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De très nombreuses salles de ventes, notamment bruxelloises, ont
trouvé ce moyen astucieux pour "arrondir leurs fins de
mois", en percevant indûment les dits droits, au détriment
d'acheteurs mal informés.
Le
but du présent article est de remettre succinctement "les
pendules à l'heure", afin d'éviter des déconvenues
financières aux amateurs qui fréquentent assidûment les
"Hôtels des Ventes".
Incidemment,
constatons que, contrairement aux pays voisins (la France par
exemple), les propriétaires de ces salles se déchargent de toute
responsabilité quant à l'origine, les dimensions, l'authenticité
des oeuvres qu'ils présentent la vente : voir leurs
Conditions Générales" qui facilitent drôlement l'exercice de
leur profession...
Remarquons
également que sans risquer le moindre investissement, les dites
entreprises sont très prospères, par les frais retenus aussi bien
du côté acheteur que du côté vendeur : en moyenne, 35 à 40 % du
prix adjugé, voire 55 % dans certains cas.
Pourquoi,
dès lors, encore grever cette transaction par les fameux droits de
suite ?
Un
peu d'histoire :
Tout
artiste, et c'est bien logique, dispose d'un droit moral sur
l'oeuvre qu'il a générée. Les transactions successives sur la
dite oeuvre sont soumises à un droit de suite. Ce dernier s'étend,
au profit des héritiers, après le décès de l'auteur.
La
Loi de 1921 (25 06 1921) régissait, jusqu'il y a peu, les règles
et montants dûs. Elle instaurait, au profit de l'auteur et de sa
descendance, une "taxe" sur les transactions : en vente
publique uniquement, donc pas en général en galerie ni dans les
ventes entre particuliers.
a) Le
taux en était progressif (article 2) :
0 % si l'adjudication se situe entre 1 et 999 FB.
2
%
entre 1000 et 10.000 FB.
3
%
entre 10.001 et 20.000 FB.
4
%
entre 20.001 et 50.000 FB.
6
%
au-delà de 50.001 FB.
b)
Les personnes solidairement responsables de la débition des
droits étaient le vendeur, l'acheteur et l'officier ministériel
(huissier) qui a procédé à la vente publique.
c)
N'entrons pas dans les détails, mais ces modalités furent
étendues (A.R. du 05 09 1923 et A.R. du 25 06 1977) aux artistes
français et allemands dont les peuvres sont vendues en Belgique.
d) Le
droit de suite est accordé aux ayant-droits pour une durée de 50
ans après le décès de l'artiste. Une disposition, dont je
n'ai pas trouvé trace officielle, suspendrait cette durée pendant
les années de guerre, soit 6 ans.
La
réforme de 1994 :
Une
réforme profonde de cette législation a été apportée par la Loi
du 30 06 1994 :
a) Le
taux en a été remanié :
0 % si l'adjudication se situe entre 1 FB et 50.000 FB.
4
% " "
"
au-delà de 50.001 FB.
A la
lecture de ce qui précède, on comprend mieux pourquoi les
sociétés de recouvrement -la SABAM principalement- ont
"freiné des 4 fers" la mis en application, qui les
privait d'une bonne part de leurs rentrées financières.
b) La
durée du droit de suite a été portée à 70 ans après
le décès de l'artiste. Et toujours, cette suspension en période
conflits armés, dont le texte officiel du Ministère de la Justice
ne fait pas mention...
c)
Les personnes solidairement responsables ont changé : il
s'agit maintenant de l'officier public, de l'organisateur de la
vente et du vendeur. Ceci a pour conséquence que les salles
de vente n'ont pas à réclamer quoi que ce soit aux
acheteurs !
Petite
parenthèse belgo-belge : les droits encaissés par la salle de
vente sont à transférer au Ministère de la communauté flamande
(Moniteur Belge du 07 06 1997) quel que soit le lieu (Liège,
Charleroi voire Arlon) où a lieu la vente publique. Barnumesque !
Ladite Loi de 1994 a créé de la confusion entre les dispositions de
1921 et les siennes, car les nouvelles modalités de taux et de
durée, bien qu ele Loi soit publiée au M.B., n'entraient en
vigueur qu'à la publication des arrêtés d'exécution, qui se sont
faits attendre.
La
situation actuelle est maintenant claire, et nous pouvons la
résumer comme suit :
| Un
droit de suite de 4 %, pour les adjudications en vente
publique dont le montant est supérieur à 50.000 BEF
(1.239,47 €) est dû par le vendeur à l'artiste ou aux
héritiers de celui-ci -qui peuvent mandater une société (SABAM
p ex)- pendant 70 ans après son décès. |
Avant
de payer, le vendeur aurait tout intérêt à exiger la preuve du
mandat accordé à une quelconque société par l'artiste ou
ses héritiers : le droit de suite n'est pas automatique !
Il
existe une liste (bien cachée, on comprend pourquoi) des artistes
qui ont cédé leurs droits à la SABAM, et des ajouts à cette
liste sont publiés au Moniteur Belge (à nos jours, sous forme
électronique, le papier ayant disparu...). A titre d'exemple, les
héritiers d'Armand JAMAR (Liège 1870 - St-Gilles 1946) ont confié
la défense de leurs intérêts à la dite SABAM. Ce mandat a été
publié au M.B. le 07 06 1997.
La
débition des droits relatifs à cet artiste courront donc jusqu'en
2016 (ou en 2025, cf supra, faits de guerre).
L'acheteur,
quant à lui, n'est plus concerné par ce problème !
C'est
pourtant à lui qu'on persiste à revendiquer le paiement des droits
de suite !
On
peut s'interroger quant à la "destination finale" de ces
prélèvements : l'auteur de cet article possède de nombreux
bordereaux, émanant de salles liégeoises et bruxelloises, sur
lesquels les droits de suite nommément indiqués comme tels ont
été revendiqués et acquittés. Un contact avec la seule
héritière de l'artiste en cause a révélé que jamais celle-ci
n'avait perçu un franc !
Prudence
donc, et fermeté dans le refus d'honorer la demande des salles de
ventes, quand ces dernières ne peuvent justifier de la
légalité de leur revendication.
Sans
être exhaustif, ce petit article permettra à tout un chacun d'y
voir un peu plus clair dans cette jungle, de se faire une opinion un
tant soit peu éclairée, et faire son profit des remarques et
conseils formulés.
C'est
tout le mal que je vous souhaite...
J-H. L.
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