LA LETTRE MENSUELLE
Un artiste polonais qui exposa à Bruxelles - Septembre  2002.

     Alexandre Sochaczewski (1843-1923), peintre du tragique exil de Sibérie, 
     par Cezary W. Domanski.

            Un peintre, Alexandre Sochaczewski, compte parmi les plus importants artistes polonais ayant séjourné à Bruxelles dans le courant du XIXe siècle.

            Cet peintre est né en 1843 dans la ville d'Ilowo en portant le nom de “Lajb Sonder”. Il est le fils d’un artisan juif et son père l'inscrit à l’école des rabbins de Varsovie. Mais le jeune homme abandonne ses études religieuses et entreprend des études artistiques à l'Ecole des Beaux-Arts. En même temps, il prend le patronyme polonais de “Aleksander Sochaczewski”. En 1861, il expose ses premières peintures, oeuvres de jeunesse qui lui valurent d'être reconnu comme un des élèves les plus doués de son école.

           Hélas, la même année, Sochaczewski participe activement à l'opposition anti-tsariste à Varsovie (au XIXe siècle, le Royaume Polonais fut annexé à l’Empire Russe). En fin de compte, il fut condamné à être envoyé en Sibérie. Il y resta quelques années aux travaux forcés, puis comme "déporté" (ou "colon").

           Les autorités russes lui permirent de revenir en Pologne en 1883. Apres un bref séjour bref à Leopol, il partit pour Munich. Là, il peignit les tableaux représentant la vie des déportés en Sibérie. De cette époque date le tableau le plus connu et et le plus émouvant, “Adieu à l’Europe”, qui décrit l’épisode dramatique de la pérégrination des condamnés jusqu’en Sibérie. Dans cette oeuvre, Sochaczewski immortalisa plus de cent personnages parmi ses compagnons de déportation.

            En 1895, Alexandre Sochaczewski habita à Bruxelles. Il y bénéficia du soutien des émigrés polonais. Il y avait à cette époque beaucoup de Polonais résidant dans la capitale belge, p. ex. la duchesse Hedwige de Ligny née Lubomirska (1815-1895) avec sa famille, ou le poète et chroniqueur Henri Merzbach (1837-1903) qui fut aussi libraire de la cour du roi Léopold II.

            A Bruxelles, Sochaczewski s’est marié pour la deuxième fois, avec une Belge, Marie Würm (son premier mariage avec la fille d'un rabbin a Leopol, conclu en 1884, périclita très vite, après trois mois : sa vie conjugale ne s'accommoda pas des événements accablants qu'il avait vécus et de la longue solitude qui leur fut liée). 

           Le temps passé à Bruxelles fut très fécond pour le peintre. Sochaczewski fit en effet l'objet de deux expositions individuelles.

            La première exposition fut ouverte le 26 juin 1897 à "La Maison d’Art“ sous le titre "Les exilés de Sibérie“. La presse belge fit un bon accueil à cette exposition. Un chroniqueur du "Journal de Bruxelles“ écrivit : "Monsieur Sochaczewski est un maître de la forme. Cela frappe avant  tout dans les études qui sont peintes hardiment et avec un grand talent“. Dans son catalogue Sochaczewski commenta quelques portraits collectifs et exposa les biographies de 30 déportés dont il avait réalisé les portraits.

            Trois ans plus tard, soit en janvier 1900, Sochaczewski connut sa deuxième exposition bruxelloise. M. Maurice de Waleffe la décrira flatteusement dans son compte-rendu “Un panorama Sibérien par M. Alexandre Sochaczewski”, publié dans les colonnes du journal “L’Indépendance Belge” (26 02 1900).  

            En 1901, Sochaczewski déménagea à Vienne avec sa famille. L’artiste y connut une mauvaise situation financière. Son épouse reviendra a Bruxelles avec les enfants. Désormais Sochaczewski resta seul, et il vécut de rentes payées par la Municipalité de Leopol (il offrit tous ses tableaux au Musée de cette ville). Il mourut en 1923 dans la ville autrichienne de Biedermansdorf.

            La création de Sochaczewski participe de la tendance académique dans la peinture d’Histoire. L’artiste fut l’illustrateur de la souffrance des Polonais dans la déportation. Ses compositions sont pessimistes et manifestent la nostalgie du pays. Un historien d’art, le professeur Tadeusz Dobrowolski écrit: “Alexandre Sochaczewski créa en marge des tendances majeures de l’art polonais (…). En matière de mode d’expression, il se caractérise par un réalisme très attentif à une reproduction fidèle (…) ce qui sans doute réduit la valeur de sa production artistique”

           Mais il faut songer qu’aujourd’hui ses tableaux sont autant de remarquables sources historiques. Le séjour de l’artiste à Bruxelles lui donna la chance de pouvoir présenter le sort des patriotes polonais et de pouvoir exprimer sa douloureuse survie dans des conditions qui restèrent le drame de sa vie.

Cesary W. Domanski,     
Docteur es Lettres,     
Université de Lublin (Pologne)     

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Fig. 1

 

 

 

 

 

 

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"Adieu à l'Europe"

 

 

 

 

 

 

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