LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise BERNARDI.   Juillet  2001.
3. Sebastaio Salgado au Botanique, Exodes.

Pendant six ans, Salgado (Brésil, 1944) a traversé quarante pays, se joignant à des hommes, des femmes et des enfants en exode. Emigrants ou réfugiés, tous sont victimes de guerre, de violence ou de pauvreté. Si les raisons de leur fuite ne sont pas toujours les mêmes, un instinct de survie, un espoir, un désir de vie meilleure anime chacun d’entre eux et les unis. Cette exposition aborde tous les grands conflits du XXè siècle mais surtout leurs conséquences sur les hommes. Salgado n’a pas choisi de montrer les guerres ou les luttes sanglantes mais leurs conséquences. Il a centré son propos sur les hommes qui, face à ces événements, n’ont d’autres choix que de fuir pour survivre.

L’exposition se divise selon quatre thématiques : émigrés et réfugiés, l’instinct de survie ; la tragédie africaine, un continent à la dérive ; l’Amérique latine, exode rural et désordre urbain ; l’Asie, le nouveau visage urbain du monde. D’un continent à l’autre, les personnes que Salgado nous donne à voir nous semblent étrangement pareilles. Sur les routes, dans des camps de fortune, la crainte mais aussi l’espoir d’un avenir meilleur les poussent à fuir leur village ou leur pays.

Tantôt il met l’accent sur le groupe, la clan ou la famille pour témoigner d’une solidarité, d’une cohésion face à ces épreuves, tantôt il préfère le portrait isolé qui traduit la solitude et parfois la détresse de ces exilés. Ces différentes photographies sont de véritables témoignages, tous ces visages nous racontent une histoire. Il centre ainsi son propos sur l’homme en tant qu’individu. Les plans rapprochés permettent de mettre en avant cette mémoire des corps qui sont le reflet des épreuves traversées par ces hommes.

Salgado élargit également son cadre pour présenter le milieu dans lequel évoluent ces exilés. Ses photographies prises d’un avion ou du haut d’un immeuble lui permettent d’exposer les rapports entre l’homme et l’environnement où parfois il tente de survivre, que ce soit dans les mégalopoles comme Mexico ou Sao Paulo, dans les montagnes du Chiapas ou dans la faune africaine. Salgado veut ainsi mettre l’accent sur les rapports de force, sur les inégalités comme dans les grandes villes où gratte-ciel et bidonvilles se côtoient.

D’un plan rapproché, on passe à une vue d’ensemble qui a pour but de restituer le contexte, la nature dans laquelle évoluent tant bien que mal ces populations déplacées. Une vue aérienne permet de mesurer l’importance de ces peuples sur les routes, entassées dans des camps de fortune.

La lumière exploitée par le photographe brésilien donne à ces images une dimension nouvelle. Le jour qui se lève cerne les hommes d’un cercle de lumière, leur donnant un aspect divin. Salgado exploite les contrastes, il intensifie les noirs, joue avec les rayons de lumière pour donner à ses personnages une grandeur quasi mystique. Il est parfois difficile de ne pas voir certaines allusions bibliques dans les choix photographiques de cet artiste. On pense au Chemin de Croix en voyant ces hommes sur les routes avec leurs fardeaux ou encore aux piétas avec ces femmes qui pleurent leurs fils morts.

Salgado ne cherche pas le sensationnel, son but n’est pas de mettre en scène le malheur ni de susciter la pitié. Il rend hommage à ces hommes, à leur courage et à leurs espoirs. Il nous invite au respect, à la compréhension et l’admiration de tous ces exilés. C’est un bilan, un état du monde en cette fin de siècle que Salgado nous montre au travers de ces différentes photographies rassemblées autour du thème de l’exode. Comme il le dit lui-même, c’est l’histoire d’une humanité en mouvement.

Françoise Bernardi    
 

 

 

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11saldago.JPG (310022 octets)


Plaquette de l'exposition

 

 

 

 



Le Botanique, Centre Culturel de la Communauté française Wallonie-Bruxelles.
Rue Royale, 236 – 1210 Bruxelles

Exposition accessible jusqu’au 29 juillet 2001.
Tous les jours sauf le lundi, de 11 à 18 h.
Tél. 02.218.37.32.

Copyright © 2001 Mémoires et Françoise Bernardi. 
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