LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique de Danièle Doumont.  Août 2003 
   Le fabuleux trésor d'Hugo d'Oignies,
  
L'une des sept Merveilles de Belgique exposée à Namur.

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    Le Trésor de l'ancien prieuré d'Oignies, en Hainaut, constitue l'une des sept Merveilles de Belgique. Joyau d'orfèvrerie, il nous émerveille actuellement au Musée des Arts anciens du Namurois.

    C'est au prieuré d'Oignies, fondé par son frère en 1190, qu'oeuvre frère Hugo au XIIIe siècle. La plupart des oeuvres du Trésor ont été exécutées au prieuré même.  Il est exceptionnel d'avoir pu conserver dans son entièreté ce Trésor alors que beaucoup d'autres, de Stavelot,  de Saint-Aubain à Namur, ... ont été détruits, dispersés, pillés au hasard des guerres et des révolutions. Emmuré à la fin du XVIIIe siècle par le dernier prieur dans une ferme à Falisolle, il est confié en 1818 aux soeurs de Notre-Dame à Namur. En 1939, alors que la guerre menace, le trésor est mis à l'abri et échappe à la destruction du couvent. Après la reconstruction des bâtiments,  il est de nouveau exposé chez les soeurs dans un local créé à cet effet et qui constitue, pour certains, le plus petit musée du monde ...
    A propos de frère Hugo, nous savons peu de choses.  C'est seulement à partir de 1228 que l'on peut dater des oeuvres créées au prieuré.  Entre la fondation de celui-ci en 1190 et cette date, nous ne savons pas ce que devient Hugo.  Sans doute est-il formé au métier d'orfèvre ... Hugo sait lire et écrire, ce qui n'est pas toujours le cas à l'époque.  Il est orfèvre, scribe et miniaturiste.  Il a signé plusieurs de ses oeuvres et s'est même représenté dans certaines (fig.16).

    Aux côtés d'Hugo d'Oignies, deux personnes interviennent dans la constitution du trésor. Marie d'Oignies joue un rôle indirect. Saint femme de Nivelles, elle arrive à Oignies en 1207. Son rayonnement spirituel attire au prieuré une personne qui aura un rôle de premier plan en tant que pourvoyeur de richesses. Il s'agit de Jacques de Vitry, théologien parisien. Après avoir prononcé ses voeux à Oignies, il repart achever ses études à Paris. En 1216, il devient évêque de Saint-Jean d'Acre en Terre Sainte. Il sera 10 ans plus tard évêque de Tusculum. Etabli à la source, il ne cesse, tout au long de sa vie, d'envoyer des reliques, pierreries, richesses au prieuré auquel il reste attaché et où il revient régulièrement. 

Ce sont ces dons qui permettront à Hugo de réaliser de somptueux reliquaires.  Lorsque Jacques de Vitry meurt en 1240, il a légué le contenu de sa chapelle privée au prieuré. Sa crosse d'évêque, ses mitres, ses anneaux épiscopaux, son autel portatif, ...(fig.17) sont également exposés au Musée.

    Les techniques utilisées par Hugo sont multiples. Leur combinaison nous donne à admirer des oeuvres d'une grande maîtrise technique. Aux émaux colorés, fort prisés à l'époque, Hugo préfère le nielle(1) qui donne plus de sobriété et une grande noblesse à ses oeuvres. Citons comme exemple le 'Gobelet dit de Marie d'Oignies' (fig 9).

   Il pousse le travail des filigranes(2) jusqu'à son paroxysme. Il détache celui-ci du fond pour donner encore plus de profondeur à l'oeuvre ou réalise une multitude de petites perles disposées tout le long des filigranes afin de faire chatoyer la matière. Prenons pour exemple le 'Phylactère de Saint-Martin' (fig 26). Il crée encore des éléments minuscules, pampres de vigne ou feuillages, par procédé mécanique, et les soude aux filigranes. 

   En exemple, citons la reliure d'évangéliaire du prieuré. Hugo joue également sur la polychromie des matières, réalisant certaines parties de l'oeuvre en argent doré et ajoutant des pierreries de remploi pour une touche colorée. 

    A côté des oeuvres réalisées par le frère Hugo et par son atelier sont également exposées des oeuvres d'orfèvrerie de la même période. L'exposition permet de voir le tournant qui s'opère à l'époque avec l'introduction du style gothique, plus architectural, dans les oeuvres. Celui-ci apparaît déjà timidement dans les reliquaires d'Hugo d'Oignies, entre autres par l'emploi de colonnettes comme c'est le cas dans le 'reliquaire de la côte de Saint-Pierre'(fig 25), puis pleinement dans les reliquaires-tourelles réalisés par l'atelier d'Hugo après son décès. Citons pour exemple le 'reliquaire-tourelle de Saint-Nicolas' (fig 7).

    L'exposition est intéressante à plusieurs niveaux. La diversité des techniques utilisées, la richesse iconographique, la beauté des pièces constituent un régal pour le visiteur. Il s'agit sans nul doute d'une exposition à ne pas manquer !
    

Danièle Doumont,         
Historienne de l'art          

 (1) Pâte en fusion à base de sulfures d'argent, de cuivre et de plomb.  Cette pâte est introduite dans les traits gravés du métal puis le tout est chauffé à haute température pour permettre l'adhérence au métal.  Une fois refroidi, l'ensemble est poli pour lui donner un aspect de brillance.

(2) Lamelles de métal dont la tranche supérieure est dentelée avec une roulette.

D'autres photos sont visibles sur le site du musée.


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Fig. 16. Evangéliaire

 

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Fig. 17. Mitre

 

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Fig. 9. Gobelet

 

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Fig. 26. Phylactère

 

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Reliquaire

 

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Reliquaire-tourelle

Musée des Arts anciens du Namurois, 24 rue de Fer, 5000 Namur.

Tous les jours, sauf le lundi, de 10 h à 18h. 

Exposition accessible jusqu’au 30 novembre 2003.
Entrée : 5 euros adultes, 2.5 euros (groupes, étudiants,  3e âge).  
Un catalogue accompagne l'exposition. 

Copyright © 2003 Danièle Doumont.
Copyright © 2003 Photos : sans objet actuellement.
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