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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique de Simone de Voirbeau. Mars 2004 Rétrospective Fernand Khnopff au Musée des Arts Anciens de Bruxelles Voyage initiatique dans l'oeuvre du prêtre de l'énigme |
Femme énigmatique, inaccessible, perdue dans ses rêves, elle détourne du spectateur son regard. Mains gantées, longue robe au col haut, surtout, ne rien dévoiler de soi-même... D’un mouvement giratoire, nous nous approchons alors du fond gauche de cette même salle. Deux oeuvres se disputent la vedette sur un thème qui, à première vue, semble identique : l’écoute d’une musique. La confrontation est pertinente. "La musique russe" (1881) de James Ensor à gauche, "En écoutant du Schumann" (1883) de Fernand Khnopff à droite. Si le maître d’Ostende n’a jamais supporté la comparaison, accusant Khnopff de plagiat, nous pouvons, avec le recul qu’il n’avait pas, apprécier l’approche et le style divergents qui animaient les deux peintres. Alors que l’oeuvre d’Ensor montre clairement un homme écoutant de la musique, celle de Khnopff suggère l’émotion qu’elle provoque. Avec Ensor l’on voit. Avec Khnopff l’on devine, l’on sent.
Un peu plus loin, trois oeuvres de Gustav Klimt semblent nous montrer l’influence qu’a pu avoir Khnopff sur la Sécession viennoise mais aussi l’approche autre qu’a l’artiste autrichien de l’idéal féminin, plus charnel, plus sensuel. L’entrée dans l’ "Entre deux univers" nous emmène en promenade dans les bois. "A Fosset, sous les sapins" nous absorbe d’emblée. L’atmosphère oppressante dégagée par cette colonnade de troncs d’arbres, au bout de laquelle notre regard se perd dans les tréfonds obscurs de la forêt, nous prend à la gorge. Aucune silhouette humaine, aucun mouvement ne vient animer la composition. Silence, mystère et méditation semblent être les maîtres mots de la composition. Autour de cette oeuvre, d’autres tableaux traitant du même thème, peints par des artistes contemporains de Khnopff : William Degouve de Nuncques, Anna de Weert et un étonnant Mondrian. Nous progressons ensuite à travers une série de vue d’une ville que nombre d’artistes symbolistes appréciaient (Rodenbach, Rossetti, Mallarmé), et à laquelle Fernand Khnopff était très attaché. Bruges. Enfant, il y vécu. Adulte, il s’interdira d’y revenir. Pour ne pas aliéner, disait-il, ses merveilleux souvenirs d’antan, encore vierges du conglomérat de touristes qui, entre-temps, avaient pris d’assaut cette si jolie ville . Cette série, l’artiste l’a réalisée en 1904 d’après "Bruges la Morte" de Rodenbach. Elle met en évidence l’importance que le peintre accordait non seulement à l’eau mais surtout aux reflets qu’elle prodigue, plus denses que la réalité elle-même. Comme si l’image renvoyée devait l’emporter sur la réalité...
A la gauche de cette oeuvre, un autre portrait. Saisissant, il suggère la mort. Celle de Margueritte Landuyt que Fernand Khnopff peignit à titre posthume, à la demande des parents de la jeune fille (voir aussi ci-dessous, l'article de Christel Mahieu). Comme dans le portrait de la soeur de l’artiste, elle porte une robe-cuirasse d’une blancheur immaculée. Une fleur de cyclamen à la main, symbole de la beauté mais aussi de la défiance et de l’adieu, elle nous apparaît fragile, impalpable, vaporeuse. Les deux marguerites disposées de part et d’autre de la jeune fille, à la manière de chandeliers que l’on place lors d’une veillée funèbre, le cadrage savamment étudié, rendant ses pieds imperceptibles, lui décernent un rôle spectral. A sa gauche, sur le mur, l’on aperçoit à nouveau une composition florale. Des marguerites aussi. Analogie de son prénom mais aussi symbole de "l’innocence, de la jeunesse, de l’amour et de la pureté".
Plus loin encore, un accès s’ouvre sur une pièce à l’allure d’une bibliothèque regroupant une série de croquis, de livres, d’affiches (et notamment l’affiche des XX de 1891) où nous pouvons admirer le talent d’illustrateur de Fernand Khnopff A peine ressortie, nous nous trouvons face à trois études de nu suggérant, ce qui inhabituel chez Khnopff, l’invite et la sensualité. A notre droite, une série de photographie dont celle de la maison aujourd’hui disparue et de l’atelier de l’artiste.
Etape majeure de l’exposition, "Who shall deliver me" nous emmène dans un ensemble du plus haut niveau. "I lock my door upon myself", obtenu en dernière minute au musée munichois, flamboyant, toujours mystérieux, nous interpelle. Une créature alanguissante, issue en droite ligne d’un univers irréel, est appuyée sur un support de couleur noire que l’on ne peut identifier. Couverture ? Piano ? La question reste entière. Par la fenêtre, nous pouvons apercevoir une ombre fantomatique glissant dans une rue. Aussi, l’on retrouve les thèmes déjà vus auparavant. Hypnos à l’aile bleue est associé ici une fleur de pavot (victoire du rêve sur la réalité ?). Trois lys orangés semblent répondre à la couleur de la chevelure féminine mais en regardant de plus près, l’on s’aperçoit que le premier se prépare à l’éclosion, celui du centre s’est ouvert pleinement et le dernier se fane. Tels les trois âges de la vie, symbole de l’impermanence d’une existence. Ensuite, la bulle dans laquelle s’enferme, se replie le moi. Et aussi, le miroir, emblème du reflet. Tous ces attributs matérialisent l’intériorité, l’isolement, la solitude.
