LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Vera Lewijse.  Décembre 2003. 
   La Fondation Luc Peire retrouve l'un des ateliers du peintre : à Knokke
  
Les architectes De Bruycker et De Brock y restituent l'esprit de l'oeuvre.

Luc Peire dans son atelier

Une bien intéressante réalisation que celle des architectes De Bruycker – De Brock (lauréats), pour la Fondation Luc Peire à Knokke-Heist.

La fondation Luc Peire est  située dans une rue ordinaire à Knokke, au 64 de la De Judestraat, là où se situaient la  maison et l’atelier de Luc Peire à partir de 1947. 

La maison originale est la Villa Lucia, petite maison avec pignon qui était d’abord la résidence d’été des parents de Jenny Verbruggen, épouse de Luc Peire. Cette maison devint après la guerre la demeure de Jenny et de Luc Peire

Le peintre y construisit un atelier dans le fond du jardin en 1947, puis ajouta un bungalow en 1964.

La maison à front de rue est vendue en 1985, mais Peire avait gardé accès à son atelier  par la porte du garage. La Fondation Luc Peire racheta le n° 64 en 1997 et le fit démolir en  2000.

Les architectes Peter De Bruycker (39) et Inge De Brock (36), qui ont donc construit la nouvelle maison pour la Fondation Peire, ont tenu compte des éléments originaux de l’époque de l’artiste.  Ils ont mis l’entrée actuelle là où se trouvait la porte du garage. 

Ils ont surtout respecté la fascination de l’artiste pour la verticalité. La façade est très originale et attire l’attention du passant et du visiteur. La composition sobre et tendue, formée d’un sobre carré simplement coupé par les deux plans de l’entrée en bas et des fenêtres en haut, est déjà réminiscence de la géométrie abstraite : l’art de Peire

La Villa Lucia

L’architecture est modeste et délicate dans l’emploi des matériaux : messing pour les fenêtres et profils, du marbre blanc pour l’entrée, et du carrelage gris bleuâtre.

La succession de Luc Peire (Bruges 1916- Paris1994) et de son épouse Jenny Verbruggen (1908-1993) a ainsi trouvé hébergement à la Fondation Luc Peire. Marc Peire en est l’archiviste et le conservateur. Compositeur et créateur de plusieurs arrangements pour flûte qu’il intitule ‘œuvres polyphones’, il trouve son inspiration dans l’art de son célèbre oncle.

Luc Peire a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Bruges et à St-Luc à Gand. Au début de sa carrière, il adhère à l’expressionnisme Flamand : c’est la période de sa collaboration avec Permeke. Puis il fait part du groupe La Jeune Peinture Belge,  mais se distancie tôt de ce mouvement.  Avec le soutien de Michel  Seuphor  il se tourne alors vers la géométrie en évoluant vers le pop-art.

Durant les années soixante il invente ses « Graphies ».  Le rythme et les proportions de la création sont d’une telle tension qu’ils provoquent la contemplation chez le spectateur. Pour Peire le contenu spirituel de l’œuvre d’art est plus important que la surface plastique. Dans ce dépassement du monde naturel, il approche le monde des idées de Mondriaan. Peire essaie de créer un sentiment d’éternité, par l’emploi des miroirs au sol et au plafond, et de ses graphies sur les murs. Les spectateurs pouvaient se déplacer dans ces constructions d’allures cinétiques, nettement apparentées à l’optical art.

Luc Peire, Composition

Les mots clés de son œuvre sont verticalité, rythme, lumière et espace. 

Il recherche le mariage entre l’architecture et l’art plastique. Un bel exemple est son relief avec claustra en acier inoxydable et sérigraphie sur verre que l’on peut voir à la station de métro Roodebeek, sur la ligne 1B à Bruxelles.

Peire évolue ainsi de l’expressionnisme à la stylisation de la figure humaine, puis vers la représentation de l’homme comme être spirituel, symbolisé par le mouvement vertical : la verticalité abstraite.

La fondation expose trois grandes peintures réalisées en 1968, année où Peire participe à la Biennale de Venise. Des œuvres dont l’arrière-plan est monochrome bleu, rouge et jaune. Il y a à voir entre autres l’eau-forte orange ‘Ramses’, les peintures ‘Bois de Cazier  et Estramadura  de 1957,  une de ses dernières peintures : ‘Triangle’, la toile bleu Pagilu de 1991, les quatre tours de lumière de 1970 Groupe Lumino- Tours, etc. 

Bienvenues pour les chercheurs et historiens sont les archives chronologiques des ses œuvres, dessins, correspondance et  articles de presse. Il y a aussi possibilité de consulter les dix films documentaires de Luc Peire

Une petite collection d’oeuvres des ses amis peintres, comme Ensor et Permeke, est à admirer. Le première création en béton du sculpteur Subirachs a trouvé une belle place dans le jardin : La Dona de Putifar dont la naissance fait le sujet d’un des films documentaires de Peire. Le Catalan Joseph Maria Subirach (Barcelona 1927) est le plus important sculpteur de l’avant-garde Catalane de la 2ème partie du vingtième siècle.

Cette admirable reconstruction de l’atelier à Knokke (un des 26 ateliers où  Peire a travaillé !) par les architectes Peter De Bruycker et Inge De Brock permet de "sentir" la personnalité de Peire, que ce soit à travers les objets, les meubles, la bibliothèque, la chambre à coucher même avec son matelas couvert d’un drap aux stries verticales blanches et bleues !

Il ne s’agit pas simplement d’une visite muséale : on plonge littéralement dans le monde et l’existence de l’artiste Luc Peire.

Vera Lewijse,         
Historienne de l'art         

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Métro Rodebeek

 

 

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Vue de la Fondation

 

 

 

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Mwinda Mingi

 

 

 

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Les aveugles

 

 

 

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Environnement 61-65

 

 

 

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Métro Rodebeek

 

 

 

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Environnement 66

 

 

 

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Subirachs

Fondation Luc Peire, De Judestraat 64, Knokke.
Tél
. 050.35 58 48.
Réservation
visites guidés: conservator@lucpeire.com

Aussi :
Exposition ‘Actuele Architectuur in West-Vlaanderen’- Ostende.
Venetiaanse Gaanderijen, entrée  Zeedijk à Ostende.
Samedi 14-17h ; dimanche 10 – 12h et 14 – 17h.
Du 29 novembre 2003 au 29 février 2004 - Entrée gratuite.

Pour contacter
 l'auteur :
info@art-memoires.com 

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