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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un
article de Vera Lewijse. Mars 2004 "Entartete kunst - L'art dégénéré tel que le voulaient les nazis" Analyse comparative, historique et stylistique. |
Déjà au début du vingtième siècle, bien avant que les Nazis ne se servent
des œuvres artistiques des malades pour propager leurs idées, le Dr.
Wilhelm Weygandt
(1870-1939)
qui fut nommé en 1908 directeur
de la clinique psychiatrique
hambourgeois Friedrichsburg,
collectionnait ‘l’art des fous’
avec comme but de prouver
l’infamie de l’esprit dérangé. N’oublions pas que dans la période
qui a suivi la première guerre mondiale, on considérait la nécessité de l'exclusion,
de l’annihilation des patients
psychiatriques à cause de leur non-existence mentale. L'opinion selon laquelle
ces personnes étaient non seulement des êtres sans aucun intérêt pour la
société, mais au contraire n’étaient que des morts-vivants, de ‘vides
coquilles humaines’, était communément répandue. Les idées novatrices du Dr. Hans Prinzhorn (1886-1933) d’attribuer à l’art des patients et aux patients eux-mêmes non seulement une esthétique, mais aussi une vérité existentielle étaient très audacieuse. Il allait encore plus loin en comparant les "vrais" produits artistiques -les rationnelles constructions substitutives- des artistes reconnus avec les créations des malades mentaux, et il en concluait que les gens "sains" manquaient de la capacité à puiser dans l’inconscient lors d’une créativité spontanée. En fait il développait une critique radicale et non conventionnelle sur la civilisation en général. Sans pour autant se distancier des opinions du pouvoir qui devenaient de plus en plus radicales et fascistes. Entre les idées de ces deux hommes, un monde de différences ! Weygandt regardait avec les yeux de l’académie, de la morale et des idées à la mode, et rejetait tout ce qui n’était pas conforme aux règles, non habituelles ou autrement confondantes. En outre, le seul objectif de Weygandt en collectionnant les dessins et peintures de ses patients, était de prouver que les artistes de l’avant-garde –les expressionnistes, les Dadaïstes, les membres du Bauhaus, étaient des gens dégénérés, séniles, dérangés, fous ou schizophréniques. Une opinion qu'aucun de ses collègues n’a démentie. Alors que dans les vingt premières années du siècle, l’art se développait d’une manière étonnante, marquée par de nouvelles recherches et manières dans l’expression de l’artiste et de son art, aussi bien dans le domaine de la musique, de la sculpture et du cinéma, les années 1927-37 furent désastreuses pour l’art en Allemagne. La Société Nationale de la Culture Allemande - Reichskammer der Bildenden Künste - était fondée. Cette organisation voulait mettre fin à la corruption de l’art et convaincre le public de la relation entre l’origine raciale et l’art. Vers 1933 les termes ‘Juif’ et ‘ Bolchevique’ étaient devenus synonymes pour tout art moderne. La première exposition organisée par le pouvoir a eu lieu en 1933 à Erlangen où les dessins d’enfants et des malades mentales se virent accrochés à côté des œuvres sélectionnées de la Mannheimer Kunsthalle afin de bien souligner l’aspect pathologique de l’art moderne. Le public réagit de manière très favorable à l’initiative et l’aspect propagandiste en fut agencé avec soin. Cette réaction du public était très prévisible : le 19ième siècle avait déjà vu se manifester la peur, l’aversion du public envers cet inconnu qu'est toujours l’art moderne. Mais tout cela se nourrissait de la crise économique et d'un anti-sémitisme croissant. Deux facteurs très souvent liés au cours de l’histoire. A Munich en 1937, Hitler inaugure le Grosse
Deutsche Kunstausstellung 1937, (la grande exposition de l’art 1937).
