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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un
article de Christel Mahieu. Janvier 2004. Le portrait de Marguerite Landuyt par Fernand Khnopff (1896) Une analyse de l'art du portrait chez le grand artiste symboliste. |
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A partir de
la figure de Marguerite Landuyt, nous aborderons l’art du portrait chez
Khnopff, et ce parcours dans l’œuvre de Khnopff nous permettra de saisir que
le portrait de Marguerite Landuyt est tout à fait typique des préoccupations
majeures de l’artiste. 1.
L'histoire du portrait de Marguerite Landuyt On sait peut de chose de la jeune fille représentée. Seules quelques lettres, mises à jour lors de la réalisation du catalogue raisonné de Khnopff, et rédigées par M.SCHELLEKENS, président de la Kunstgilde de Termonde nous donnent des indications. Le président de La Kunstgilde nous y révèle que Madame Landuyt, la mère de Marguerite, désire garder un souvenir éternel de sa pauvre fille tragiquement décédée. A sa demande, en mai 1895, l’auteur des lettres se rend chez Khnopff, grand artiste peintre à Bruxelles, pour lui demander de faire le portrait de la défunte sur base d’une photographie fournie par la mère de Marguerite. En février 1896, le portrait est presque achevé et semble très réussi : il représente Marguerite comme une vision. En mai 1896, un an après la commande, Madame Landuyt prend possession du tableau. Ainsi
il s'agit d'un tableau posthume. L'auteur des lettres, président de la guilde
des arts, étant de Termonde, je suis allée y mener mon enquête et j'y ai
retrouvé, dans les archives de l'administration communale, la trace de
Marguerite Landuyt. Marguerite Marie Joséphine Cornélie était née le 13 avril 1879. Son père était juge, le juge Cornelius Landuyt et sa mère, Léonia van Mossevelde, était originaire de Gand et elle travaillait dans une fabrique. Le mariage avait eu lieu le 12 janvier 1878, juste un an avant la naissance de Marguerite, fille unique, qui décède tragiquement le 27 février 1895, à l'âge de 16 ans. L’acte de décès ne mentionne pas la cause de celui-ci. Le juge était décédé, 4 ans auparavant, en 1891, à l’âge de 65 ans. Le
double deuil laisse la mère dans le désarroi, ce qui explique notamment la
volonté de faire réaliser un portrait souvenir de sa fille à partir d’une
épreuve photographique. Manifestement le choix de faire réaliser le portrait
de la jeune disparue relève du choix du président de la guilde. Rappelons que Khnopff était né dans le château familial de son grand-père à Grembergen-lez-Termonde. Le peintre est donc un enfant du pays, ce qui expliquerait le choix du président de la kunstgilde. Regardez attentivement
le "Portrait de Marguerite Landuyt" et remarquez : le fond géométrique, la robe blanche, les fleurs. 2.
Khnopff et le portrait Davantage
que ses paysages ou ses grandes compositions hermétique, la pratique du
portrait vaudra à Khnopff une réputation internationale et la reconnaissance
de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie qui formeront sa clientèle
privilégiée. Khnopff
peint d’abord des proches. Parents, domestiques et cousines se prêtent à la
pose (Portrait de Madame Edmond Khnopff, 1882 : Regarder avec
attention le fond du tableau, le motif de la porte est déjà présent). Sa sœur
Marguerite occupera une position particulière et privilégiée dans
l’imaginaire de Khnopff, nous y reviendrons. Bientôt, Khnopff fait le
portrait de ceux dont il partage le combat artistique : Octave Maus,
Picard, Verhaeren, le musicien Gustave Kéfer. Sans oublier les membres de leurs
familles, femme et enfants. Dès les années 1884-1885, sa réputation est établie
et le peintre est sollicité par l’élite éclairée de Bruxelles. L’homme n’apparaît que rarement sous le pinceau de l’artiste, les portraits d’homme que je viens de citer ne sont que des exceptions dans son œuvre. Les femmes et les enfants retiennent surtout son attention. Chronologiquement, Khnopff entame essentiellement sa carrière de portraitiste par des commandes de portraits d’enfants, ceux-ci reviendront souvent sous le pinceau de l’artiste. A)
Les portraits d’enfants Portrait de Jeanne Kéfer (1885) Dans
