerei. Librement traduite : la mise-en-image.

Influencé et nourri dans ses recherches par l’art expressionniste Allemand de son époque, il analysait le sentiment schizophrène de l’existence. Parmi ces artistes contemporains : Die Brücke : E. L. Kirchner (1880-1938), E. Heckel (1883-1944), Karl Schmidt-Rottluff (1884-1976), Fritz Bleyl (1880-1966), Emil Nolde (1867-1956), Max Pechstein (1881-1955). Sentiment qui se reflète, comme une déambulation ambivalente, dans le domaine de la tension occupant l’esprit au stade préalable à la décision. Un sentiment qu’il retrouvait dans les créations des patients psychiatriques, les enfants, ‘les primitifs’ et l’art contemporain.

Ensuite vint, en 1922, la publication de son livre Bildnerei der Geistenkranken. Ein beitrag sur psychologie und Psychopathologie der Gestaltung  (Mise-en-images par les fous. Une contribution à la psychologie et à la psychopathologie du Gestalt). Richement illustrée, cette publication ouvrait la fenêtre sur un monde peu étudié à l’époque.

Archivées uniquement pour leur valeur diagnostique, on trouvait des collections similaires à celle de la Clinique Psychiatrique de l’Université de Heidelberg dans d’autres cliniques psychiatriques en Europe. 

Paul Meunier (1837-1957), psychiatre français, traitait le caractère esthétique dans son livre publié sous le pseudonyme de Marcel Réja, L’art chez les fous de 1907, mais sans beaucoup de succès ni d'intérêt du monde scientifique. Plus appréciée fut l’étude de Walter Morgenthaler parue en 1921 Ein Geisteskranker als Künstler (Un fou comme artiste). Par sa formation philosophique et d’historien d’art, l’approche de Prinzhorn était beaucoup plus large, plus intense, originale et sensible.

La collection couvre la période de 1880 à 1933. Le sommet du rassemblement se situe entre 1919 et 1921. 80% des patients sont du sexe masculin.

La collection était très renommée chez les artistes modernes qui, à la recherche des nouvelles voies, se dirigeaient vers l’art informel comme e.a. Pablo Picasso (1881-1973), Paul Klee (1879-1940), et "l’art brut", nom d’ailleurs inventé par Jean Dubuffet (1901-1985).

Malheureusement  la collection a été détournée par le Nazionalsozialism afin de stigmatiser et prouver le caractère malade et dégénéré de l’art moderne. C’est à cet intérêt que la collection a dû de survivre à la destruction des Nazis. De nos jours, l’attention et l’appréciation portées à la collection ne cessent d’augmenter.  D’importantes expositions à Londres et Los Angeles ont suscité l’attention du public sur la qualité élevée de la Collection Prinzhorn, également nommée collection Heidelberg.

  Vera Lewijse,         
Historienne de l'art          

Bibliographie :
Bettina Brand-Claussen, Beyond reason : Art & Psychosis : Works from the Prinzhorn Collection ,
Heidelberg 1996.

Catalogue Palais des Beaux-Arts, La Beauté Insensée. 1995.

Information
de presse Musée Dr. Guislain.
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Otto Freundlich 

 

 

 

 

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"Outsiders" 

 

 

 

 

Supprimé :
Emil Nolde,
Droits Sabam 

 

 

Museum Dr. Guislain, J. Guislainstraat 43, B-9000 Gand.
Tel +32 (0)9 216 35 95   -  
Fax +32 (0)9 216 35 35   info@museumdrguislain.be 

Du mardi au vendredi 9-17 h.
Samedi et dimanche 13-17h.
Jusqu’au 30 mai 2004.

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