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LA LETTRE MENSUELLE |
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Les gravures et estampes |
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Technique des estampes, gravures et autres "multiples". 2ème partie : La taille d'épargne
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La taille d'épargne ou en relief est certainement la plus ancienne chronologiquement. Son principe a été expliqué dans l'article précédent : voir Estampes / Généralités. Le schéma en est repris ci-contre. Rappelons que les parties non imprimantes sont éliminées, et que ce sont les reliefs restants qui sont encrés. La planche peut être constituée par divers matériaux, mais le plus courant est le bois ; les autres sont le métal, la pierre, l'argile et, de nos jours, le linoléum ou des résines synthétiques. Nous nous limiterons dans le cadre de cet article à évoquer les techniques utilisant le bois. On distingue alors deux manières de constituer la planche à graver : en bois de fil, et c'est la xyloglyphie, ou le bois de bout, et c'est la xylographie. Notons que le terme plus général de xylogravure peut s'appliquer aux deux techniques. Le papier passe sur la plaque dans une presse sous faible pression. il est légèrement déformé en creux, et l'on peut palper parfois, par l'arrière, ces légères déformations : c'est un critère "diagnostique" d'appoint, pas toujours déterminant. |
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| - Le bois de fil.
début
de l'article
Le support est ici une plaque de bois découpée dans le sens des fibres. On choisit un bois suffisamment dur comme le poirier, le pommier ou le noyer ; si le travail est plus rudimentaire, des bois tendres comme le tilleul ou le peuplier pourront convenir. On choisit le bois au coeur de l'arbre, là où les fibres sont les plus serrées et les plus dures. Le dessin est d'abord reporté sur la planche par divers procédés, calque, encre de chine, gomme arabique,... Le bois est alors travaillé à la gouge et au canif, en épargnant le motif qui devra recevoir l'encre et donc constituer le motif. On évite de trop croiser les lignes, les modelés s'obtenant plutôt par des séries de lignes parallèles. La hantise du graveur est le bris de fibres. L'erreur peut être réparée en mouillant le bois (très sec au départ) pour qu'il gonfle, ou en excisant la partie défectueuse et en la remplaçant par une pièce de bois de même dimension qui sera à nouveau travaillée. Le mérite de la mise au point et du développement de cette technique revient à l'Extrême-Orient, en Chine dès le 7ème siècle, et au Japon dès le 8ème. Pendant longtemps, ce que l'on a coutume d'appeler "estampes japonaises" -terme sans doute restrictif pour l'historien de l'art- fut imprimé dans la seule couleur noire, le blanc étant le fait des parties non encrées. Vers le milieu du 18ème siècle, on ajouta la couleur par utilisation de 2, 3 ou 4 planches colorées. Il va sans dire que le repérage, comme dans d'autres techniques polychromes, doit être rigoureux. Les principaux maîtres sont Mishikawa Sukenobu (1674-1754), Suzuki Harunobu (1725-1770), Kitawaga Utamaro (1753-1806), et le grand maître de la polychromie Katsushika Hokusai (1760-1849). Ces estampes eurent une grande influence sur l'art européen de la fin du 19ème, à une époque où elles étaient en déclin dans leur pays d'origine. Nombre d'artistes s'inspirèrent en effet de ces "perspectives" non classiques, souvent plongeantes, fermées (c'est à dire dont l'environnement se prolonge au-delà du cadre de l'oeuvre). En Europe, la xyloglyphie apparut à la fin du 14ème siècle, avec la découverte des secrets de la fabrication du papier importés d'Orient au retour des Croisades. Les premières productions furent d'inspiration religieuse. Les textes étaient alors gravés dans la planche elle-même. Mais l'invention de l'imprimerie vers 1450 permit la réalisation de véritables livres "illustrés". un des fleurons de cette production est le Discours du Songe de Poliphile, roman allégorique illustré de 168 xyloglyphies, attribué au dominicain Fransceco Colonna et imprimé à Venise en 1499. La tendance qui suivit fut de libérer la gravure de son intégration à un texte pour le servir, au profit d'un épanouissement propre de l'estampe comme oeuvre artistique. Albrecht Dürer est certainement le virtuose de cette technique, avec des modelés par hachurage qui dépassent la linéarité abrupte du début. Mais il faut également citer Hans Holbein le Jeune, Lucas Cranach l'Ancien ou Lucas de Leyde. Enfin, on ne pourra faire mieux, dans un court article (quitte à développer cela dans des chroniques ultérieures), que de mentionner des techniques qui sont des variantes, comme la xyloglyphie à fond noir, où le dessin apparaît blanc comme sur un négatif (le suisse Urs Graf), ou comme l'introduction du clair-obscur, des graduations en demi-tons, de camaieus,... par usage de plusieurs planches et encres. La gravure en relief sur bois de fil déclina lorsque furent mis au point les procédés de gravure en taille douce, le burin et l'eau-forte, à la fin du 16ème siècle. Mais il y eut une renaissance chez maints artistes à la jonction des deux derniers siècles, sur laquelle nous revenons plus bas. |
