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** N° 70 - Décembre 2006 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 04 12 2006 |
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:: Une mèche de cheveux... Le 28 11 2006, un site français d'enchères en ligne proposait à la vente des cheveux de la momie du pharaon Ramses II (1279 - 1213 avant J-C.). Le vendeur joignait aussi de la résine et des bandelettes funéraires, avec photos et certificats à l'appui. L'homme a été gardé à vue par la police française durant quelques heures, aucune charge ne pouvant être retenue selon son avocat, notamment du fait de la prescription en ce qui concerne le vol et le recel. Il a expliqué avoir obtenu ces pièces par son père, qui faisait partie de l'équipe de scientifiques chargée d'analyser le plus célèbre des pharaons, au cours de son transfert en France le 29 septembre 1976. Il s'agissait de déterminer la cause d'une accélération dans la dégradation de ses tissus. Des prélèvements avaient alors été effectués. Il était formellement interdit de les conserver. Le diagnostic identifia un champignon rare, le deadalea biennis fries, comme cause de la maladie, et le Commissariat à l'énergie atomique prenait le parti de traiter la momie aux rayons gamma en mai 1977. Une fois les "soins" entrepris avec succès, la momie fut rapatriée en Egypte, d'où elle n'est plus jamais repartie. Tant les autorités égyptiennes que les scientifiques français se sont dits scandalisés par cette affaire. "C'est un chercheur et non la France qui a trahi la parole donnée", déclara Christian Leblanc, célèbre égyptologue qui était alors en charge de l'opération. Le Caire exprima sa colère et demanda des comptes, exigeant que l'enquête se fît en "totale transparence". Le vendeur "indélicat" a présenté ses excuses sur le plateau de France 3 Alpes : "Jamais je n'aurais imaginé faire un incident diplomatique, si je l'avais su, bien sûr que jamais je ne l'aurais fait, je le regrette beaucoup, je présente mes excuses au gouvernement égyptien", a déclaré cet homme de 50 ans. Nul doute à mon avis que ce repentir fut inspiré par le Quai d'Orsay. Je comprends parfaitement l'ire des Egyptiens : outre que leur confiance a été trahie, il s'agit pour eux d'une profanation. Nos amis français le savent, qui pratiquent une forme d'idolâtrie nostalgique en accueillent les cendres de Napoléon aux Invalides, en offrant de pharaonesques sépultures -le Panthéon- à leurs illustres ancêtres. La saine réaction des scientifiques nous épargne néanmoins tout amalgame, et la faute lourde d'un des leurs n'entache en rien la probité des pairs. Cette anecdote confirme ce que j'ai parfois évoqué ici, à savoir le côté pulsionnel de l'acquisition et le cadre compulsif de la collection. D'ingénieuses opérations de marketing sont fondées sur ces composantes : cela va des scoubidous aux bidules électroniques que l'on nourrit en passant par les pim's et autres nounours. Le chercheur n'a pu résister à la tentation de dérober cette relique, effectivement chargée d'Histoire et de symboles. Je pense qu'il fut plus poussé par cette valeur d'icône et de rareté que par l'aspect vénal, à l'inverse de son fils. Mais le courage et la dignité s'exercent aussi à travers le respect des témoins fondateurs d'un peuple, d'une culture, outre celui de la parole donnée. On pourra me rétorquer que nos musées sont emplis de ces vestiges "empruntés" à d'autres peuples, que le musée de Bagdad fut pillé -curieusement en deux temps, vous verrez que les pièces les plus précieuses se retrouveront chez des collectionneurs "avisés". Cette remarque est fondée, et plusieurs actions sont entreprises pour que des antiquités retrouvent leur lieu d'origine. Il en va ainsi par exemple des frises du Parthénon qui sont au British Museum. On pourrait invoquer en retour la notion de "patrimoine universel", ou celle de sa conservation adéquate. Mais parfois je me demande s'il ne s'agit pas d'un alibi ! Etant sans équivoque sur le geste du chercheur, je suis à nouveau conduit à des considérations sur lesquelles je me retrouve incapable de trancher... De toute manière, le manichéisme est mauvais conseiller. Que cela ne vous empêche pas de passer d'excellentes fêtes de Noël et de Nouvel-An. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. ;; |
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;; Excellent mois de novembre avec 214.759 pages vues par 50.794 visiteurs au cours de 56.098 visites. Il s'agit même probablement d'un record. Mais la progression, même si elle satisfaisante, n'est pas mon principal souci : il en est d'autres qui sont explicités ci-dessous. N'hésitez pas à utiliser les rubriques
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