LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Janvier 2004 
  A Namur, Félicien Rops à l'honneur : 
  
Réouverture du Musée et exposition du Cabinet des curiosités.

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C’est grâce à l’opiniâtreté de quelques « Amis de Félicien Rops » constitués en association dès les années 60, grâce à la générosité du Comte Visart de Bocarmé offrant sa collection Rops à la Province de Namur et grâce à l’achat régulier d’œuvres de qualité rendu possible par le partenariat entre la Province de Namur et la Communauté Française de Belgique que le Musée Félicien Rops rouvre ses portes.

Rénové, agrandi, lumineux, situé rue Fumal, au cœur du vieux Namur, il propose au visiteur une collection permanente orchestrée en étapes successives correspondant à la diversité de l’œuvre de l’artiste.

Il naquit, rappelons-le, à Namur en 1833, y vécut une jeunesse houleuse, y acquit une formation artistique, y convola en justes noces avant d’étouffer en Belgique, de répondre à l’appel de Paris et d’y trouver le succès dans l’illustration et la peinture d’une société telle qu’elle était et telle qu’il n’hésita pas à la montrer. Il mourut en 1897 à Essones-Corbeil où il s’était retiré.

Le musée actuel est un fascinant parcours à travers sa vie et son œuvre et la nouvelle scénographie, faite d’audace et de rigueur, mise en place par Filip Roland donne au visiteur l’occasion d’une découverte dynamique du travail créateur de Félicien Rops. Epinglons, par exemple, aux étages, des « fenêtres » qui sont autant de boîtes à regards laissant deviner d’où l’on vient et où l’on va !

Vitrines, pupitres, niches remplies de gravures, de lettres, d’annotations diverses  permettent de jeter un œil plus pointu sur ces à côtés de l’œuvre.

Au fil des salles, on découvre ses dessins satyriques, sa période réaliste avec un étonnant « Enterrement en pays wallon », sa rencontre avec Baudelaire (dont l’influence est frappante dans « La mort qui danse »), sa vie parisienne, l’épanouissement de son art dans le dessin, sa technique de l’estampe, sa passion de la vie nocturne, ses œuvres sataniques et érotiques. 

Parmi les œuvres exposées ( plus de 300 sur un fond de 3000 !…) citons « La dèche », dessin représentant une prostituée tristement éclairée par un réverbère. Le célèbre « Pornocratès » ou dame au cochon, extraordinaire aquarelle et gouache à la détrempe représentant (aux yeux de l’artiste) la femme moderne, à demi nue, marchant sur le monde, ou encore une très symboliste « Dame au pantin » figurant la femme manipulatrice !

-A l’occasion de l’événement  « muséal », une exposition temporaire présente le « Cabinet des curiosités » de Félicien Rops. Il s’agit ici d’ une collection exceptionnelle d’originalité et de fantaisie qui constitue une facette particulière des travaux de l’artiste, à savoir la réalisation de gravures comportant, dans la marge des dessins originaux et (ou) de petits textes manuscrits tel, accompagnant une « Marotte macabre », une lettre autographe «  à mon vieux copaing… » et terminée sur un joyeux « Laissez passer la justice de Dieu »…

Ces Marginalia ne sont pas le fruit du hasard. Il ne s’agit, en aucun cas de notes griffonnées à la hâte ou de dessins croqués sur le vif, au contraire.

Sur le papier, tout est organisé par l’artiste afin de créer des « réseaux de significations toujours renouvelées ». Il s’agit d’un véritable petit théâtre où les personnages ropsiens apparaissent, disparaissent, réapparaissent selon le bon vouloir du créateur. Nombre de gravures tournant autour du même sujet sont rehaussées d’un croquis marginal. C’est le cas du « Frontispice des œuvres inutiles ou nuisibles » ouvrant sur une multitude de pièces agrémentées de petits croquis, tous différents, suggérant le motif du crâne et de la femme tantôt nue, tantôt habillée, tantôt fleurie, tantôt délicieusement chapeautée...

Les sujets sont parfois graves, souvent coquins et inventoriés par l’artiste en curiosa, naturalia, mirabilia, exotica.

Ainsi « Nubilité » héliogravure retouchée à la pointe sèche et à l’aquatinte répertoriée au nombre des curiosa, évoque-t-elle, avec une grâce infinie ces choses naturelles que sont les petits seins, objet de désir et plus particulièrement les « Testons de Bachelle »…

Ainsi cette pointe sèche intitulée « Sainte Cécile, organiste du diable » répertoriée parmi les naturalia, avec, dans la marge, un Satan coquin, cornu et musclé, « jetant à la terre la pâture qu’elle attend » ou encore, répertoriée aux exotica cette eau forte titrée « Femme au trapèze » entourée, dans la marge, du « Général », du « Régisseur », du « Taureau de Quercy », de la « Belle brabançonne » aux fesses rebondies exécutant une véritable parade autour de la vedette ; ou encore, mais nous arrêterons ici, cette pointe sèche évoquant l’Humanité et « La vertu du diable » passée à la terrifiante moulinette de l’imaginaire de l’artiste qui disait : « J’ai l’âme enfermée dans mon corps, comme un tigre famélique dans une cage ferrée, et mes terribles passions hurlent comme lui »…

Les œuvres présentées (plus de 200 répertoriées) proviennent de collections privées belges et étrangères, de galeries d’art, du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Elles témoignent de l’exceptionnel talent de dessinateur de Rops pour qui ces dessins et textes marginaux jouent un rôle important dans la diffusion de son œuvre gravé. Ces Marginalia, petites choses raffinées, croquis et figures étranges, dessinés au jour le jour, parfois inachevés mais d’une exécution parfaite, constituent une véritable valeur ajoutée et expliquent le secret de la naissance des formes et l’intimité de l’atelier. 

A déguster avec gourmandise et en prenant le temps de s’arrêter sur chaque détail.

Colette Bertot         

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41ilropsnubil.JPG (18259 octets)

"Nubilité" 

 

 

 

 

 

41ilropsvertu.JPG (16357 octets)

"La vertu du diable"

 

 

 

Musée Félicien Rops. 12 rue Fumal, Namur.

De 10h à 18h, du mardi au dimanche. 
Fermé 25 décembre et 1 janvier.

Exposition Marginalia : jusqu’au 29 février 2004.

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