LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Danièle Doumont - Décembre 2002.

       La technique du vitrail à joints de béton.


'Un vitrail en dalle de verre  est un vitrail réalisé avec un verre coloré dans la masse, épais de deux centimètres environ et serti d'un joint de béton ou d'une résine synthétique'(1).

Il apparaît en France en 1929, et est lié principalement à une meilleure connaissance du béton armé.  La construction ou la reconstruction des églises dans ce matériau permet de développer cette nouvelle technique(2).  

En Belgique, dès 1939, c'est principalement le Val-Saint-Lambert qui va oeuvrer dans les recherches sur la dalle de verre.  Mais c'est surtout dans les années cinquante, alors que l'on privilégie l'intégration de l'art dans l'architecture, que la technique va connaître un certain succès dans notre pays (3).

Alors que le plomb se prête mieux aux découpes plus fines que demande le dessin figuratif, le béton comme élément de liaison s'adapte de façon plus harmonieuse aux créations abstraites issues du renouveau pictural de l'après-guerre. Le vitrail, trop souvent confiné au rôle d'art décoratif ou de moyen d'enseignement pour le clergé, va pouvoir devenir un art plus indépendant en devenant un véritable mur de lumière. 

A l'inverse du plomb, dont il n'existe que quelques largeurs différentes, les joints de béton peuvent varier selon la volonté du maître-verrier.  L'armature de béton permet de supporter des dalles de verre épaisses d'environ 2 centimètres, le tout formant une véritable architecture de verre.  Par son épaisseur, la dalle de verre réchauffe la lumière plus qu'elle ne la colore comme c'est le cas pour le verre à vitre du vitrail sous plomb.

Les premières étapes nécessaires à la fabrication d'un vitrail en dalles de verre sont les mêmes que celles du vitrail classique : maquette au 1/10ème, carton à échelle réelle, calque et calibres. Sur le carton, le maître-verrier indique en noir l'épaisseur qu'il voudra donner aux joints de béton. Dans la composition du carton, il faut prévoir dans le tracé des joints un espace suffisant pour pouvoir y inclure une armature permettant de consolider l'ensemble (4). Lorsque le carton est terminé, on en réalise une copie sur un calque qui servira à déposer les dalles coupées. Le carton et le calque sont numérotés et les calibres sont découpés dans le carton.  

Les morceaux de dalle de verre sont découpés à la scie, au diamant ou à la roulette, après incision.  Les morceaux de dalles de verre peuvent aussi être découpés sur la tranche avec une une marteline (marteau spécial).  Ce moyen permet de facetter les bords de la dalle en y donnant de petits coups secs sur une tranche (enclume). Après découpe du verre, le papier-calque est retourné sur le plan de travail et recouvert d'une feuille de plastique servant d'isolant. Un châssis de bois est alors réalisé en suivant le périmètre du papier-calque sur lequel on dépose les morceaux de dalle retournés.  

Une première couche de béton semi-liquide est coulée jusqu'à mi-épaisseur. Après avoir placé les fils de fers (armature) sur le ciment, une seconde couche est coulée de façon uniforme.  Après un séchage d'environ 24 ou 36 heures, le panneau peut être relevé  

Dans la réalisation de dalles de verre, le coulage peut également se faire avec des résines  epoxy, polyester ou silicone.  Après avoir laissé sécher jusqu'à obtenir une consistance du béton, les panneaux sont raclés pour tasser et obtenir une surface plane et lisse.  Puis, à l'aide d'une truelle, le béton est gratté pour faire réapparaître les verres. Pour un fini impeccable, on brosse le vitrail avec de la sciure de bois qui fait réapparaître le gravier et on nettoie les verres avec un chiffon imbibé de pétrole. Après 36 heures de séchage, les panneaux sont décoffrés et doivent encore sécher 48 heures.

La dalle de verre révolutionne l'intégration du vitrail dans l'architecture étant architecture elle même par sa forte structure et constituant un véritable mur de lumière.

Danièle Doumont,      
Historienne d'art       

Bibliographie et notes :
(1) Voir LOIRE (Nathalie), Les vitraux en dalle de verre en France, des origines à 1940, in : Histoire de l'Art, n°8, 1989.
(2) Elle est le fait du maître-verrier Jean Gaudin (1879-1954) qui, s'inspirant de la technique de la mosaïque, décide de couler des dalles de verre épaisses, colorées dans la masse et translucides.
(3) Lors de l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 près de la moitié des oeuvres exposées sont réalisées en joints de béton.
(4) Il s'agit de petits fils d'une armature principale qui entourera le panneau et de petits fers que l'on place horizontalement et verticalement entre les dalles et qui sont soudés à leurs intersections.

Liens, du même auteur sur le site :
La technique du vitrail traditionnel.
Le vitrail Art-Déco.
Le vitrail après 1965.

 

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