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- Le bois de bout début de l'article La différence entre la xylographie et la xyloglyphie est que la première utilise des planches taillées transversalement dans le tronc, et remplace le canif par le burin. Le bois est du buis, du noyer ou du poirier. Comme le montre le schéma ci-contre, la préparation de la planche est longue et rigoureuse, aboutissant à une disposition en damier qui donne un support lisse et aussi dur que l'acier. C'est ce qui explique qu'on puisse travailler cette surface au burin. C'est à partir de la fin du 18ème siècle, et jusqu'au début du 20ème que cette technique fut utilisée. Elle servit à illustrer nombre de livres dont les plus célèbres sont Don Quichotte ou La Divine Comédie par Gustave Doré, d'autres par Honoré Daumier. Les périodiques de l'époque romantique furent aussi largement (presque esclusivement peut-on dire) illustrés par cette technique. L'imagerie d'Epinal est par contre réalisée en bois de fil. La résistance des plaques en bois de bout à l'impression a permis de grandes diffusions. Seule l'apparition de la photogravure a permis de détrôner cette technique aux résultats magnifiques techniquement (même si manquant un peu d'âme à notre humble avis). On distingue deux grandes variétés : le fac-similé où le graveur repasse exactement toutes les lignes du dessin de l'artiste, et la xylographie de teinte où des hachures parallèles permettent de restituer des demi-teintes, des nuances d'une aquarelle ou d'un lavis. Quel que soit le mode, la fidélité de la reproduction est souvent surprenante. Un critère diagnostique de cette technique est la qualité des traits associée à du texte et à l'absence de cuvette : dans la toute grande majorité des cas, c'est de la gravure en bois de bout (la seule exception pourrait être une taille douce dont a coupé la cuvette). Mais une encre de taille-douce séchant plus lentement, on verra souvent, de plus, un papier de soie pour la protéger. Une image insérée dans un texte, sans cuvette, dans un ouvrage du 18° ou du 19° est toujours de la xylogravure : ce n'est jamais de la lithographie p ex -ce qui ne signifie pas qu'une litho ne puisse comporter du texte, bien évidemment.
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Préparation d'une plaque en bois de bout. Le bois est préalablement mis à sécher ; le traitement de polissage et de préparation implique des ingrédients dont des dérivés huileux. |
| - Les artistes
modernes et la xylogravure. début
de l'article
Plusieurs artistes modernes ont rendu à la gravure sur bois ses lettres de noblesse, en lui conférant de nouvelles qualités artistiques : Picasso et Gauguin pour ne citer que les plus célèbres. En Belgique, c'est à Frans Masereel (1889-1972) que l'on doit les plus belles productions de ce type. La plaque est alors travaillée en grands aplats absolument et uniformément noirs, contrastant avec le blanc du fond, du papier. Les traits vigoureux conviennent parfaitement à la forme d'expression violente et à la sévérité des thèmes (souvent la guerre). Le terme d'expressionnisme trouve ainsi tout son sens dans l'oeuvre de Masereel. Vous pouvez voir un autoportrait en xylogravure, sur le site : http://graphicwitness.org/historic/fm.htm . Cette oeuvre est absolument typique de cette technique -et de la virtuosité comme du talent de Masereel. Citons aussi l'utilisation de matériaux plus contemporains comme le linoléum, aisé à travailler en grands aplats. Nous avons souvenir de l'une ou l'autre estampe du regretté Roland Topor, de grande force évocatrice. |
| Conclusions
début
de l'article
Artistiquement parlant, la xylogravure a produit ses plus grands chefs-d'oeuvre chez Dürer, Cranach,..et les estampes japonaises, en bois de fil ; en bois de bout, on reconnaîtra les qualités de reproduction et techniques des illustrations du 19ème siècle, et sa contribution à la diffusion de la connaissance. Enfin, des artistes modernes, mais ils restent rares, ont contribué à une renaissance artistique de cette technique. Par ailleurs : nous avons offert en cours de mois d'octobre, réservé en priorité aux membres de notre liste de diffusion, un accès à deux pages illustrées qui permettent de distinguer une véritable gravure en taille-douce d'une reproduction en offset. Assez curieusement, plusieurs lecteurs se sont contentés de visiter la première. Ainsi, voyez en cliquant sur chacun de leurs noms, les spécificités de chacune des techniques : gravure ou offset. Cette distinction paraîtra sans doute élémentaire aux professionnels avertis, mais nous avons vu trop d'amateurs grugés que pour ne pas éditer ce type d'informations. Le mois prochain, nous aborderons la passionnante étude de la taille-douce, ou taille en creux. E. Mons delle Roche |
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