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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique de Dominique Vallin-Piteux. Juillet 2003 Rétrospective Gaston Lachaise (1882 - 1935), Un sculpteur de la Femme : à Roubaix. |
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Le musée la Piscine
de Roubaix nous invite à cette découverte fascinante d’un artiste consacré
comme prodige alors qu’il entre à l’école des beaux-arts de Paris à l’âge de 16
ans en 1898 et qui dès 1899 sera présent au Salon des Artistes Français. Le musée de Roubaix
présente pour la première fois en Europe[1]
un panorama complet de l’œuvre en réunissant plus de 80 pièces sculptées, des œuvres
sur papier et des photographies, totalement
inédites, de nus, de Isabelle Dutaud Nagle. La plupart de ces
œuvres proviennent de la succession de l’artiste et sont conservées à la
fondation Lachaise de Boston (instituée par le testament d’Isabelle Lachaise) et
l’exposition est réalisée avec le concours de la Salender-O’Reilly Galleries de
New-York. La sculpture de
Lachaise, essentielle aux Etats-Unis et qui a marqué de
manière significative l’art du Xxème
siècle, est pourtant peu connue en France, pays d’origine de ce
sculpteur né à Paris en 1882. Surtout présente dans les musées américains, le travail de Lachaise a été exposé à de nombreuses reprises aux USA depuis sa mort. C’est aussi le premier sculpteur qui, de son vivant, a fait l’objet d’une rétrospective au Museum of Modern Art de New York. Enfant déjà, Gaston Lachaise utilise les outils de son père, fabricant de meubles, pour sculpter. A 13 ans il suit les cours de l’école Bernard Palissy à Paris puis entre à l’école des beaux-arts. Dans les années 1901-1905 il rencontre à Paris Isabel Dutaud-Nagel, de dix ans son aînée, mariée de surcroît. Lachaise voit en elle «la muse » ; celle-ci devient tout l’univers de Lachaise qui n’aura de désir que de la rejoindre et qui abandonne les cours de l’école des beaux-arts et entre dans l’atelier de Lalique afin d’y gagner le prix de son voyage aux USA. Il renonce à la gloire académique et au prix de Rome pour arriver début janvier 1906 sur le territoire américain à Boston. Il entre comme praticien au service du sculpteur Kitson chez qui il restera jusqu’en 1912. Il se déménage à New York ou il rencontre alors Paul Manship dont il devient l’assistant occasionnel. En 1913 il participe à l’Armory show, en 1916 il obtient la nationalité américaine. Esclave de cette femme, il lui consacrera trente trois ans de sa vie. Il quittera ce monde emporté en quelques mois emporté par une leucémie en 1935. Lorsque vous rentrerez dans la salle vous serez confronté aux œuvres de petites tailles, aux portraits puis lorsque vous avancerez encore, aux sculptures monumentales et enfin, vous découvrirez les photographies. Isabel n’a jamais posé comme modèle vivant pour Lachaise qui disait qu’il préférait se souvenir et représenter Isabelle de mémoire. L’importante série photographique présentée ici a été prise sur les plages ou dans la campagne du Maine entre 1906 et 1910. Elles annoncent les nombreuses représentations que l’artiste façonnera de cette égérie qu’il finit par épouser en 1917. Lachaise laisse libre court à l’émotion que lui inspire le corps d’Isabelle ; il en imprègne ses œuvres leur conférant une portée qui dépasse la simple représentation du réel. Les dessins révèlent la transformation que le regard de Lachaise opère sur son modèle. Néanmoins la conséquence de la fixation de Lachaise sur sa muse le conduit à une répétitivité et un style qui évolue peu au départ. La statuette exposée en 1913 Nu au manteau, un bronze de 33cm de haut correspond déjà à la version symbolique de la femme : sa Belle. Très vite la femme à quitté ses vêtements et sa large poitrine se développe dans une ample respiration. La statue monumentale Elévation est caractéristique de ces belles femmes charpentées, romantiques et voluptueuses que l’on retrouve dans les œuvres en bas relief produites à compter de son mariage. En dépit des appuis de nombreux mécènes, le couple est souvent à court d’argent. Pour y faire face Lachaise réalisera de nombreux portraits, effigies flatteuses de ses clients. Lachaise est un des derniers portraitistes, car a quelques exception près, le genre disparaît de la pratique sculpturale pour passer dans le domaine de la photographie. Lachaise ne
sacrifiera jamais son talent aux exigences financières incessantes de sa femme et
répondra aussi à des commandes publiques (frise pour le siège de l’American Telephone and Telegraph à New York). La montagne, après les femmes qui bougent, la Femme s’immobilise et ses pieds disparaissent presque. Les montagnes, écrivait Lachaise «ont des prairies vallonnées fertiles, aussi larges et molles que des seins féconds.»[2] Dans les années 1927, Lachaise explore la possibilité de faire flotter ses sculptures dans l’espace. Le personnage flottant est né d’un incident ; lors d’une exposition[3] une sculpture de Femme couchée fut brisée et c’est quelques mois après cet incident que Lachaise créa ses figures flottantes. Les fontes
posthumes sont au nombre de huit réparties dans les musées américains et une en
Australie. La maturité apporte à Lachaise la liberté qui lui permet d’abandonner la formation académique reçue à Paris et d’expérimenter une fragmentation de la figure avec déformation extrêmement poussée. Les torses, comme torse aux bras levés montrent comment Lachaise grossit et amplifie les parties du corps féminin qui sont traduits de manière extravagante. Attirance pour les poses inusitées, imagination érotique, donnent naissance à une œuvre stupéfiante La mère dynamo en 1933. Le corps féminin présenté en position de parturiente, au sexe agrandi, ne peut laisser indifférent. De nombreuses œuvres érotiques n’ont été révélées que très tardivement après la mort de l’artiste. Lachaise, se situe au niveau des grands maîtres européens de la période par un travail créatif et inventif mais il n’en reste pas moins inclassable. Trop différent dans ses conceptions de la sculpture pour être rangé auprès des tenants de la sculpture de nus classiques comme Rodin ou Maillol, l’œuvre de Lachaise montre une sensibilité classique bousculée par les émotions. L’influence des grands maîtres modernes, Matisse et son traitement du nu, Brancusi et ses bronzes au poli fini et à la brillance caractéristique sont supplantés par la rencontre avec Isabelle. Sans être un innovateur, Gaston Lachaise a redonné une vie nouvelle à la sculpture traditionnelle rendant sans cesse hommage à sa Belle, son idole, celle qu’il nomme «la Femme », sculptant sans fin son corps opulent, rendant hommage à son esprit à travers de monumentales sculptures, la représentant dans les proportions de son amoureuse considération, immense. Dominique
Vallin-Piteux, |
Gaston Lachaise
Elévation
Isabelle
Isabelle
Femme couchée
Personnage flottant
La Montagne
Femme à genoux
Torse
aux
Torse
Nu assis |
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La
Piscine, Musée d’art et d’industrie André Diligent, |
La Mère Dynamo |
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Ouverte tous les
jours sauf le lundi et jours fériés. |
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| Exposition accessible jusqu’au 7 septembre 2003. | |
| Catalogue, éditions Gallimard, illustrations couleur 45 euros. |
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