L’été est la saison idéale pour la rencontre
et parfois la fusion entre l’art et la nature. Cette année, les parcs et
jardins du Château de Jehay accueillent une exposition de sculptures autour du
thème du métal. Cinq artistes contemporains de la province de Liège ont choisi
un lieu du site pour exposer leurs créations : Constant, Serge Gangolf, Nic
Joosen, Paul Machiels et Nicolas Wolkenar.
L’acier Cor Ten est privilégié par les sculpteurs Serge
Gangolf, Nic Joosen
et Nicolas Wolkenar. Cette matière développe au fil du temps une protection
naturelle : la rouille. Les sculptures adoptent ainsi tout au long de leur
vie différentes couleurs. D’un gris métallisé proche de l’inox, ces oeuvres
peuvent devenir oranges ou brunes. Si les sculptures exposées en plein air
souffrent souvent des conditions climatiques et voient leur aspect ainsi
modifié, en ce qui concerne l’acier Cor Ten, ces changements lui sont
inhérents, ils en sont caractéristiques. Cette matière insuffle la vie aux
sculptures qui peuvent changer d’aspect en fonction du climat et du moment de
la journée.
Les oeuvres exposées dans le parc peuvent témoigner des différents aspects
de cet acier. Serge Gangolf (1943) propose dans ces sculptures un mariage de
formes anguleuses et circulaires. Différents volumes semblent ainsi s’emboîter
au sein d’une même oeuvre au caractère abstrait et géométrique. Nic Joosen
(1933) exploite également les angles et les courbes mais dans des oeuvres plus
dépouillées et parfois plus minimalistes. Ses deux imposants Couple Arc et pyramide mêlent des
caractères très différents et traduisent l’ambiguïté des rapports entre les
pleins et les vides, entre les courbes et les lignes. Nic Joosen a aussi
réalisé des oeuvres de plus petit format inspirées par le monde végétal. Ses Feuilles dressées dans les jardins
semblent en équilibre précaire, un léger vent pourrait les laisser s’envoler.
Et encore une fois l’artiste compose à partir de caractères très différents
comme la légèreté de la feuille et la lourdeur de l’acier. Dans une même
perspective abstraite mais bien plus minimaliste, Nicolas Wolkenar investit les
lieux avec ses poutres d’acier Cor Ten posées au sol ou érigées dans les jardins du château.
Si cette matière assez neutre ne possède pas une histoire au départ comme le bois ou la
pierre, une fois installée en plein air, elle prend véritablement vie et se
modifie au contact de cet environnement naturel. Les sculptures qui se
rattachent principalement au courant abstrait géométrique ou minimaliste,
doivent être considérées de façon globale, au sein de ces jardins et pars du
château de Jehay et non de façon unique et individuelle. Elles modulent
l’espace choisi par les sculpteurs eux-mêmes pour y installer leurs oeuvres. Et
c’est bien là l’intérêt d’une telle exposition : ces liens qui se tissent
entre une oeuvre et son environnement.
Dans une autre matière mais proche de l’aspect initial non oxydé du Cor
Ten, Paul Machiels (1948) expose ses sculptures en acier inox. Ses oeuvres
installées dans l’allée principale du parc s’inscrivent dans une esthétique
très épurée, géométrique.
Les sculptures de Constant (1964) se distinguent par ce jeu souple entre
les pleins et les vides. L’acier est découpé selon des formes sinueuses
caractéristiques des oeuvres de l’artiste. Aux angles et lignes droites,
Constant préfère les courbes, les cercles, les arrondis. Il s’est emparé de la
glacière, grand puits sombre et frais situé dans un coin caché du parc, pour
installer une large coupe semi-circulaire investissant toute la surface du
lieu.
Les jardins de château accueille également les installations de deux autres
artistes liégeois : Jean-Pierre Husquinet (1957) et Marianne Ponlot
(1959). L’un travaille, comme on avait pu le découvrir aux Brasseurs, à partir
de cordes et de noeuds et l’autre à partir de paraffine. Chacune de ces
matières possèdent des caractéristiques bien différentes. L’une est rugueuse,
solide, souple et l’autre légère, translucide, malléable. Au milieu des sapins
ou flottant sur l’eau, Marianne Ponlot a installé ses coquilles de paraffine
dans des coins cachés ou inaccessibles du parc. Ces formes fragiles et blanches
contrastent avec les lieux et leurs donnent un caractère mystérieux, presque
mythique.
Cette exposition inaugure peut-être une future tradition estivale au
Château qui a pour ambition de renouveler cet événement mais autour de thèmes
différents. Les oeuvres temporaires, qui côtoient celles plus réalistes et
romantiques du comte Guy Van Den Steen, ancien maître du château, peuvent
dérouter. Mais au delà de toute volonté de compréhension, le public se laissera
bercer par la douce poésie des lieux qui offrent une rencontre surprenante
entre tradition et modernisme où les sculptures de métal vivent au rythme du
climat et de la nature environnante.