le cas de Jeanne, fille du violoniste et compositeur Gustave Kéfer, Khnopff a
cherché à saisir l’enfant dans un contexte quotidien. Elle est en tenue de
sortie : peut-être sort-elle de chez elle, revient-elle d’une promenade
ou vient-elle d’arriver chez le peintre pour poser ? L’action et le
temps sont suspendus. La fillette est en attente. Khnopff renonce aux
conventions du portrait bourgeois. Le motif de la porte se met en place : le schéma deviendra récurrent, on le retrouve notamment dans le portrait de Marguerite Landuyt. Le corps humain se découpe sur un arrière plan géométrique, principe absolu donc universel. L’artiste oppose symboliquement idée et matière. Il
ne faut jamais oublier que Khnopff est un peintre intellectuel qui raisonne
tout. Il a d’ailleurs déclaré à son ami Jules Dujardin, critique d’art et
peintre symboliste, qu’il fallait, pour symboliser, toujours prendre un objet
sensible pour une chose intellectuelle.. Dans le portrait de Jeanne, on remarque qu’elle fait un geste étrange : son pouce pince le nœud attaché autour de son cou et ses doigts rentrent sous son manteau. La radiographie de l’œuvre montre que Jeanne tenait, à l’origine, une grosse fleur blanche. Khnopff est revenu sur ce choix car la présence de la fleur n’est pas nécessaire. La blancheur insiste sur la pureté et la virginité qui ici va de soi (petite fille de 5 ans), donc la fleur constituerait une redondance visuelle. De plus, Le regard aurait immédiatement été attiré par la fleur et non plus par le regard vif de l’enfant. Le portait d’Yvonne Suys (1890) Khnopff réalise ici le portrait de la fille de l’architecte Léon Suys, auteur de la Bourse, des Halles Centrales. On voit que le mode vestimentaire est fort différent de celui de Jeanne. Elle tient ses gants avec assurance, ainsi qu’une fleur qui est un iris pourpre. L’iris pourpre est une fleur travaillée artificiellement afin d’obtenir cette couleur surprenante. La symbolique de l’iris est à chercher dans la mythologie : Iris était la messagère de Junon qui, en récompense de ses services, la plaça dans le ciel où elle personnifia l’arc-en-ciel. Iris était femme, elle devint principe masculin. Ce changement de genre renvoie à l’idée de défloraison et le pourpre renvoie à la dynamique sexuelle et au sang. Yvonne Suys ne tient pas un simple ornement mais son double symbolique qui révèle le destin d’une enfant bientôt femme. Il faut savoir qu’au 19ème siècle, on ne parle pas d’adolescence pour les jeunes filles. Le passage de l’enfance à l’âge adulte est marqué, pour les filles, par les premières règles. Du jour au lendemain, tout change : la garde-robe et le mode d’éducation. Un hortensia : Le premier exemple de symbolique florale chez Khnopff Ce tableau a marqué l’apparition de la fleur dans la peinture de Khnopff. L’hortensia est l’emblème de l’amour constant. Le bleu donne un sentiment de froideur. Le tableau de Khnopff pourrait alors être lu comme une déclaration : « vous êtes de glace, mais mon amour reste constant ». A l’arrière plan, on aperçoit un bouton de rose, symbole du désir qui renforce cette interprétation : la rose rouge fait le lien entre la plante et la femme. Le
portrait de Marguerite Landuyt : La symbolique florale Khnopff joue sur l’homonymie entre les marguerites représentées et le prénom de la jeune fille. La marguerite est symbole de simplicité, d’innocence, de timidité mais aussi de maladie et d’adieu. Cinq marguerites sont représentées dans le tableau (une de chaque côté de la jeune fille, trois à droite du tableau). Le cadre, certainement conçu par Khnopff lui-même selon son habitude, en contient Sept. La numérologie était extrêmement importante chez les symbolistes. Le 5 évoque l’espace céleste et la volonté divine. Selon certaines croyances, le 5 symbolise le passage d’une vie à l’autre par la mort. Le 7 évoque un cycle accompli et le renouvellement ; c’est le passage du connu à l’inconnu. Mes
recherches m’ont permis de sélectionner deux fleurs qui pourraient être
celle que Khnopff a peinte dans la
main de la jeune fille. La fleur que la jeune marguerite tient en main serait
soit une anémone soit une rose. L’anémone
est la fleur du vent, emportée au moindre souffle. Elle signifie le caractère
