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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un peintre de Nervia, à l'occasion de la rétrospective actuelle - Septembre 2002. |
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Léon Navez : l'homme, biographie et bibliographie, par Françoise Eeckman. |
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L’homme Peux-on parler de la peinture de Léon
Navez sans parler de l’homme ? Il est évident que non. Une comparaison
avec Léon Devos est tentante, tant les deux amis étaient aux antipodes l’un de
l’autre… Autant on peut considérer Léon Devos comme acteur, autant Léon Navez
apparaît comme spectateur et observateur de la vie. L’entente des deux amis se
basait sur ce principe : le fougueux Devos, le taiseux Navez… À tous, en
effet, Devos apparaissait baroudeur, extraverti, cherchant sans cesse la
discussion pour s’affirmer. Tout au contraire, Léon Navez frappait par son
aspect solitaire, empreint d’une certaine détresse, sentiment qui transparaît
souvent dans sa peinture. À cet égard, il est intéressant
d’interroger les portraits qu’il fait de lui. À la manière d’un poète, Navez a
projeté sur la toile son angoisse, dans l’espoir peut-être de s’en libérer et
faire ainsi émerger son moi intérieur. Dans Autoportrait, il
porte sur lui un regard de fou, qui n’est pas sans rappeler Van Gogh. L’homme au chat, bien que plus
“ sage ”, transmet le même désespoir. Contrairement à Devos qui vivait tourné vers sa famille, Léon Navez, comme Toulouse-Lautrec, se complaisait dans l’ambiance des cafés et trouvait probablement dans ces lieux publics la communication dont il était privé lorsqu’il travaillait. Un besoin de rééquilibrer sa solitude… Navez cachait ce caractère triste sous des
dehors ironiques et moqueurs, n’hésitant pas à pimenter une discussion d’une
petit mot acide. Mais n’était-ce pas en fait de lui-même qu’il se
moquait ? Il hébergeait chez lui des jeunes artistes
notamment Paul Van Rafelghem, le sculpteur belge. Si Devos recevait beaucoup, Léon Navez également
accueillait ses amis pour des parties de pétanque acharnées. Il aimait aussi
aller chez son ami Léon Eeckman non loin de sa maison de l’avenue Walckiers. Tous s’y retrouvaient :
Letellier, Devos, Navez, Wallet,…au milieu de politiciens comme Jean Terfve ou
d’industriels comme Emile Deletaille. “ Souvent raconte Simonne
Eeckman, nous pénétrions chez lui Rue aux Laines. La pièce était emplie de
fumée. L’on parlait entre amis et l’on refaisait le monde. Serge, son fils, était là, attendant sagement
que l’on veuille bien faire attention à lui. ” Repères
biographiques
Né à Mons le 5 juillet 1900. Il fait de brillantes études aux académies de
Mons et Bruxelles de 1920 à 1923, où il
suit les cours de Fabry, Delville, Richir et Anto-Carte. Par ailleurs Navez a
passé le plus clair de ses années d’apprentissage dans les ateliers de
décoration. Il termine son écolage chez Colpaert, peintre verrier à Bruxelles. 1923 Prix Roger Lenghen 1924 Prix Godecharles "Les âges de la
femme" Il part avec Léon Devos à Paris. Il y est décorateur et dessinateur de
billets de banque. Les deux amis font la fête, flânent le long des quais de la
seine, et rencontrent Modigliani. Ils résident rue M. Le Prince juqu’en 1928 1928
Ce sera pour l’artiste une année-clé : Il se marie le 26 mars avec Lulu
Jouanne. Leur
fils Serge naît le 23 juillet. Il devient membre fondateur de Nervia et est le premier du groupe à
décrocher si jeune le prix de Rome de Peinture 1929 Professeur à l'Académie des Beaux-Arts de
Mons, il le restera jusqu’en 1946. Il part à Florence avec Anto-Carte. Tout deux s’émerveillent
de la peinture italienne et en retirent pour leur peinture une philosophie
et un enseignement capital. 1930 Prix du Hainaut. Il réalise les cartons de
vitraux pour l’abbaye de la Cambre 1935 Il est chargé de travaux
officiels pour l'Exposition à Bruxelles. Pour le pavillon du Commissaire
général, il peint des fresques pleines de sérénité. Il illustre de 6 lithograhies orignales Pureté, un recueil de 6
poètes Belges : Armand Bernier, Edmond Vandercammen, Maurice Carême, Odilon J
Perier A. Marin et R. Vivier 1939
Membre fondateur du groupe Orientations, composé de Pierre Caille,
AliceFrey, Léon Devos, Léon Navez ,Marcel Stobbaerts, Georges Grard, Antoine
Vriens, Marie Howet et tant d’autres.
