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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Septembre 2002 Voyage en Arbonie avec Jephan de Villiers : Rencontre avec l'artiste. |
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. Pour cette rencontre, nous sommes
au domaine de Jolymont, une demeure un peu
folle située à deux pas de la forêt de Soignes. Il y vint un jour, par hasard. S’y trouva bien au milieu des arbres, grands frères des hommes. Y posa son bagage. Y prit racine. Artiste dans l’âme, Jephan de Villiers avait appris, seul, la sculpture, en observant. Les feuilles de marronniers par la fenêtre de sa chambre d’enfant fragile. Les brindilles dans le jardin. Les Mouches, au Musée d’Histoire Naturelle. Les œuvres de Giacometti, Brancusi, Zadkine aux Arts Modernes. C’est cela une vocation. Elle pousse lentement en sous-sol, puis un jour saute aux yeux et bouleverse une existence de par son évidence même. |
Jephan de Villiers |
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. Chaque
jour, pour qu’elle existe, il part à la découverte de la forêt ou plutôt,
c’est la forêt qui vient le chercher et cette marche silencieuse est à la
fois « point de départ et aboutissement ». Il
en rapporte mousses, plumes, feuilles et « bois-corps », petits
riens nés du vent, de l’humus et des ans qui lui serviront de matériau et
lui donneront l’occasion de mettre en parallèle la mémoire de l’homme et
la mémoire du bois. La forêt, nous dit-il, est source de trésors. Encore faut-il savoir en
lire les secrets. Dans
l’atelier de l’artiste, tapi sous les frondaisons, on se redécouvre une
âme d’enfant. Bien
rangés dans boîtes et casiers, tous les éléments du spectacle sont prêts à
entamer le grand voyage imaginaire. Même les odeurs rappellent l’éternel
recommencement des saisons et des choses. En fermant les yeux, on se croirait
dans une crypte romane. Petit peuple végétal. C’est
ici que naissent, des mains du magicien, de petits personnages étranges
mi-anges, mi-oiseaux, mi-hommes faits de bois, de feuilles, d’écorces bien
ficelées et de petits visages clairs façonnés en une mystérieuse résine. Ils
retracent à leur façon, silencieuse et pérenne, l’histoire énigmatique de
la « terre-mère » et s’il ne cesse d’apprivoiser la forêt c’est
parce que Jephan de Villiers sait combien ce territoire nous relie naturellement
à l’enfance. L’enfant…
mot-clé de toute la démarche de l’artiste. « Il
n’y a pas de différence entre une poignée de terre et la joue d’un
enfant » dit-il en reprenant Supervielle. Ce
sont les enfants qui lui apprennent le métier parce qu’ils observent, ils
écoutent, ils sont disponibles. L’un
d’eux lui demandait un jour : « comment feras-tu quand il n’y
aura plus d’arbres dans la forêt ?… » Les
arbres tant menacés aujourd’hui sont la mémoire collective de l’homme. Ses
œuvres, une façon de communiquer un message. Et
l’émotion est intense, spirituelle, devant ses petits personnages aux yeux
ahuris, aux bouches entrouvertes comme des « fenêtres étonnées »,
menant en silence une vie mystérieuse et intemporelle. Seuls,
par deux ou en groupes serrés, ils refont le monde tel qu’il devait être
avant que l’homme ne le saccage. Sous
leur manteau d’écorce, ils naissent une seconde fois. Certaines
« Figures » dressées sur leur socle semblent prendre la tête de ce
petit peuple muet tels ces « Roi et Reine » superbement figés dans
leur autorité souveraine. Ailleurs, un enfant porte la forêt sur son dos ou
encore de petits hommes rêvent d’envolement. Dans
leur transhumance, des chariots les accompagnent, porteurs de dépêches
secrètes tracées comme hiéroglyphes que nul Champollion n’a encore
décrypté. Rumeurs du monde. Lui,
tout occupé à écouter les chants de la terre n’est pas insensible pourtant
aux
pénibles rumeurs du monde. Il
se dit, par exemple, choqué par le voyeurisme érigé, aujourd’hui, en
règle. Pour innover, les artistes ne sont pas nécessairement obligés de dépasser les limites du
supportable. Nous