éphémère de la vie, le deuil ou le chagrin. L’anémone serait née, selon
la mythologie, de la blessure mortelle d’Adonis, bel adolescent aimé
d’Aphrodite. Elle signifie fertilité et renaissance. Elle incarne ainsi le
deuil et le chagrin mais aussi l’espoir d’une autre vie meilleure. La rose, quant à elle, évoque l’amour, la grâce et la tendresse. Elle est souvent associée à la Vierge. Elle symbolise la foi chrétienne en la résurrection, l’espoir pour le défunt de participer à l’éternelle félicité. B)
Khnopff et les portraits de femmes Les
portraits de femmes apparaissent en 1887 avec le portrait de Marie Monnom. Portrait
de Marie Monnom (1887) En
1887, Khnopff peint Marie Monnom. Celle-ci est la fille de l’éditeur de la
« Jeune Belgique » et de « L’art moderne », elle
deviendra en 1889 Madame Van Rysselberghe. Le
premier portrait féminin de Khnopff n’ose pas encore affronter frontalement
la femme. Celle-ci se place de profil. La femme semble plongée dans une rêverie
dont le peintre ne veut pas la détourner. Son regard s’échappe. La
mise en scène de Khnopff est épurée, dépouillée et géométrique :
elle témoigne d’une tendance à l’abstraction. D’une part, Khnopff veut
créer une unité de couleur et de forme. D’autre part, au niveau
symbolique, la pureté du décor témoigne de l’absolu (comme chez Jeanne Kéfer)
au cœur même du portrait, là où la personnalité se dévoile. Portrait
de Marguerite (1887) Le portrait de Marguerite, réalisé en 1887, et parfois appelé « La dame en blanc » vaut comme fondement du portrait khnopffien. Le lieu est le même que celui choisi pour le portrait de Marie Monnom. La présentation de la femme est cette fois frontale, et le corps est placé au milieu de la composition : il se détache dans l’encadrement de la porte qui constitue, une fois de plus, le décor du portrait. Le portrait est presque en pied mais l’artiste a coupé le bas de la robe : Marguerite semble flotter sans pesanteur. Elle est immobile, statique, en dehors de toute action. Marguerite n’est qu’apparition immobile sans durée réelle. A la frontalité du corps, répond un visage qui fuit : il se détourne pour ne pas croiser de regards. Marguerite semble absorbée dans ses pensées. Marguerite apparaît prisonnière de sens pensées, la porte est à son image, fermée. Marguerite est également en fermée dans sa robe. Elle est gantée et gainée. Le vêtement épouse totalement le corps qu’il dissimule. Les coutures du vêtement sont serrées, comme une plaie suturée. La robe fermée sur l’avant est devenue la peau même. Khnopff fait preuve d’un véritable fétichisme afin de rendre les moindres détails de la composition qui en devient douloureuse.La suture est assimilée au niveau symbolique à un seuil inviolable. La cicatrice dévoilée évoquerait une virginité forcée. Certains critiques évoqueront la possibilité d’une relation incestueuse obsédante. Ainsi,
Marguerite refuse tout contact, par le regard ou par la peau. Seul le visage est
libre de tissus. Il est le siège de l’âme. Pour Khnopff, il est possible que
Marguerite ait signifié la victoire de l’esprit sur la matière : elle
est le double rêvé, loin de l’image de la femme séductrice et fatale.
C’est en effet l’âme et l’esprit qui intéressent Khnopff. Ses portraits
doivent être compris comme des paysages de l’âme. L’image corporelle
n’est qu’une enveloppe sans importance réelle. Il faut savoir décrypter
l’apparence et atteindre la réalité qui se dissimule sous elle : celle
de l’esprit. Le portrait pour Khnopff doit
révéler l’âme, habituellement invisible. Khnopff
s’est certainement inspiré de la « White girl » de Whistler pour
peindre son portrait de Marguerite. Khnopff avait découvert chez Whistler le
contraste entre un décor
géométrique et une figure féminine qui s’abandonne à la mélancolie, ainsi
que le jeu sur les tonalités blanches.
Le tableau fut interprété comme le lendemain d’une nuit de noce. La jeune
femme aurait découvert la sensualité. Marguerite est une réponse, en antithèse,
à cette image : elle n’a pas accès à cette révélation charnelle :
sa virginité est démesurée. Le
portrait de Marguerite Khnopff et son décor réapparaissent en filigranes dans
le portrait
de Madeleine Mabille (1888).
3.
