LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise BERNARDI.   Août  2001 
1. Sculptures et installations à Jehay : harmonies du métal
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L’été est la saison idéale pour la rencontre et parfois la fusion entre l’art et la nature. Cette année, les parcs et jardins du Château de Jehay accueillent une exposition de sculptures autour du thème du métal. Cinq artistes contemporains de la province de Liège ont choisi un lieu du site pour exposer leurs créations : Constant, Serge Gangolf, Nic Joosen, Paul Machiels et Nicolas Wolkenar.

L’acier Cor Ten est privilégié par les sculpteurs Serge Gangolf, Nic Joosen et Nicolas Wolkenar. Cette matière développe au fil du temps une protection naturelle : la rouille. Les sculptures adoptent ainsi tout au long de leur vie différentes couleurs. D’un gris métallisé proche de l’inox, ces oeuvres peuvent devenir oranges ou brunes. Si les sculptures exposées en plein air souffrent souvent des conditions climatiques et voient leur aspect ainsi modifié, en ce qui concerne l’acier Cor Ten, ces changements lui sont inhérents, ils en sont caractéristiques. Cette matière insuffle la vie aux sculptures qui peuvent changer d’aspect en fonction du climat et du moment de la journée.

 Les oeuvres exposées dans le parc peuvent témoigner des différents aspects de cet acier. Serge Gangolf (1943) propose dans ces sculptures un mariage de formes anguleuses et circulaires. Différents volumes semblent ainsi s’emboîter au sein d’une même oeuvre au caractère abstrait et géométrique. Nic Joosen (1933) exploite également les angles et les courbes mais dans des oeuvres plus dépouillées et parfois plus minimalistes. Ses deux imposants Couple Arc et pyramide mêlent des caractères très différents et traduisent l’ambiguïté des rapports entre les pleins et les vides, entre les courbes et les lignes. Nic Joosen a aussi réalisé des oeuvres de plus petit format inspirées par le monde végétal. Ses Feuilles dressées dans les jardins semblent en équilibre précaire, un léger vent pourrait les laisser s’envoler. Et encore une fois l’artiste compose à partir de caractères très différents comme la légèreté de la feuille et la lourdeur de l’acier. Dans une même perspective abstraite mais bien plus minimaliste, Nicolas Wolkenar investit les lieux avec ses poutres d’acier Cor Ten posées au sol ou érigées  dans les jardins du château.

Si cette matière assez neutre ne possède pas  une histoire au départ comme le bois ou la pierre, une fois installée en plein air, elle prend véritablement vie et se modifie au contact de cet environnement naturel. Les sculptures qui se rattachent principalement au courant abstrait géométrique ou minimaliste, doivent être considérées de façon globale, au sein de ces jardins et pars du château de Jehay et non de façon unique et individuelle. Elles modulent l’espace choisi par les sculpteurs eux-mêmes pour y installer leurs oeuvres. Et c’est bien là l’intérêt d’une telle exposition : ces liens qui se tissent entre une oeuvre et son environnement.  

Dans une autre matière mais proche de l’aspect initial non oxydé du Cor Ten, Paul Machiels (1948) expose ses sculptures en acier inox. Ses oeuvres installées dans l’allée principale du parc s’inscrivent dans une esthétique très épurée, géométrique.

Les sculptures de Constant (1964) se distinguent par ce jeu souple entre les pleins et les vides. L’acier est découpé selon des formes sinueuses caractéristiques des oeuvres de l’artiste. Aux angles et lignes droites, Constant préfère les courbes, les cercles, les arrondis. Il s’est emparé de la glacière, grand puits sombre et frais situé dans un coin caché du parc, pour installer une large coupe semi-circulaire investissant toute la surface du lieu.

Les jardins de château accueille également les installations de deux autres artistes liégeois : Jean-Pierre Husquinet (1957) et Marianne Ponlot (1959). L’un travaille, comme on avait pu le découvrir aux Brasseurs, à partir de cordes et de noeuds et l’autre à partir de paraffine. Chacune de ces matières possèdent des caractéristiques bien différentes. L’une est rugueuse, solide, souple et l’autre légère, translucide, malléable. Au milieu des sapins ou flottant sur l’eau, Marianne Ponlot a installé ses coquilles de paraffine dans des coins cachés ou inaccessibles du parc. Ces formes fragiles et blanches contrastent avec les lieux et leurs donnent un caractère mystérieux, presque mythique.

Cette exposition inaugure peut-être une future tradition estivale au Château qui a pour ambition de renouveler cet événement mais autour de thèmes différents. Les oeuvres temporaires, qui côtoient celles plus réalistes et romantiques du comte Guy Van Den Steen, ancien maître du château, peuvent dérouter. Mais au delà de toute volonté de compréhension, le public se laissera bercer par la douce poésie des lieux qui offrent une rencontre surprenante entre tradition et modernisme où les sculptures de métal vivent au rythme du climat et de la nature environnante. 

Françoise Bernardi    
 

 

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12jehay.jpg (27505 octets)
Le château de Jehay

 

 

12gangolf.JPG (12304 octets)
"De rond point !"
Serge Gangolf

 

 

12joosen.jpg (19334 octets)
Couple Arc et pyramide,
 Nic Joosen

 

 

12machiels.JPG (9459 octets)
ECCE,
Paul Machiels

 

 

12wolken.jpg (16160 octets)
Sans titre
Nicolas Wolkenar


Parc du Château de Jehay, Rue du Parc, 1 – 4540 Amay.

Exposition accessible jusqu’au 30 septembre 2001.
Tél. 085/ 31.17.16.

Copyright Mémoires et Françoise Bernardi 2001.
Pour les oeuvres et les photos, voir sur les pages affichés en plein écran.

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