songeons entre autres à cette récente exposition « Korpes welten »
exhibant des cadavres « plastinés » ou encore au « Cloaca »
de Wim Delvoye, lamentable machine à fabriquer de la merde, érigée en œuvre
d’art ! Est-ce
bien utile, s’interroge, Jephan de Villiers, et ces tentatives d’innover, de
transgresser, à tout prix sont autant de preuves que les hommes ont oublié le
sens du Sacré. Une notion que l’artiste tente de défendre avec bec et ongles
tout en gardant les pieds sur terre et en essayant de ne pas porter de jugement. Pour
lui, l’essentiel serait de prendre le temps dans un monde où il faut tout et
tout de suite. Pour
ne pas en rester là et parce que Internet est tout de même la colonne
vertébrale de notre site, nous lui avons posé la question de savoir ce qu’il
pense des nouveaux médias en matière d’art. Peuvent-ils en favoriser la diffusion ou, au contraire, risquent-ils de
détourner les curieux des musées et des expositions ? Nuances…
nuances. Jephan de Villiers n’est pas homme à s’emballer. Sans en être «accroc», il reconnaît aux nouveaux médias une
qualité : ils informent. Ils sont devenus compléments indispensables au
savoir. Se
balader dans Le Louvre quand on est alité, c’est tout de même un formidable
cadeau. Mais, Internet ne peut pas tout. Au
musée, les aveugles découvrent avec les mains, les enfants perçoivent les
odeurs. C’est important de découvrir avec les sens. On
choisit d’aller au musée. On fait la démarche de s’y rendre et non de
rester calé dans un fauteuil… Et
Jephan de Villiers d’ajouter : « tout nouveau moyen de
communication vaut son pesant d’or. L’important est d’éviter la
réduction qui privilégierait un
support d’information au détriment des autres » Pour
en revenir à l’œuvre de l’artiste, évoquons son bestiaire digne d’une
arche de Noé fantastique. A
côté des chevaux hybrides, des hiboux indiscrets, des âmes-oiseaux
accompagnant la caravane du silence en route vers le sagesse, quelques ours
balancent leur groin au rythme d’une marche lourde et primitive. Leur
naissance a été laborieuse. Des semaines de gestation ont été nécessaires
à « prolonger le museau de bois par un corps de terre », de l’emmailloter
de cordes, l’enduire d’eau, de feuilles, de boue, le laisser sécher
au soleil et au vent pour qu’il nous apparaisse, rugueux, plissé,
attendrissant ( mais oui ) tel un pachyderme de la préhistoire prêt à
accueillir sur son dos « L’ange aux ailes repliées portant une mémoire
d’envol ». Ailleurs,
ce sont des bestioles venues devant sa porte, poussées par le vent… Ephémères
coléoptères sans nom et sans race faits d’une brindille, d’une écorce, d’une
noix, d’une pomme de pin affublée de pattes… par le poète et pour les
enfants-rois. Depuis peu,
Jephan de Villiers a découvert
Long Island et ses lumières, les coquillages brisés et les carapaces de limules
éclatées prêts à rejoindre le bestiaire enchanté. Retour
à la Préhistoire d’où nous vient la limule. Un
nouveau voyage commence. Déjà dans l’atelier, elles ont pris place sur une
marche d’escalier entre écorces, bouts de bois et écritures roulées. Il
va falloir se serrer et faire un peu de place aux « Lettres de la
mer », aux « Mémoires océanes », aux « Moments dans le
vent »… Qu’importe d’autres fragments viendront bientôt
relayer ces derniers. Jephan de Villiers le sait, il joue avec l’éternité. « La
sculpture, c’est parfois beaucoup plus que la sculpture » Colette Bertot |
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sur les miniatures * Droits
indiqués sous *****
J. de Villiers, 1994
J. de Villiers, 1996
J. de Villiers, 1999
J. de Villiers, 1997
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Fondation Jephan de Villiers, 70 rue Middelbourg, 1170 Bruxelles. |
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| A noter que du 25 août au 10 septembre, la Chapelle du Castel Saint Pierre à Beauraing expose quelques œuvres de Jephan de Villiers. |
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