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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Françoise Bernardi. Octobre 2001 L'Estampe polonaise à La louvière. |
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Le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée s'associe au Festival d'art et de culture Europalia qui cette année présente les richesses de la Pologne. L'art graphique polonais ne pouvait de toute évidence pas être absent de cet événement et le Centre de La Louvière se présente comme le lieu adéquat pour une telle exposition. Les arts graphiques polonais se caractérisent par leur diversité tant stylistique que technique. Si la figuration est le plus souvent abordée par ces différents artistes et générations ce n'est que pour être plus proche de la réalité et des préoccupations du temps, le résultat est souvent une oeuvre métaphorique. Les différents événements politiques (guerres, indépendance, communisme) ont évidemment marqué le monde culturel. Le réalisme socialiste n'est pas resté sans influence sur le choix des artistes, le régime en place et la censure qu'il exerçait sur les arts les a également obligé à détourner les images pour leur donner des allures métaphoriques afin de pouvoir être diffusées. L'exposition s'articule autour de trois grandes périodes définies comme suit : "les commencements" 1900-1950, "les climats polonais" 1950-1980 et "le monde nous voit ainsi" 1980-2000. Si le premier niveau tente plutôt une approche historique autour des différents groupes caractérisés par des techniques et des styles particuliers, les deux autres niveaux s'organisent plutôt autour de personnalités qui permettent de définir quelques tendances de l'estampe en Pologne après la guerre. Au début du siècle, Cracovie est un centre artistique riche et fécond. La période qui s'étend du début du siècle jusqu'aux années 30 voit l'épanouissement de l'art graphique en Pologne. Dans une même volonté de recherche et de reconnaissance, différents artistes se regroupent pour mieux défendre et promouvoir leur art. Les graveurs de la Jeune Pologne sont influencés par les différents courants que l'on retrouve en peinture à cette époque : expressionnisme, impressionnisme, symbolisme. La lithographie est la principale technique utilisée par ces artistes. Si la Jeune Pologne est le groupe le plus connu, d'autres associations d'artistes se constituent après la guerre et travaillent dans un même esprit de recherche stylistique et technique. Les Formistes (1917-1922) s'attachent tout particulièrement à la forme et à la composition au travers des techniques de la lithographie et de la gravure sur bois. La Révolte ou Bunt (1918-1922) s'oppose à l'art traditionnel et à un certain réalisme et se rapproche de l'expressionnisme. La linogravure et la gravure sur bois privilégiées par ces artistes permet le rendu de contraste et une vigueur dans la composition. Les graveurs du groupe RYT travaillent surtout à partir de gravures sur bois. Ils développent un style national autour de scènes de genre, de paysages, de scènes religieuses ou encore de portraits régionaux. Le cabaret littéraire Le Ballon Vert favorise l'émergence d'une jeune génération d'artistes bohème qui aiment mettre en scène l'atmosphère et les personnages de ce lieu. De nombreuses personnalités émergent de ces différents groupements. A défaut d'être objectif et complet, on peut citer un artiste à l'univers tout à fait particulier, Bruno Schultz (1892-1942) et son cycle Le livre idolâtre qui traite de la suprématie de la femme dans un style suggestif et érotique. Le ton donné à ces oeuvres n'est pas sans rappeler Félicien Rops avec ses femmes sensuelles. Le japonisme se retrouve dans de nombreuses gravures de cette période ainsi, les oeuvres de Jan Stanislawski sont tout à fait représentatives de cette influence ou encore Rachel de Karol Frycz . Les différents courants artistiques tels que le futurisme, le cubisme ou l'expressionnisme traduisent l'attachement des arts graphiques polonais aux avant-gardes de ce début de siècle. La période qui s'étend de 1950 à 1980 et ici intitulée Climats polonais est caractérisée par la volonté des artistes de se détacher de l'art officiel, le réalisme socialiste. L'imagination des artistes se déploie dans des oeuvres où la figure humaine garde une place prépondérante mais les déformations qui lui sont imposées rapprochent ces créations des courants surréaliste et abstrait. La vie culturelle s'intensifie avec les créations d'écoles artistiques (même si celles-ci restent fortement contrôlées par l'Etat) et de nombreux centres de gravures. Il est important de souligner également la création de la Biennale Internationale d'Art graphique de Cracovie qui permet une véritable ouverture sur le monde. Cette période est également marquée par l'agrandissement des formats sous l'influence de la peinture. Différentes personnalités se distinguent pour cette période comme Mieczyslaw Wejman et ses eaux-fortes qui traduisent un certain chaos du monde toujours à partir de représentations de cyclistes. Le petit monde grouillant d'hommes nus à la tête ronde caractéristique est la vision sombre et inquiétante que nous propose Jacek Gaj. Wojciech Krzywoblocki interroge l'image gravée avec ses sérigraphies reprenant les sillons des champs labourés. Jerzy Panek et ses gravures sur bois reprend les thèmes de Don Quichotte ou Saint Georges selon un graphisme simple et épuré qui élève ses personnages au statut de symbole. La dernière partie consacrée aux artistes contemporains témoigne des recherches et des tendances actuelles de l'estampe polonaise. Izabella Gutowska interroge la condition de la femme par ses grands offset sur plexiglas. Il s'agit de photographies de femmes aux allures de gisants. Piotr Szurek (1958) centre son travail sur lui-même et réalise de nombreux autoportraits à la pointe sèche. Jacek Skroda (1957) aborde dans des oeuvres denses et colorées les problématiques du monde contemporain : la guerre, les armes, le nucléaire. Ryszard Gieryszewski (1936) opte pour un art beaucoup plus géométrique en rupture avec une certaine tradition où la figure humaine trouvait sa place. Tomasz Struk (1952) travaille la sérigraphie et l'impression digitale, ses motifs privilégiés sont l'eau, le ciel ou la lumière. Zbigniew Lutomski (1934) surprend par ses oeuvres souples qui jouent habilement entre les couleurs sombres et lumineuses. Il est important de souligner que cette exposition est centrée sur l'estampe polonaise et que les affiches qui ont également fait de ce pays une référence en la matière ne sont pas présentées ici. L'accent est volontairement mis sur les gravures peut-être moins bien connues d'un large public. Cependant le Mundaneum de Mons propose une exposition sur les affiches Art Nouveau créées à Cracovie entre 1880 et 1914. Tout au long de ce parcours au fil du temps, l'estampe polonaise garde une caractéristique constante: la recherche technique, l'innovation, le style souvent incisif et métaphorique. Les artistes polonais, quelle que soit la période, ont traité le plus souvent la figure humaine pour mieux aborder leur monde de façon concrète. La réalité politique, sociale et historique est omniprésente dans les créations polonaises. Depuis plus d'un siècle ce pays s'est acquis une tradition technique et stylistique. Les estampes polonaises sont le reflet d'un climat politique qui ne peut rester sans incidence sur le monde culturel. Usant souvent de la métaphore, ses oeuvres subtiles sont le témoignage d'une époque où la diffusion des idées devaient se faire de façon dissimulée. L'estampe polonaise est riche d'une tradition et d'un savoir-faire caractéristique qui fait de ce pays une référence dans ce domaine. Françoise Bernardi |
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Centre de la Gravure et de l'Image imprimée, 10, Rue des Amours - 7100 La Louvière |
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| Du mardi au vendredi de 12 à 18h, le week-end de 11 à 18h, fermé le lundi. Tél. 064.27.87.27. |
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| Exposition accessible jusqu'au 16 décembre 2001. |
Copyright © 2001 Mémoires et
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