LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Dominique Piteux  -  Mars  2004 
  Pierre-Paul Rubens (1577 - 1640), exposition à Lille 
  
Avec des commentaires de Remy Cogghe sur l'artiste
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Dans quelques jours, la grande exposition Rubens s’ouvrira au public se rendant dans la capitale européenne de la culture.
Le Musée des Beaux-arts de Lille accueille en effet du 6 mars au 14 juin 2004 ce génie de la peinture occidentale.

Rubens est chez lui à Lille où il réalisa de nombreuses commandes pour les églises et les couvents de la ville.

C’est pourtant à Anvers que reviendra le titre de «ville de Rubens » et qu’une exposition permettant de découvrir Rubens collectionneur sera présentée dans sa maison.

Rubens chef d’école incontesté de la peinture anversoise du XVIIème siècle s’était à nouveau installé dans la ville à son retour d’Italie en 1608. Il était né à Siegen en Allemagne où son père qui était juriste et échevin trouva refuge, fuyant les persécutions religieuses qui sévissaient en Flandre.

A la mort de son père il revient avec sa mère à Anvers où il se place comme page pour subvenir aux besoins de sa famille.

Selon Eugène Fromentin[1] il entre en apprentissage chez le paysagiste Tobias Verhaecht, puis chez Adam van Noort, et chez Otto van Veen (dit Otto Venius) qui fut son maître pour la peinture d’histoire.

Il s’inscrit à la guilde de Saint Luc d’Anvers en 1598 puis entreprend le voyage d’Italie, qui lui assurera la protection du duc Vincent de Gonzague, lors de son passage à Mantoue.

Il se rendit à Venise, Gênes et Rome. Gênes, capitale européenne de la culture comme Lille, présentera une exposition qui réunira les œuvres des contemporains de Rubens qui l’ont influencé et inspiré.

En préambule à cette exposition Lilloise, il est intéressant de se pencher sur la vision que Rémy Cogghe a eue de cet artiste.

C’est au travers des rapports envoyés à l’Académie des Beaux-arts de Bruxelles pendant ses voyages tant à Paris, en Italie à Florence où à Madrid que s’analyse l’intérêt que Cogghe porte à cet artiste.

Le premier rapport semestriel de Monsieur Cogghe, envoyé de Paris le 28 juin 1881 fait l’objet d’un examen par Monsieur Gaffeur le 3 novembre 1881. On lui reproche de ne pas s’appliquer à faire ressortir les mérites des différentes écoles de peinture que contient le musée du Louvre.

Voilà ce que Cogghe écrivait :

« Le musée du Louvre (collection Louis La Caze)
On voit tous les maîtres et toutes les écoles.
Gardons le silence momentané pour Rubens notre grande gloire nationale, il est mieux représenté dans d’autres salles où j’en parlerai plus longuement…
Galerie des Médicis :
Une grande partie ne sont que des italiens, à part quelques uns tels que Ribera, Velasquez…
De ce dernier je gagerais que Carolus Duran s’est constamment inspiré du portrait de l’infante Marguerite dans sa peinture de son futur Doge qu’il expose au Salon de l’année 81.
Ce qui surpasse toute imagination dans cette fameuse Galerie des Medicis qui tire son nom des vingt deux tableaux de Rubens représentant l’allégorie de la vie de cette reine (sic).
On dit ici, ce qui est flatteur pour nous belge, que ce ne sont que des grandes décorations, j’en conviens, mais elles peuvent être mises au rang de bons tableaux, surtout le couronnement de Marie de Médicis et rien ne m’étonnerait que cette toile fut entièrement du maître, les qualités personnelles en sont si nombreuses.
Il y a non seulement de grands tableaux mais un grand nombre d’esquisses et de portraits dignes de son nom…
A propos de mes travaux, je ne pourrai vous signaler que des études faites à l’Ecole des Beaux-arts, des visites aux musées et aux principales églises.
Cependant j’enverrais un portrait ou plutôt une étude à notre triennale de Bruxelles. »

Alors qu’il est à Madrid en 1882 il note dans son troisième rapport qu’il a vu Le serpent d’airain de Rubens.

Dans la critique du sixième rapport en juillet 1884,  Fétis est désigné pour guider Cogghe dans ses choix de reproduction. Est-ce lui qui lui indique la toile de Rubens alors conservée à Florence? Toujours est-il que le deuxième envoi de Rome comprend la copie des quatre Philosophes d’après le tableau de Rubens[2] conservé au Palais Pitti. Cette copie sera achetée par l’Etat belge 1000 francs le 28 avril 1884.Il appartient à la collection des musées royaux de Belgique et est exposé à Bruxelles.