Une première exposition a lieu en mars 1940. En 1949 il est secrétaire de
Présence composé de Willequet, Jacques Maes, Géo Mommaerts, Léon Devos, Maurice
Wijckaert,
Fernand Debonnaires. Il illustre Mère, recueil de poèmes de Maurice Carême. 1940
C’est chez lui, Rue aux Laines, que se sont rencontrés pour la première
fois les organisateurs du “Faux Soir”, journal résistant. Navez leur présente
Marc Aubrion, qui deviendra le promoteur du projet. Il en fera un tableau. Résistant, Navez deviendra de facto
communiste. 1945
Dans l’après-guerre, l’art de Navez change sous l’influence du cubisme, et
de Braque particulièrement. Il peint de manière sommaire, en quelques traits et
s’éloigne de sa première manière très dessinée. 1946
De Mons, il retourne à Bruxelles pour enseigner à l'Ecole nationale
supérieure d'Architecture et des Arts décoratifs (La Cambre). 1948 Décès de Lulu, sa première épouse. Son art
s’en ressent. 1949
Il developpe un art qui s’apparente au fauvisme brabançon, laissant plus de
place à la couleur tout en conservant la
ligne. Il crée des formes dans lesquelles viennent s’insérer les coloris. Fin
1949, à l’occasion de sa nomination au poste de Directeur à l’Académie de Mons,
il rédige une lettre dans laquelle il explique sa pédagogie. Il affirme qu’il
est dangereux dans un établissement officiel de tenter des expériences et
trouve que l’enseignement ne s’adapte pas par essence aux nécessités du
temps. Toutefois, il est intimement convaincu que l’artiste doit innover. On
trouve dans ce texte sa perpétuelle hésitation entre tradition et nouveauté. Il
insiste aussi sur la collectivité dans le travail, souci qui n’est pas sans
rappeler Nervia et ses valeurs de solidarité et d’union. Il devient secrétaire de Présences composé de
Willequet, Jacques Maes, Géo Mommaerts, Léon Devos, Maurice Wijckaert, Fernand
Debonnaires. 1954 Professeur
à l'Ecole Technique féminine du Hainaut à Saint Ghislain. Prix René Steens. Il
se remarie avec Annie Deronne, qui lui insuffle le goût de vivre. Sa peinture
s’éclaire d’une tout autre vision. Elle l’influencera fort dans son art. 1956 Il
part au Congo en compagnie de son épouse pour y retrouver son fils. Au retour
de ce voyage, il renforcera sa recherche d’épuration de la ligne. Son art se
dirige vers un dépouillement total. Il revient à une peinture intimiste, faite
de scènes de la vie quotidienne et détachée de l’accessoire. On peut dire que
finalement cette peinture est le résultat de sa grande recherche au cours du
temps. Les mots de Jan Cox s’appliquent particulièrement bien à lui: ”Faire
avec les moyens les plus purs, les choses les plus simples qui touchent notre
coeur. Que chaque couleur chante, que chaque ligne ait son rythme; que tout
soit à sa place sans superflu.“ 1957 Membre
correspondant de la Classe des Beaux-Arts de l'Académie Royale des Sciences,
des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (A.R. 4.7.57). Il réalise la série de
verres gravés pour le Palais provincial de Mons. 1958 Membre du Comité de l'Exposition’58, section
des Beaux Arts Fin des années’50, il s’essaie au japonisme, montrant une fois encore
sa volonté de recherche de nouvelles
formes. 1960
Membre de la Classe des Beaux-Arts de l'Académie Royale des Sciences, des
Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (A.R. 24.2.60) 1965 Maurice Carème fait appel à lui pour
illustrer son recueil de poème, 1967 Il décède le 21 août d’un cancer des poumons dans sa maison de l’avenue Walckiers à Auderghem. Dans son allocution à l’occasion du vernissage du 69ème salon du Bon Vouloir, Fernand Gommaerts souligne que “Léon Navez n’a recherché ni les consécrations ni les honneurs ; ils lui sont venus par son seul mérite.” De Navez, Léon Eeckman affirme que “son oeuvre traduit son caractère. Le dessin a toujours été le fond de son art, il l’a agrémenté, completé par ses diverses interprétations de la peinture tout en gardant une expression figurative. Il a été réceptif et sensible à toutes les application de l’art. Il a tiré les lecons de l’art abstrait pour les incroporer au figuratif. ” Georges Marlier dans Vingt années de peinture et de sculpture en Belgique dira de lui : “ Léon Navez est un poète qui a gardé la nostalgie du temps ou la machine n’avait pas encore asservi les êtres humains ni souillé la nature. ” Pourquoi Pas?, 1928. Françoise
Eeckman
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