LA LETTRE MENSUELLE

Chronique technique, décembre 2000, lettre N° 04 .

Les    gravures et estampes

Technique des estampes, gravures et autres "multiples".

3ème partie :  La taille en creux ou taille-douce

 

La taille-douce, vous l'aurez déjà deviné, emporte ma préférence ; en particulier les techniques à l'eau-forte qui permettent les plus beaux effets et les plus belles variations. Une gravure réalisée selon ces techniques mérite mille regards, qui vont de son allure générale à l'étude des plus fins détails, en passant par le savant équilibrage des lignes et des points, ou les suaves (et parfois rares) états qui aboutissent à la satisfaction de l'artiste... et à la nôtre.

Pour rappel fig. ci-contre), la plaque est ici creusée de "sillons", de creux dans lesquels l'encre est déposée. Le papier, mouillé pour la circonstance, va "chercher" l'encre dans ces creux. Ceci nécessite une très forte pression, ce qui explique deux éléments essentiels pour le diagnostic : le papier retient la forme de la plaque, et l'on appelle cette empreinte "la cuvette" ; d'autre part, comme le papier entre dans les creux de la plaque, on peut palper un léger relief de l'encre en passant finement le doigt sur l'épreuve.

 

- Les techniques mécaniques, burin et pointe-sèche.     début de l'article   

Ces techniques sont directement dérivées de la gravure en orfèvrerie. Les premières applications datent du 15ème siècle. On distingue essentiellement le burin, la pointe-sèche, la gravure au pointillé, à la manière de crayon et la manière noire (ou mezzotinte). Le support est le plus souvent une plaque de cuivre, parfaitement lisse et polie ; parfois on utilise le zinc moins coûteux mais aussi moins résistant, et dans de rares cas le laiton.

Le burin est une lame qui peut avoir une section losangique, triangulaire ou carrée. Son passage sur la plaque enlève du métal, et la taille sera fonction des la section du burin, de son inclinaison par rapport à la plaque, ou par la reprise d'une taille par une autre en sens inverse. Le déplacement du burin soulève un copeau de métal, et les bords de l'intaille sont pourvus de petites crêtes, ou "barbes" que l'on enlève à l'aide d'un ébarboir (alors qu'on les laisse dans la pointe-sèche). Le trait du burin est caractérisé par son début pointu, effilé, par son élargissement central, et par sa fin à nouveau effilée.

Cette technique requiert de la part de l'artiste une grande virtuosité technique. Il doit faire bouger la plaque contre le sens du burin, et parvenir ainsi à obtenir des courbes parfaites. Peu d'artistes modernes ont pratiqué cet art, préférant l'eau-forte plus aisée à manipuler. 

Pour voir un très beau burin de Joseph Bonvoisin, cliquez sur son nom ; le site traite des graveurs de l'école liégeoise (Université de Liège, coll. Wittert). 

La pointe-sèche est une application particulière de la gravure linéaire au burin. L'artiste creuse le trait dans la plaque à l'aide d'une aiguille très acérée. La profondeur du trait dépend de la pression exercée et de la forme plus ou moins effilée de la pointe. Ici, on laisse donc les barbes de métal. Celles-ci accrochent l'encre lors de l'encrage et l'on obtient à l'impression un trait velouté, sans limites précises, ce qui permet des tonalités variées. Les maîtres de la technique furent notamment Rembrandt et Dürer, mais plusieurs artistes modernes l'ont reprise, soit pour l'entièreté d'une oeuvre, soit en appoint de l'eau-forte (voir Rik Wouters dans nos annexes illustrées). Voyez aussi sur le site du Musée Rops. Enfin, nous avons repris deux états d'une même pointe-sèche de Vertès dans nos Annexes 3.

 

- Les autres techniques mécaniques  début de l'article

Les autres techniques mécaniques ont été beaucoup utilisées au 18ème siècle, et avec talent autant que dextérité et patience. Elles sont tombées actuellement en désuétude.

La gravure au pointillé sert souvent de complément à un burin ou à une manière noire, mais elle peut être utilisée seule. Il faut une infinie patience au graveur, puisqu'il doit frapper l'ensemble de la plaque au moyen d'une pointe lourde en acier qu'il manie avec plus ou moins de force, et en variant la densité des points. On obtient ainsi un modelé proche du dessin.

La manière de crayon dit bien le résultat : une gravure qui imite le dessin au crayon ou à la craie. Elle est obtenue par différents instruments qui permettent de grainer la surface de la plaque, comme des roulettes ou des molettes hérissées de pointes en métal dur. L'estampe montre de belles variétés de tons, agréablement modelés, et des lignes successives correspondant aux passages de l'outil comme l'aurait fait un crayon.

La manière noire, encore appelée mezzontinte, ou parfois manière anglaise tant elle fut utilisée dans ce pays, permet d'obtenir des superbes dégradés. Elle consiste à utiliser une plaque de cuivre uniformément et préalablement grainée. On laisse les barbes de métal. La plaque est ainsi couverte d'une infinité de points, et le tirage d'une telle plaque encrée donnerait une épreuve uniformément noire. Ce que réalise l'artiste, c'est l'aplatissement par des grattoirs et des brunissoirs des grains dans les zones où il souhaite que l'encre ne figure pas : en dosant cette action, il obtient toutes les teintes entre le noir et le blanc. Le blanc est obtenu en écrasant tous les grains de la zone qui ne prendra pas d'encre. Parmi les artistes qui ont utilisé cette technique, citons Goya. 

Vous trouverez au sujet de cette dernière technique un site particulièrement intéressant : non seulement l'artiste explique la technique images à l'appui, mais il l'utilise avec talent. Voyez sur le site de M. Guy Langevin.

 

- Les techniques à l'eau-forte.      début de l'article

Pour faciliter la lecture, nous avons implanté cette technique sur une autre page : cliquez sur les techniques à l'eau-forte.

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