Khnopff et l’obsession de sa sœur Marguerite, modèle privilégié Khnopff
vouait un véritable culte à sa sœur : le visage idéalisé de Marguerite
domine toute l’œuvre de Khnopff. Preuve en est l’accrochage particulier de
son portrait, érigé en autel votif. En 1902, Khnopff s’était installé dans sa demeure de l’avenue des courses qu’il avait fait construire. La pièce maîtresse était la chambre bleue dans laquelle était accroché le portrait de Marguerite. Le portrait était suspendu au mur par des chaînettes d’or, il pendait très bas afin d’être mieux présent et d’habiter le sanctuaire : une sorte d’autel votif orné d’une raquette. C’est dans cette chambre garnie d’un sofa bleu et d’un superbe rideau en soie japonaise que Khnopff aimait à se retirer pour méditer ou écouter religieusement de la musique. Le
portrait de Marguerite n’a jamais quitté son atelier du vivant de l’artiste :
seule la mort a réussi à le séparer de sa sœur. C’est alors à elle
qu’est revenu le tableau et elle a recomposé chez elle la chambre bleue. L’image de Marguerite, mise au point dans ce portrait de 1887, reviendra à plusieurs reprises dans l’œuvre de Khnopff. Notamment dans une affiche pour l’exposition des XX en 1891 et dans le tableau intitulé « Arum Lily » qui date de 1895. Arum Lily apparaît comme la théâtralisation du portrait de Marguerite. Le même type féminin s’offre dans une pose identique. Les objets qui entourent le portait restent énigmatiques. La femme est ici accompagnée d’une fleur, son double : l’arum est un lys obtenu artificiellement, symbole d’une virginité affirmée et tout aussi artificielle et fausse. Le
portrait de Marguerite Landuyt n’est qu’un des nombreux avatars du portrait
de la sœur de l’artiste dont nous avons analysé l’importance et la
symbolique tantôt. Ainsi, le portrait de Marguerite Landuyt participe de tout un système du portrait chez Khnopff. Il se situe entre le portrait d’enfant et le portrait de femme. Khnopff reprend une nouvelle fois son modèle de femme en blanc sur un fond géométrique. Khnoppf
a dû être frappé par le prénom de la jeune fille qui lui rappelle sa soeur.
La jeunesse de Marguerite Landuyt, son décès dramatique alors qu’elle n’était
encore qu’une très jeune fille, pure et innocente, le pousse à reprendre son
schéma habituel qui correspond particulièrement bien à la jeune fille. Ce
n’est pas que Khnopff s’adapte à sa commande : son art était
naturellement fait pour évoquer le souvenir. Marguerite Landuyt est représentée
comme une apparition fantomatique. La porte est désormais close à tout jamais :
ni serrure ni poignée ne sont ici représentées alors que ces motifs
figuraient sur le portrait de Marguerite Khnopff. Il
y a encore un dernier aspect du travail de Khnopff qui se reflète dans « Le
portrait de Marguerite Landuyt » et que je voudrais aborder avant de
conclure : le rapport à la photographie. 4.
Khnopff et la photographie Le
portrait de Marguerite Landuyt étant un portrait posthume, il est réalisé par
Khnopff sur base d’une photographie fournie par la mère de la jeune fille. Ce
genre d’exercice à partir de photo était un exercice habituel de Khnopff qui
utilisait souvent ce procédé : il préparait certains tableaux par des
photographies. Il ne s’agit pas de prises de vues sur le vif mais bien de
mises en scène. Les photos que Khnopff prenait lui-même ont été mises à
jour en 1964. Son appareillage, digne d’un professionnel, a également été découvert. Dans le cadre de ces séances de pose photographique, c’était évidemment Marguerite, sa sœur, qui se soumettait à la mise en scène de l’artiste. Marguerite était un modèle complaisant et soumis, qui se laissait, tel un mannequin, habiller et costumer. Avec la complicité de sa sœur, l’artiste compose des tableaux vivants minutieusement préparés et réfléchis qui se posent comme écran, comme une étape intermédiaire, entre la réalité et l’art. Khnopff, par l’intermédiaire de la photographie, corrige la nature. La photographie l’aide à éliminer toute spontanéité et toute trace de tâtonnement : il conçoit et trace la ligne dès l’étape photographique. L’instantané est ensuite repris, développé, travaillé, dépouillé jusqu’à l’icône finale. Un
des tableaux les plus illustratifs de ce mode de travail particulier de Khnopff
à partir de la photographie est « Memories ». Memories présente
sept fois la silhouette de Marguerite dans différentes poses et dans différentes
toilettes, raquette à la main ou non (On comprend mieux désormais la présence
de la raquette sur l’autel votif que Khnopff met en scène dans le chambre
bleue). On
a retrouvé les photographies préalables à ce tableau : les photo et les
silhouettes du tableau correspondent parfaitement. Une seule des silhouettes
n’a pas d’équivalent en photo : celle de gauche, en blanc, qui évoque,
une fois de plus, de façon frappante « Le portait de Marguerite ».