L’art Allemand accepté montrait des toiles qui soulignaient l’héroïsme,
la patrie, le devoir familial, le travail
aux champs et autres choses semblables. Avec
plus de trois millions de visiteurs, ce fut la première ‘mega’
exposition de notre temps. Il est bizarre de constater toutefois que la propagande Nazie se servait de l’Expressionnisme Allemand dans le style et le lay-out de ses affiches, style et développement d’une forme d’art par ailleurs condamnés dans cette même exposition (Herchel B. Chipp 1968) ! Hitler avait très bien compris
qu'en effaçant l’art d’un peuple, on efface la mélodie, l’âme d’une
culture, sa mémoire et son existence. Dans son speech d’inauguration de
l’exhibition de 1937, il déclare : "Avant
que le Nazionalsozialism ne prenne le pouvoir, il
n’y avait en Allemagne que le soi-disant ‘art moderne’ : chaque année
un autre art moderne. Nous, nous voulons un art Allemand d’une valeur éternelle.
( …) L’art n’est pas fondé sur le temps, une époque, un style, une
année, mais uniquement sur un peuple. (…)
Et tant qu’un peuple existe,
l’art est un jalon, le point stable dans
les apparences fugitives. C’est l’existence et la durable prestation d’un
peuple, et pour cela l’art est
l’expression de l’essentiel de l’existence, un monument éternel, en soi-même
l’existence et la performance (…)". Kubismus,
Dadaismus, Futurismus, Impressionismus,
Expressionismus, alles völlig
wertlos für das
deutsche Volk’
("Le Cubisme, le
Dadaïsme, l’Impressionnisme, l’Expressionnisme, tout cela est complètement
sans valeur pour le peuple Allemand"). Le concept de Weygandt était à
présent reconnu dans la politique d’art du gouvernement. En plaçant les artistes importuns dans le même cadre mental conçu pour
l’euthanasie, on dégageait ainsi le chemin pour la disparition des artistes
modernes (Juifs) et des patients mentaux.
Quel était le critère employé dans la sélection pour l’exposition de 1937 ? A la base on prit des œuvres de quatre malades de Heidelberg qui, dans la forme ou dans le contenu, montraient une grande similarité avec l’art moderne de l’époque. Ainsi on prouvait la folie des artistes modernes. Deux milles œuvres d’art ont été confisquées par Jozef Goebbels, ministre de la propagande. Malheureusement on ne peut pas reconstruire l’exposition par manque de données, malgré son grand retentissement dans la presse de l’époque. Quelques noms de participants à l’exposition de l’art dégénéré en 1937 : W. Baumeister, M. Beckmann, M. Chagall, L. Corinth, Otto Dix, Max Ernst, LyonelFeiniger, O. Freundlich, Ludwig Gies, George Grosz, E. Heckel, Johannes Itten, Jawlensky, Kirchner, Paul Klee, Oskar Kokoschka, Otto Lange, Wilhelm lembruck, El Lissitzky, Franz Marc, Gerhard Marcks, Laszlo Moholy-Nagy, Piet Mondrian, Otto Mueller, Erich Nagel, Emil Nolde, Max Pechstein, Hans Richter, Kurt Schwitters, Karl Volker, Gert Wollheim.
Beaucoup d’artistes, écrivains et autres personnes en danger ont pu s’enfuir grâce à un comité de secours aux artistes : The International Rescue Committee. Varian Fry, Américain et membre du comité et ses collaborateurs ont pu sauver 4.000 personnes parmi lesquelles Max Ernst et Marc Chagall. Cette grande fuite de talents vers l’étranger, surtout à New York, fait que l’Europe perd sa position de ‘market leader’ dans l’art en faveur de New York, et les nouvelles tendances se développeront désormais dans le ‘big apple’. Vera
Lewijse, Bibliographie
: |
* Expo de 1938
Affiche de l'expo
Affiche de 1936
Heckel,
Josef Thorak
Nussbaum
Max Pechstein
Sepp Hilz
Adolf Wissel
Art Nazi
Otto Mueller |
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Lewijse.
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