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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une technique à succès, parfois controversée - Novembre 2003. |
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Pourquoi une sculpture d'édition ? par
Vivian Miessen : |
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; Au XVIIIème siècle, les artistes Français ont reproduit
quantité d’œuvres antiques en marbre, destinées à orner les jardins de
Versailles, pour citer le château le plus connu. La Russie connut le même engouement pour la reproduction de sculptures antiques. Les fameux jardins de Pavlosk, ou la grande cascade et les jardins du château de Peterhof aménagés pour Pierre le Grand entre 1714 et 1716, étaient riches en copies de plomb qui furent remplacés par des copies en marbre et bronze doré vers 1800. Les fondeurs Italiens Francesco Righetti et Giovanni
Zoffoli, dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, ont édité de nombreuses
copies de bronzes tirés de l’antiquité. Le catalogue de leur fabrique en témoigne
: une véritable entreprise commerciale. Le célèbre
céramiste anglais Josiah Wedgwood (1730-1795), créateur vers 1758 d’une
manufacture qui portait son nom et qui produisait, entre autre, des réductions
de sculptures en biscuit, vantait à ses clients les mérites de l’édition. Pour
lui, il allait de soi qu’en multipliant les copies d’anciens chefs-d’œuvre, le
bon goût serait répandu ; plus il y aurait de copies d’une œuvre donnée, plus
l’original serait admiré. Au XIXème, le londonien
J.M.Blashfield se fit le spécialiste de l’édition de copies d’œuvres antiques
en terre-cuite ; en Autriche, la célèbre fabrique "Goldscheider"
inonda l’Europe de ses productions de la fin du XIXème au
début du XXème siècle. En Italie, la Toscane avec ses grandes carrières et ses habiles artisans, a été le centre de la copie en marbre au XIXème siècle. Raffaello Romanelli et Antonio Frilli, établis en 1860, furent deux des plus grands fabricants de copies en bronze, marbre, œuvres en poudre d’albâtre moulée, du XIXème siècle. Citons
encore la firme De Angelis et fils, ou Chiurazzi et fils qui éditèrent nombres
d’œuvres dans des dimensions variables comme le célèbre "Faune
dansant" dont le marbre original se trouve au musée des offices à
Florence. Ces deux fabricants se sont associés pour créer en 1915
la "Fonderie Artistiche Riunite". Au XIXème siècle, l’édition en bronze ciblait une classe
sociale bien typée, la bourgeoisie, dont elle
épousait les valeurs. La raison d’être de l’édition est la réduction des
grandes commandes (monuments se trouvant sur les places publiques), mais il arrive que
ce procédé s’inverse et que l’on passe de la statuette à la sculpture monumentale, les imperfections au niveau des proportions apparaissaient alors de
manière flagrante. Réduits à l’échelle des appartements ,
les grands chefs-d’œuvre de la sculpture rentraient dans chaque foyer de la petite et moyenne
bourgeoisie grâce aux tailles différentes pouvant être données a ces œuvres.
Chaque budget pouvait y trouver son compte. Les copies des vedettes des grands musées étaient
ainsi à la portée de toutes les classes sociales. L’industrie du bronze d’art connut,
de 1840 à 1865, un développement stupéfiant. Le nombre de fondeurs-éditeurs s’accrut fortement, nombre de petits fondeurs et bronziers se
lançant dans ce commerce et, dans leur
sillage, beaucoup d’artisans travaillèrent : mouleurs, ciseleurs,
doreurs, marchands, petits vendeurs des rues. Ce qui
fut déterminant dans le développement de la
sculpture d’édition à été l’invention des procédés de réduction mécanique par
Achille Colas (1795-1859) et Frédéric Sauvage (1786-1857). Collas a le premier
présenté son procédé (1839). Il s’associe dès lors avec le célèbre fondeur Ferdinand Barbedienne ; en 1844 , Collas et Sauvage présentèrent un procédé commun. Barbedienne, le premier, signa un contrat d’édition avec le sculpteur François Rude,
le 22 mars 1843, pour la vie
entière de l’artiste. L’éditeur servait d’intermédiaire entre l’artiste et le
public. A partir de ces années là, la plupart des sculpteurs furent sous contrats avec les éditeurs. Il y eut évidemment des ruptures de contrats ainsi que des manquements au respect de ceux-ci . Avant l’invention du procédé « Collas-Sauvage »,
les réductions existaient mais étaient réalisées par des praticiens qui
réduisaient ou augmentaient les modèles qu’on leur confiaient
, de là un coût de revient plus élevé. Beaucoup ont
reproché à Barbedienne d’avoir vulgarisé
l’art en le popularisant, d’autres le louent d’avoir répandu le goût du
« beau ». Les détracteurs reprochent le fait que l’on détourne
l’œuvre de son but et qu’elle est alors
vidée de sa substance. Pour Pol Bury , le danger du
multiple est de créer l’accoutumance et d’user son intérêt. Citons
quelques grands « Fondeurs-éditeurs » français :
Ferdinand Barbedienne, Boyer, Christofle, Eck et
Durand,Gonon, Monbro, Paillard, Quesnel, Susse, Thiébaut, etc… Les
belges se lancèrent plus tardivement : avant 1850 la plupart des fontes étaient confiées
aux fondeurs-éditeurs français. On retiendra la célèbre compagnie des bronzes de
Bruxelles, la fonderie H.Luppens et Cie qui avait ses ateliers à Saint-Gilles au
n°15 de la rue de Danemark, Van Aerschodt de Louvain, Vojave etc… Le fort développement urbanistique de certaines villes
belges à la fin du XIXème siècle a donné énormément
de travail aux fonderies belges. L’amateur voulant s’offrir un
"mini-musée" d’œuvres
connues éditées en bronze au XIXème siècle peut encore en acquérir dans le
commerce d’art à des prix accessibles. Conclusion : Les avis divergeront toujours
sur le bien-fondé de ces productions de copies , il est vrai que la
multiplication à outrance d’une œuvre peut lui enlever de son intérêt, la
lassitude s’installant. D’un autre coté, à l’époque, quel moyen existait-il
pour diffuser un artiste et le faire connaître du grand public, en dehors des
salons ? Les publications étant loin d’être aussi nombreuses qu’aujourd'hui.
Les tirages
réglementaires en bronze d’œuvres actuelles sont peut-être un juste milieu, (douze exemplaires), mais la
législation va peut-être encore changer. Les premières réglementations réelles
sur le sujet datent seulement de la fin des années 1940. Vivian Miessen Références bibliographiques : "La statuaire Greco-Romaine et le goût
européen", par F. Haskell et N. Penny, collection bibliothèque
d’archéologie,1988. "La petite sculpture d’édition au XIXème
siècle", par B. Metman, Archives de l’art français
(Tome XXX),1989. "Les fonderies de bronzes", par P.P. Dupont et C. Huberty,1990. |
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Venus de Milo
Diane
Saint-Georges
Vendeurs ambulants
Faune dansant
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