Khnopff effectue de manière très moderne un embryon du collage ! Khnopff,
à partir des photos, fait un lent travail d’épuration du réel qu’il
transforme, transfigure et idéalise. Tout d’abord, Khnopff transforme les
traits de Marguerite : les marques distinctives de la personnalité
s’estompent, le menton lourd, les empâtements du visage, le regard tombant,
la bouche relâchée se soumettent à la volonté du peintre. Ensuite, il
juxtapose les figures rassemblées en un lieu : Fosset, localité dans
laquelle l’artiste trouvait souvent refuge. L’action,
le tennis, est une fois de plus suspendue. Chacune des figures est murée dans
son silence, elles ne communiquent pas. Il n’y a aucune impression de
collectivité. Ce ne sont que des silhouettes, figures mécanisées qui nous
suggèrent un sentiment d’insolite. C’est normal : il s’agit sept
fois de la même personne mais que le mémoire juxtapose. La mémoire se
souvient par bribes et recompose le souvenir en unifiant les différents
moments, protégés à jamais derrière une vitre. Il s’agit d’un rêve, ce
qui explique par exemple que les corps n’ont aucune ombre. Khnopff fait également poser Marguerite pour « Le Silence » et « Le Secret » ; les photos ont été conservées et montrent à la fois la transposition minutieuse de la pose photographique à la peinture et l’idéalisation de Marguerite. Le
travail que réalise Khnopff à partir de la photographie ne sera donc découvert
que dans les années 60. Khnopff n’a jamais évoqué sa méthode de travail. La
photo qui émerge vers 1840 est dans un premier temps perçue comme un immense
service rendu aux arts, un moyen mis à la disposition de l’artiste. Mais
bientôt, une concurrence va s’installer entre peinture et photographie,
surtout que la mode est au réalisme. Les procédés de reproduction mécanique
sont soumis à une taxe et pour ne pas payer cette taxe, les photographes vont
affirmer que leurs photos sont des œuvres d’art. S’en suivent des réactions
agressives des artistes et des procès. La photographie devient condamnable :
elle n’est qu’un procédé de reproduction industriel, il n’y avait pas de
démarche artistique. Ce
climat de méfiance explique que Khnopff ai toujours caché sa méthode, très
moderne. Khnopff a même beaucoup critiqué la photo ! Il dénonçait aussi
la vanité des photographes et affirmait ne rien connaître en photographie. 5.
En conclusion : un tableau illustratif de l'oeuvre khnopffienne Nous
pouvons, après ce parcours dans l’œuvre et dans l’univers pictural de
Khnopff, revenir sur le « Portrait de Marguerite Landuyt ». Khnopff a donc été contacté par le président de la Kunstguilde de Termonde. Cette commande sort du milieu habituel de Khnopff qui était essentiellement composé d’artistes et de membres de la haute société bruxelloise. Mais l’artiste a dû être frappé par le prénom de la jeune défunte qui a évoqué en lui l’image nostalgique de sa jeune sœur marguerite. Ainsi l’analogie des prénoms a laissé la place à l’analogie de représentations.
Une fois de plus, au
travers du portrait de Marguerite Landuyt, c’est Marguerite Khnopff que nous
pouvons entrevoir. La jeunesse et la pureté de la jeune Marguerite Landuyt ont
rencontré un vif écho en Khnopff. L’art de Khnopff, basé sur le souvenir,
l’idéalisation, l’âme et le monde du silence correspondait très bien aux
exigences d’un portrait funéraire. Ainsi, la famille s’est montrée enchantée
de ce portrait, digne d’une apparition angélique. Le travail à partir
d’une photographie a bien sûr permis à l’artiste de prendre du recul et de
créer une image idéalisée. De
plus, nous avons pu constater que les éléments de décor mis en place par
Khnopff ne sont jamais innocents. La porte n’a plus ni serrure ni poignée,
les fleurs évoquent le deuil, le chagrin mais aussi et surtout l’espoir. Christel
Mahieu, |
Portrait
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Portrait
Un hortensia
Portrait
de
La dame en blanc
Whistler
Portrait
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Arum Lilly
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Marguerite pose
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Liens utiles :
* Rétrospective Khnopff 2004 par S.
de Voirbeau, sur notre site .
* Symbolisme et Heroic Fantasy,par Christian Bodiaux, sur notre site.
* Peintres du silence, exposition de
2001, sur notre site.
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