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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de Françoise BERNARDI. Juin 2001 . | |
| 3. Anne-Marie Klénes : "Temps", aux Brasseurs à Liège |
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La thématique du temps se situe à plusieurs stades dans le travail d’Anne-Marie Klénes. On le retrouve tout d’abord dans les matériaux ici privilégiés par l’artiste : l’ardoise, roche stratifiée lentement constituée et la paraffine. Le temps est fatalement présent dans la création, dans la maturation du travail. Si la pierre nécessite un exercice plus physique et lent, la paraffine offre à Anne-Marie Klénes une plus grande souplesse dans le travail. Cette matière plus malléable se soumet assez facilement aux désirs de l’artiste. La notion de durée intervient aussi dans le passage de l’état liquide à l’état solide de la paraffine. Et finalement, l’exposition n’est qu’un événement éphémère, elle sera démontée pour faire place à une autre. Au sous-sol, elle joue avec le dallage de la salle où sont coulés des pavés de paraffine. On retrouve le contraste entre le blanc et le noir comme dans un jeu d’échec mais sans la même régularité. Anne-Marie Klénes joue sur les contrastes entre le durable du dallage cimenté et l’éphémère des pavés de paraffine coulée à même le sol. Ces formes posées sur le sol, ne sont pas fixées, le temps va faire place au travail d’un autre artiste et peut-être une autre installation. Cette pièce permet à l’artiste de théâtraliser son œuvre. Sans fenêtre, cet espace confiné, dans lequel on ne peut pas déambuler, lui permet d’établir un jeu de lumière à l’aide de quelques spots. Sur tout un pan de mur sont apposées, les unes à côté des autres, des ardoises rectangulaires recouvertes d’une fine pellicule de paraffine. Toutes se présentent de façon très différentes, si la démarche de l’artiste est volontaire et pensée, le résultat laisse un large place au hasard, l’artiste ne pouvant maîtriser la disposition des bulles d’air lors du passage de la paraffine à l’état solide. La translucidité de la cire laisse les ardoises en partie apparentes. Celles-ci ne sont donc pas présentées de façon brutes, la paraffine leur offre un voile protecteur, comme un vernis. Anne-Marie Klénes a également choisi d’enserrer ses ardoises dans un carcan de paraffine. La cire blanche sert de cadre ou de noyau de protection à l’ardoise. Et encore une fois c’est toute la dualité de ces matières qui est mise en perspective par cet agencement (noir/blanc, éphémère/durable, solide/liquide, transparent/opaque). Au premier étage, on retrouve, toujours les mêmes matériaux dans un travail sur l’horizontalité, l’agencement vertical ou en damier. La ligne est importante dans les créations de Anne-Marie Klénes, elle structure et met en ordre ses matériaux. Les murs blancs des Brasseurs sont habillés selon une rigueur géométrique par ces petits carrés de paraffine colorée. L’artiste semble nous inviter à une lecture, elle nous propose un parcours à suivre. De ces murs, on passe au centre de la salle où des grandes dalles de schiste sont posées à même le sol et semblent graviter autour d’un des colonnes de la pièce. Sur ces pierres sont gravés des mots (écume, mémoire, veine, écho, lame et trace). Ils se réfèrent directement aux matières qu’elle utilise, et de façon beaucoup moins restrictive, on peut y voir des clés de lecture de son art. Le grenier offre deux montages impressionnants. En effet l’artiste a assemblé, monté une série d’ardoises, elles sont posées, empilées les unes sur les autres. Elles forment ainsi deux vagues solides et immobiles placées l’une en face de l’autre. Ces deux empilements semblent défier les forces naturelles. Le temps semble suspendu, arrêté mais ces ardoises empilées vont tôt ou tard s’effondrer comme un jeu de cartes. Anne-Marie Klénes nous propose cet instant qui précède une catastrophe. Cette exposition traduit encore une fois l’adéquation entre une personnalité et un lieu. Les Brasseurs offrent surtout un espace de réflexion à l’artiste qui n’a d’autres choix que de se plier à cette structure si particulière. Ce Centre d’Art Contemporain est véritablement habité par les artistes qui y exposent et qui s’approprient au mieux ces lieux. L’artiste propose un discours mitigé sur le temps, notion directement liée à la vie et qui agit sur tout élément. Mais cette idée échappe à l’homme, il ne peut pas en avoir le contrôle. Les propriétés de chacune de ces matières viennent soutenir le discours d’Anne-Marie Klénes qui aborde également le problème de la perception. L’ardoise et la paraffine ne sont pas travaillées en opposition mais plutôt dans une tentative de cohésion. Françoise Bernardi |
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Les Brasseurs, Rue des Brasseurs, 6 – 4000 Liège |
| Exposition accessible jusqu’au 22 juin 2001. |
| Tél. 04.221.41.91. |
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