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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Janvier 2004 "De Laurent le Magnifique à Savonarole" : Botticelli à Paris, la grâce... Exposition à Paris, Musée du Luxembourg. |
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;; Comme si
Europalia étendait ses ailes au delà
des frontières, Botticelli a investi, à Paris, le musée du Luxembourg et, Thalys aidant, l’escapade vaut le détour même si le recul
manque un peu à la scénographie, soucieuse de faire pénétrer le public dans
l’univers onirique de l’artiste, ses jardins, ses intérieurs de palais, ses
draperies baignées de cette lumière florentine à nulle autre pareille. Mise à part cette restriction, c’est avec délice qu’on plonge dans
l’âge d’or de la peinture italienne et plus particulièrement le rayonnement de
Florence au Quattrocento, période marquée d’abord par l’humanisme intellectuel
des Medicis, agitée ensuite par les inquiétudes
provoquées par Savonarole. La plupart des œuvres ici réunies (de Botticelli et de quelques uns de
ses contemporains) ont été réalisées pour des personnages importants de la Cour
des Medicis. Le langage artistique n’ignore donc
jamais la destination des oeuvres et leur fonction symbolique. Les peintures de Botticelli s’inspirent des poètes antiques et les
allégories sont nombreuses qui évoquent des thèmes mythologiques et poétiques
comme "Pallas et le Centaure" où une gracieuse jeune femme
couronnée d’une guirlande tressée et vêtue d’une robe richement brodée, tient
d’une main une hallebarde, de l’autre la chevelure d’un centaure grimaçant. Comme
"Le Printemps", comme "La Naissance de
Vénus" - dont on regrette évidemment l’absence - cette oeuvre appartient
au genre allégorique en rapport étroit avec la culture Medicis
prônant les fêtes, les chorégraphies, les figures féminines joliment drapées et
coiffées de laurier en hommage à Laurent. Les couleurs sont fraîches, les
lignes sont élégantes, les visages d’une beauté fragile. Par ailleurs, les thèmes religieux fréquemment traités par Botticelli
tournent autour du visage de Marie, souvent rêveuse ou recueillie, tout
empreint de tendresse, ainsi de « La Vierge à l’enfant et deux
anges » grave dans son bonheur d’être mère, ou encore de
« L’Annonciation » superbe fresque transposée de 243 cm x 255cm. Les
couleurs en sont alors chatoyantes, les dessins ciselés, les contrastes harmonieux,
les mains fines et longues. Une intense dimension spirituelle émane de ces
personnages. Quand, à Florence, s’éteint le règne des
Medicis
devenus "lignée de parvenus habiles et sans scrupules", les sermons
apocalyptiques de Savonarole sonnent la charge exhortant au repentir Florence
la luxueuse. Ses imprécations enflammées lui vaudront excommunication et
sentence de mort qu’évoque un étonnant "Savonarole au bûcher"
attribué à Rosselli. De Botticelli on épinglera encore deux
"Portraits de femme"
d’une grâce infinie, un curieux dessin intitulé "Voyage au bout de
l’Enfer" (de Dante) représentant une course folle de petits personnages
fouettés par les démons et, de Piero de Cosimo, une "Madeleine" aux
cheveux sages, au visage humble telle qu’on imagine la Sainte pécheresse de
Vézelay. Dans une vitrine, un camée en agate représentant Laurent le Magnifique
entouré d’un filet d’or est confronté à un médaillon de cornaline incrusté du
portrait de Savonarole. L’exposition étant intitulée «De Laurent le Magnifique à
Savonarole», la boucle est bien bouclée ! Exit le quattrocento. Botticelli inspiré tant par l’Antiquité que par l’Ecriture n’a jamais
laissé l’érudition étouffer la sensibilité. C’est sans doute la raison pour
laquelle sa peinture nous touche. Colette Bertot |
* * Pallas et le Centaure
Portrait de femme
Camée en agate
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Paris. Musée du
Luxembourg (Sénat ) 19 rue de Vaugirard. Jusqu’au 22
février. |
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Ouvert tous les jours de 11h à 19h. |
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| Jusqu’au 22 février 2004. |
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Bertot.
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