LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise BERNARDI.   Juillet  2001 
1. Anna-Eva Bergman
au Cabinet des Estampes de Liège.

 

Le Cabinet des Estampes de la Ville de Liège rend actuellement hommage à l’artiste peintre Anna-Eva Bergman (1909-1987). Son parcours riche et varié l’aura menée de la figuration presque caricaturale à l’abstraction flirtant avec le monde minéral.

L'itinéraire artistique d’Anna-Eva Bergman est ponctué par ses divers voyages, ceux-ci ont nourri sa créativité et enrichi ses sources d’inspiration. Ses premiers dessins, dans la mouvance de la Nouvelle Objectivité, mélangent humour et causticité pour parler du monde bourgeois allemand et français. Elle a collaboré avec la presse et fut publiée dans plusieurs quotidiens. Mais avec la montée du nazisme dans les années 30, elle décide de quitter Dresde pour Minorque avec son mari : Hans Hartung. De cette ville, elle retient la luminosité des architectures qu’elle exploitera par la suite dans sa peinture.

A la fin des années 30, après son divorce, elle décide de retourner en Norvège, son pays d’origine. Pendant plusieurs années, elle abandonne la peinture et se consacre à l’étude de la géométrie, des mathématiques et surtout du nombre d’or dont elle tente plusieurs applications quand enfin elle reprend la peinture. En 1946, elle recommence à peindre mais le style est nettement différent. Loin de ses dessins caricaturaux, elle opte pour une certaine abstraction. Elle puise son inspiration dans la nature (les éléments minéraux principalement) et travaille à partir de formes simples. Les motifs des pierres sont maintes fois repris à cette époque. Son séjour en Norvège lui aura inspirée ces formes réduites et minimalistes permettant d’aborder la peinture de façon plus philosophique et quasi métaphysique. Ce tournant dans son art n’est que le début d’une recherche plus axée sur la technique picturale, le travail des formes et des couleurs. En effet, Anna-Eva Bergman développe dès cette époque une technique particulière à partir de feuilles d’or et d’argent appliquées sur la toile. Cette conception artistique est proche de l’art byzantin ou de celui de l’enluminure, un caractère divin y est également intimement lié.

Au début des années 50, elle retrouve Hans Hartung à Paris et l’épouse pour la seconde fois. Elle développe son travail à partir des motifs tels que des pierres et aborde cette thématique dans toute sa grandeur puisqu’elle traite les paysages norvégiens, les montagnes, les fjords. Ceux-ci envahissent les tableaux et peuvent être perçus comme des prétextes pour travailler les formes et les couleurs dans des dimensions qui dépassent la nature humaine. Ses recherches à partir de feuilles d’or ou d’argent constitueront dès lors son langage artistique. Parallèlement à ses peintures, elle continue le dessin composé de motifs simples et toujours minéraux. Les nombreux dessins ici exposés sont de très petites dimensions et s’apparentent à des croquis. Les noirs profonds de ces derniers sont à l’opposé de la luminosité de ses tableaux réalisés à partir de feuilles d’or ou d’argent. Par contre la composition est sensiblement identique : le motif minéral envahit tout l’espace pictural pour s’imposer comme seul et unique sujet.

A partir des années 70, elle s’installe définitivement à Antibes avec Hartung. Au fil du temps, Anna-Eva Bergman structure de plus en plus ses tableaux, elle les géométrise et leur confère une rigueur, une angulosité marquée. Les formes et les couleurs de ses tableaux tendent vers une structure minimaliste.

Le visiteur habitué aux lieux ne doit pas se laisser dérouter par la scénographie particulière de cette exposition et profiter de l’occasion qui lui est donnée de découvrir un artiste dans un contexte très différent de l’habitude. En effet, la scénographe Caecilia Tripp plonge la salle dans une quasi obscurité et établit un jeu de lumière minuté où certains tableaux ne sont éclairés que par intermittence. A noter également la présence de vidéos dans la salle projetant d’un côté un paysage marin et de l’autre les premiers dessins de l’artiste. Un fond sonore propose également le récit biographique de Anna-Eva Bergman. Mais si cette conception de l’exposition reste intéressante et innovante pour le Cabinet des Estampes, elle ne donne malheureusement pas toute sa dimension aux tableaux de Anna-Eva Bergman qui auraient mérité davantage de lumière pour se révéler pleinement à notre regard.

Françoise Bernardi    
 

 

 

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11capantib.JPG (10018 octets)
Cap d’Antibes
1974, 65 x 81

 

 

 

 

11montagnag.JPG (22392 octets)
Grande montagne d’argent,
 1957, 162 x 130

 

 

 

 

 

11neantdor.JPG (16835 octets)
Néant d’or
1963, 146 x 114.


Cabinet des Estampes et des Dessins de la Ville de Liège, 
Parc de la Boverie, 3 – 4000 Liège

du mardi au samedi de 13 à 18h et le dimanche de 11 à 16h30.

Exposition accessible jusqu’au 16 septembre 2001.

Copyright © 2001 Mémoires et Françoise Bernardi. 
Photographies de la Fondation Hans Hartung / Anna-Eva Bergman.
Tous droits réservés.

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