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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Dominique Piteux-Vallin. Décembre 2003. "Robert Filliou, Génie sans Talent" Au Musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq. |
Une exposition qui se situe donc au cœur d’une coopération internationale, fidèle en cela au chemin de vie de l’artiste. Cette rétrospective rassemble environ 200 œuvres réalisées entre 1960 et 1987, provenant de 14 collections publiques et 33 collections privées européennes. Les œuvres rassemblées pour cette exposition proposent de faire revivre la pensée, l’esprit et la sensibilité de l’artiste au travers des objets produits par Filliou, seul ou en collaboration. Films ou vidéogrammes (sous-titrés pour la première fois en français pour ceux réalisés en anglais) restituent la présence physique par l’image et réintroduisent la vie dans l’art. Le spectateur pourra s’exercer aux jeux conçus par Filliou car pour l’artiste, la participation du spectateur est un élément fondamental. Filliou préférait au terme d’Art la notion de création permanente qui est un processus permettant à l’individu de développer ses propres facultés à travers l’innocence et l’imagination. La plupart de ses œuvres expriment la nécessité de l’échange ; la langue demeure le matériau de base ; il joue avec les mots. Il ne recoure pas à la mythologie, ne renvoie pas à l’histoire. Il préfère prendre les mots du quotidien, comme il utilisera ce qui lui tombe sous la main. Faites de carton, de fil de fer, les œuvres peuvent être réalisées partout, en toutes circonstances ; elles sont donc fragiles, précaires, d’une extrême liberté. Réalisées partout sans moyen particulier, Filliou définissait ses œuvres comme des pistes de décollage pour la pensée. Filliou prône l’importance du faire, de la création en tant qu’acte. Le faire doit être dissocié du savoir-faire. Le Musée d’art contemporain de Lyon avait présenté en 1998 « poèmes à petite vitesse » du mouvement Fluxus, expo qui était l’affirmation d’une attitude, la manifestation d’un esprit. L’art est ici identifié à la vie ; rien n’est sérieux et pourtant rien n’est plus sérieux. C'est dès 1962 que Filliou, cofondateur du Domaine Poétique de Paris, participe à l’émergence de la poésie d’action. En 1963, il projette avec Joachim Pfeufer le premier centre de la création permanente déterritorialisée, le Poïpoïdrome (Musée d’art contemporain de Lyon). Filliou
s’efforce de concevoir une approche du monde différente qui doit finir par le
modifier. Pour lui rien n’est figé et la créativité préside a toute action. Poussée à son extrême, sa théorie valorise le «mal fait » et le « pas fait », avec eux il y a une possibilité de progression, le « bien fait » étant figé dans son statut final et statique (portrait de l’artiste : bien fait, mal fait, pas fait 1973, Musée d’art moderne de Saint Etienne) Le modèle, (bien fait) côtoie une erreur introduite, un désordre (mal fait) et son énoncé, sa simple idée (pas fait) ; à chaque fois l’artiste invente une erreur et s’amuse à réaliser une quantité infinie de variations montrant que ce qu’il appelle « le principe de non-jugement », de « non-admiration » ou encore le « principe de non-comparaison »multiplie les capacités créatrices. Les recherches sur le territoire de la république géniale au début des années 70 conduisent souvent les spectateurs à aménager la salle d’exposition…. La contribution à l’art de la paix Eins.Un.One (musée d’art contemporain de Genève) par un artiste dont l’adolescence marquée par la seconde guerre mondiale l’a fait choisir à l’âge adulte la poésie comme véhicule de changement des valeurs n’est pas négligeable. Robert Filliou pour qui «l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » a toute sa vie refusé de se prêter au culte de la personnalité. Son œuvre est néanmoins riche de prolongements chez les artistes de la génération suivante. L’idée de réseau permet aux jeunes artistes de retrouver le sens des collaborations et des échanges, le centre d’art devient un lieu où l’art est une matière vivante. Filliou considérait être un génie sans talent mais il considérait également que tout à chacun est porteur d’un génie que l’exercice de ses talents empêche de développer. L’œuvre de Filliou ne peut se raconter en quelques lignes et je vous invite à aller à sa rencontre. C’est la plus belle façon d’honorer cet artiste et de rencontrer une vision positive du monde où les sciences et l’art ne s’affrontent pas mais œuvrent ensemble à la beauté de la vie. Dominique
Piteux,
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A poem a day
Poïpoïdrome |
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Musée d’art moderne de Lille Métropole, 59 Villeneuve d’Ascq - France. |
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Ouvert tous les
jours sauf le mardi de 10h à 18h. |
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| Exposition accessible du 8 décembre 2003 au 28 mars 2004. |
Installation |
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