Nous nous avançons
alors vers deux tableaux qui méritent comparaison. L’un inspira l’autre.
"Salomé" de Gustave Moreau et "D’après Flaubert. La tentation
de St Antoine" de Fernand Khnopff. Celui-ci met en scène la femme fatale
en image irradiante, celle de la reine de Saba et s’appuie sur le texte de
Flaubert pour transfigurer le corps en univers : "Je ne suis pas une
femme, je suis un monde... ". Khnopff résume ainsi l’essence même de son
oeuvre, la lutte entre la chair et l’esprit. Et plane et nous poursuit cette ombre de la soeur de l’artiste, égérie adulée, cet autre lui-même peut-être aussi, en lequel Narcisse tant se complaît... Après ce passage très
dense, s’ouvre à nous un ensemble de paysage de Fosset, village ardennais où la
famille Khnopff possédait une maison de campagne. Des vues de villages et
paysages campagnards où sont exclus toute présence humaine d’une part et des
sous-bois déserts, des paysages avec de grandes surfaces aquatiques exhalant
d’importants reflets d’autre part sont adroitement exhibés. Nous progressons
ensuite vers le thème "Mon coeur pleure d’autrefois". Là, une série
de dessins dédiés à son ami poète Grégoire Le Roy, combine l’image d’une femme
emprise de narcissisme et le pont du Béguinage à Bruges. Ici, "Secret-Reflet" qui se compose de deux oeuvres apparemment
autonomes. L’une en forme de tondo, l’autre en forme de rectangle. L’un,
"Secret", représente une prêtresse contemplant et caressant les
lèvres d’un masque qui lui ressemble. Symbolise-t-il psyché, incarnation de
l’âme devenu aussi miroir ? Exprime-t-il l’image de la solitude ?
Enfin, l’autre, nous montre une partie de façade gothique de l’hôpital St Jean
à Bruges mais focalise une fois de plus composition (plus des 2/3 du tableau)
sur le reflet. Métaphore de l’intériorité ? Allusion à une maladie de
l’âme ? L’artiste, fidèle à lui-même n’a jamais donné d’explications. Et pour terminer, une oeuvre mondialement connue trône dans une salle toute à elle. "Des Caresses" ou précédemment dénommée "L’art". L’oeuvre symboliste dans toute sa splendeur s’offre à nous. Sur un fond de paysage de couleur pourpre, l’on aperçoit des cyprès, symbole de la mort et, plus avant, deux colonnes bleues, enchaînées, "emblème de l’alliance de la terre et du ciel, de l’homme et de la femme, de l’horizontale et de la verticale". Au niveau médian, sans doute un temple empreint de signes cabalistiques.. A l’avant-plan, un être d’un sexe indéfinissable tient un sceptre, symbolisant la terre dominée par l’esprit ailé. Il se laisse charmer par les caresses d’un sphinge-guépard au visage androgynique. Eternelle vision d’Oedipe et du Sphinx ? Symbole de la lutte du pouvoir contre le plaisir et la séduction ? L’artiste se représente-t-il lui-même face à son âme soeur, inaccessible Marguerite ?
La structure de l’exposition se détaille de
la manière suivante : De nombreux tableaux ont refait surface à l’occasion de cette rétrospective comme, par exemple, le portrait de Margueritte Landuyt acheté par le musée en juin 2002. Une belle surprise de
dernière minute le musée de Munich a finalement accepté de prêter "I lock
my door upon myself", oeuvre majeure du peintre symboliste. Un des aspects importants par l’intérêt pédagogique qu’il suscite est le replacement de l’oeuvre de Khnopff parmi ses contemporains. Ainsi, aux côtés des oeuvres de Khnopff, l’on peut admirer et comparer les différentes sensibilités d’artistes tels que Ensor, Klimt, Burne-Jones, Rossetti, Moreau, Mondrian, von Stuck... Simone de Voirbeau |
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Portrait de Marguerite
Salle des documents
Galerie des portraits
Khnopff
"Never more"
"Isolement"
"Sleeping Medusa"
"Salomé"
"Secret - Reflet"
"Des caresses"
"Des
caresses",
James
Ensor, |
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Musée
d’Art Ancien (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique), |
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Ouvert
tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 17h, |
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| Exposition accessible jusqu'au 9 mai 2004 | |||||||||||||||
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Individuels :
9 €.
Gratuit pour
les enfants de moins de 13 ans accompagnés d’un parent.
Seniors :
6,5 €. Groupes (15 pers. min.) : 6,5 € / personne Groupes scolaires : 2,5 € / par élève et par accompagnateur. -
Catalogue de l’exposition : 30€ Guide du visiteur : 2,5€ |
Copyright © 2004 Mémoires et S. de V.
Tous droits réservés.
Liens utiles :
* Fernand Khnopff et l'art du portrait,
par Christel Mahieu, sur notre site.
* Symbolisme et Heroic Fantasy, par Christian Bodiaux, sur notre site.
* Peintres du silence, expo de
2001, sur notre site.
Les autres articles sont accessibles via nos
archives.
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