LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Octobre 2003 
  "Stephane Mandelbaum, le rêve de la réalité",
  
à la Galerie Didier Devillez de Bruxelles.

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Un choc… Devant les huiles, dessins et gravures de l’artiste, on reste un moment pétrifié par la puissance du langage.

On n’est plus ici dans la réalité, on est de l’autre côté d’un terrifiant miroir.

Le parcours de Stéphane Mandelbaum (fils de Arie, lui même dessinateur) né en 1961, aura été de courte durée.

Cet artiste devenu braqueur "parce qu’ il n’éprouvait pas au travail cette pleine sensation d’être qu’il découvrit lorsqu’il se mit radicalement en péril"… comme dit Georges Meurant, sera assassiné en 1986 et son corps retrouvé par des gamins sous les sinistres piliers du viaduc de Beez.

Reste l’œuvre d’un artiste tourmenté par une homosexualité en délire et vivant, par défi, dangereusement.

Intense, diverse, souvent poignante, elle témoigne du talent d’un homme, qui, sans grand bagage, domine avec aisance la technique du dessin et saisit naturellement l’essentiel. Cette recherche de l’essentiel commence dès l’adolescence. Pour preuve ce "Shoret", portrait en pied d’un boucher juif, fait d’une huile épaisse, quand il avait 15 ans.

Plus tard, en 1980, il représentera, au bic, sur papier, un autre "Shoret" au regard goguenard, au tablier montant haut sous les bras, au couteau prêt à trancher et entouré de petits messages et graffitis qui en disent long sur un judaïsme lourd à porter. On peut y déchiffrer, entre autres : "Je dansai avec une femme qui était une putain juive. J’en éprouvai un sentiment étrange" ou encore : "je fréquentais des gangsters juifs". 

Les dessins sont à la fois touchants et durs. Avec une bouleversante économie de moyens, Mandelbaum communique son mal-être. Il provoque ? Non, il souffre. Il appelle au secours. Les rebelles ont du mal à se faire entendre et l’artiste est de ceux là, empêtré dans ses phantasmes de sexualité et de mort.

Ses compositions sont des pages d’histoire remplies de secret que chacun traduira à sa guise. Tel le portrait de Nasser à la gueule de travers, coiffé de papier brun et surgissant au milieu d’un petit monde de personnages hétéroclites dont Monsieur Mitsuhirato, l’enquiquineur agressif sorti du Lotus Bleu. "Bonjour, messieurs" griffonne l’artiste non sans humour.

Des individus réels ou imaginaires épinglés jusque dans le moindre détail, à coups de petits traits simplifiés, émergent du support immaculé créant un incessant tourbillon de contrastes, d’ombres et de lumières.

On croise Bacon, aux yeux hagards. Goebbels, hurlant sa haine, les poings serrés.

On lit : "J’ai braqué une banque" ou "je suis né juif"… Rien n’est serein dans l’œuvre de Mandelbaum.

Un (auto ?) portrait « sans titre » trace en quelques coups de bic acérés presque violents, le visage veule et déchirant d’un mec prêt à tous les mauvais coups. Il n’attend plus rien de la vie. Le torse est viril, le nez épais, la bouche désabusée. Le cheveu lourd occulte le regard. La détresse est inscrite au plus profond de ce fascinant visage et noue les tripes de qui s’attarde à le regarder.

Même l’art qui aurait pu le sauver n’a rien pu pour Mandelbaum.

Son présent n’était que mise en danger, sa perception des choses exacerbée.

On songe à Pasolini que son interprétation personnelle des mythes aura conduit au bout de l’enfer.

Comme lui, Mandelbaum laisse une œuvre forte et un goût amer de "trop peu".

Colette Bertot         

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38stmguernica.JPG (46109 octets)

Guernica & Picadores 

 

 

38stmnasser.JPG (49536 octets)

Portrait de Nasser

 

 

38stmshoret.JPG (41785 octets)

"Shoret"

 

 

38stmsantitr.JPG (19308 octets)

Sans titre

 

Galerie Didier Devillez.  Tel. 02/ 215.82.08.
Ouvert les jeudi, vendredi et samedi de 13h30 à 18h30 et sur rendez-vous.
Jusqu’au 18 octobre 2003.

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