L’ampleur de l’œuvre de Rubens (quelques 1500 œuvres parvenues à notre connaissance) l’a conduit à entretenir un important atelier et à s’assurer la collaboration de ses confrères, parmi lesquels Jacob Jordaens, Antoon Van Dyck et Frans Snyders.

Cogghe relève cette particularité dans son analyse d’un des tableaux de la série, pensant que ce Couronnement de Marie de Médicis est de la main de Rubens.

Cette série vue par Cogghe au Louvre avait été réalisée pour décorer le palais du Luxembourg, construit à partir de 1615 par Salomon de Brosse. Les grands décors muraux nécessaires à la décoration de ce palais affecté à l’habitation de la régente Marie de Médicis entre deux exils,  de 1620 à 1630 furent commandés à Rubens en 1622. Le grand projet de Marie était de faire orner les galeries de cycles peints à la gloire de Henri IV et à la sienne.

Le choix de Rubens pour cette réalisation, surprenant de la part d’une Italienne, est dû à la recommandation qui est faite par le duc de Mantoue. Mais il faut aussi se rappeler qu’à cette date il vient d’obtenir un privilège royal pour la gravure de ses œuvres en France. Rubens est donc l’artiste à même de réaliser cette écrasante commande, aidé de son imposant atelier.

Une abondante correspondance avec les conseillers (parmi eux Richelieu) montre que la mise au point du programme nécessite de grandes discussions. Le 24 mai 1623 Rubens apporte lui-même à Paris les neuf premiers tableaux. 

L’ensemble totalement installé en février 1625 s’inscrit dans la tradition de la galerie Royale à argument historique et dynastique. Le peintre qui manie de manière érudite l’allégorie et les emblèmes crée un univers où la réalité devient féerique, l’aspect politique s’effaçant devant l’héroïne de l’histoire.

La galerie consacrée à Henri IV ne fut décorée que de cinq tableaux ; le cycle est connu par les esquisses préparatoires et l’interruption des travaux est  relative à la fermeture du palais après les événements de  la journée des Dupes en novembre 1630 et au nouvel exil de la régente.

Ce palais fermé, la galerie n’eut pas le rayonnement immédiat qu’on pouvait en attendre et l’œuvre de Rubens et ses collaborateurs ne fut portée à la connaissance des artistes que lorsque le palais fut rouvert par Philippe d’Orléans.

L’exposition Lilloise donnera à voir quelques travaux en rapport avec ces cycles, en provenance de Copenhague, Saint Petersbourg ou Berlin.

Plus de 160 toiles, dessins, esquisses à l’huile, tapisseries seront réparties en cinq sections thématiques.

La première montrera les débuts de Rubens en Italie, à travers les dessins témoins de son intérêt pour l’Antiquité classique et la Renaissance italienne.

Une deuxième section se penche sur les commandes bourgeoises et officielles réalisées au retour d’Italie. Paysages, tableaux mythologiques, œuvres à caractère familial ou personnel sont ici dévoilées à notre curiosité.

La troisième section concerne les commandes religieuses. Destinées aux églises Anversoises, où Lilloises ou encore aux couvents de ce territoire des pays bas que l’on désigne aujourd’hui par Nord de la France, ces réalisations attirent notre attention sur l’empreinte laissé par Rubens dans la peinture religieuse de ce temps.

Peintre à la cour d’Albert et  Isabelle, la quatrième section a pour objet le mécénat princier et aristocratique dont bénéficia Rubens.

La cinquième section aborde les autres pratiques artistiques de Rubens et en particulier sa contribution à la réalisation de tapisseries, tradition flamande à laquelle Rubens participa par la création de cartons pour quatre séries de tapisseries.

C’est l’ensemble de sept tapisseries réalisées pour le couvent des Delcazas Reales à Madrid qui sera présenté à Lille.

Dominique Piteux,       
Historienne de l'art
      


[1] Les maîtres d’autrefois, Paris, 1877

[2] figurent le père et  le frère de Rubens

Lien utile :
L'article sur Remy Cogghe
, par D. Piteux. Pour rappel, le catalogue raisonné est en préparation.
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Cet article 
n'est pas illustré

Une chronique de
 l'exposition suivra

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Musée des Beaux-Arts, Place de la République, FR 59000 LILLE.

 

Ouvert du dimanche au vendredi de 11h à 19h.
Nocturne le vendredi jusque 21heures.
Fermé le mardi et le 1er mai 2004.

Catalogue d’exposition en français, néerlandais, anglais.

Pour vous rendre à cette exposition, il est préférable de réserver.
Réservations public individuel
depuis l’étranger : Belgique FNAC 0900 00600
Pays Bas NRC 029 968 9144

L’office de tourisme de Lille propose des forfaits séjours pour ceux qui le souhaitent. Tel :33 320 219 421.

Exposition accessible jusqu’au 14 juin 2004.

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