LA LETTRE MENSUELLE

Les rencontres de Françoise Bernardi.   Septembre 2002 
   Madame Nicole Darding, Directrice des Musées de la Ville 
   de Liège : l'Art contemporain sans ambages...

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Malgré un agenda bien rempli, Nicole Darding a accepté d'emblée cet entretien. Elle me reçoit dans son bureau en Feronstrée, à deux pas du Musée d'Art wallon. Des travaux sont en cours et, ça ne s'invente pas : elle attend les peintres ! 

Cette licenciée en Histoire de l'art en charge des musées de la Ville de Liège a du caractère et de l'enthousiasme à revendre. Et, pour notre plus grand plaisir, une opinion et des idées.

Est-ce que l’art contemporain a encore quelque chose à nous dire ?

L’art aura toujours quelque chose à dire. Evidemment, on vit avec son temps, l’art contemporain vit avec nous. Donc, maintenant ce que nous ressentons c’est quoi ? C’est de l’insécurité, de la révolte, une envie de communication beaucoup plus grande et c’est ce qui manque parce que les gens n’osent pas se parler, les gens s’agressent sans explication. L’agression ça ne s’explique pas.  Mais, pourquoi agressent-ils ? Pour traduire un malaise mais d’une manière parfois tellement brutale que l’artiste lui-même choque mais pas comme il aurait voulu.

Je pense aux tags. Ce que je ne peux pas saisir, c’est que l’on détruise le bien d’autrui. Et l’artiste me dit non, qu’il ne s’approprie rien, qu’il fait passer un message. Mais c’est difficile. A partir du moment où on donne à un artiste un lieu qu’il peut s’approprier, ce n’est plus de la provocation donc ça ne l’intéresse plus et ce qu’il fait dessus n’a plus rien à voir avec ce qu’on lui demande de faire. Tag rime avec appropriation du bien d’autrui. C’est là que réside toute la problématique.

Par exemple, Place Saint-Lambert, je trouve ça très laid mais ça n’a rien à voir avec la qualité plastique [une palissade, qui cache les travaux en cours, est entièrement et légalement tagguée]. Mais le message, qui n’est pas toujours facile à trouver dans cet art est ici très clair, il n’y a pas besoin de chercher, il y a une seringue. Le tag se situe entre la B.D et un langage des jeunes mais il faut aussi que les vieux puissent le comprendre, il faut quelques clés pour décoder. Les « vieux » se disent souvent "comme c’est laid", mais qu’est-ce qu’ils pourraient regretter. Ce serait intéressant de les interroger pour savoir ce qu’ils regrettent dans cet art, pourquoi ils ne l’aiment pas. Avant, l’art était dans les musées et maintenant, il est dans la rue.

Qu’en est-il du projet d’un centre d’art contemporain à Liège ?

Après le Curtius, le grand projet c’est un musée d’art contemporain. C’est un peu le problème de Liège qui d’art ancien est riche, d’art moderne n’est pas pauvre et d’art contemporain est pauvre. A Liège, il n’y a pas de musée d’art contemporain. Il y a un musée d’art moderne et on dit d’art contemporain mais ce n’est pas ça, ça ne correspond plus à aucun critère.

L’art contemporain, c’est un jeu et il faut oser jouer et qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas d’argent. L’art contemporain, c’est un pari permanent. Le choix se fait sur les artistes qui sortent, en général, des artistes jeunes. En fin de chaque année, on devrait acquérir une œuvre soit de l’Académie soit de Saint-Luc. L’art contemporain ne coûte pas cher, il faut chercher, il faut voyager. On a l’argent mais il faut le flair et j’attends ça des conservateurs. Les acquisitions se font par les conservateurs. L’art contemporain c’est une recherche permanente.

J’avais imaginé pouvoir refaire un grand musée des Beaux-Arts à Liège et ce musée comprenait l’Art moderne, l’Art contemporain, le Cabinet des estampes et l’Art wallon. Administrativement, ça simplifie les choses, déjà en matière de personnel. En fait, encadrer une œuvre d’art contemporain ou une gravure ce n’est pas tellement différent et je pensais que le personnel technique pouvait être un tronc commun, les réserves auraient pu être des réserves communes, restaurer dans un local ou un autre peu importe, et la gestion du personnel, du gardiennage aussi. Donc, c’était des économies d’échelle. Il y a différents aspects : les aspects purement culturels, financiers, de localisation et faire intervenir les propriétaires des collections donc de l’administratif. Il y a une série de contingences à respecter. Ce qui est intéressant avec ce projet de centre d’art contemporain, c’est qu’on part de rien, tout est à faire. On pourrait élaborer un projet sur base de concours, ce qu’il faut, c’est une personnalité forte et surtout pas un fonctionnaire.

L’art contemporain à Liège est idéalement placé. Les artistes travaillent sur Liège à 25 km de Maastricht, à 50km d’Aix-la-Chapelle mais c’est un lieu magique où tout se croise. Il faut une personnalité forte. L’Eurégio, tout le monde en parle mais personne ne sait ce que ça représente.

Comment concevez-vous les rapports entre les artistes et le public ?

Il faut établir beaucoup plus de communication, des rencontres avec artistes, des ateliers et se servir des nouveaux moyens de communication et de pédagogie comme les cd rom ou internet. Internet c’est un moyen de découverte pour l’art notamment, surtout chez les jeunes, ça attise la curiosité. C’est une modification de comportement. Il faut qu’il y ait au moins un service d’animation dans les musées, dans les écoles aussi.

En art contemporain, on devrait beaucoup plus se parler et ne pas toujours contester. Il devrait y avoir beaucoup plus de contacts entre les galeries d’art contemporain et l’art contemporain à Liège. Il existe des lieux très riches comme l’Espace Brasseurs, Espace Nord, la galerie Nadja Vilenne et Flux mais chacun travaille pour sa paroisse, il n’y a aucune synergie

Quel est le programme culturel à Liège pour cette année ?

C’est l’année Simenon. Il y aura aussi une rétrospective Salazar, Waxweiler et Plomteux à la Salle Saint-Georges et Nyst au Mamac. Le Cabinet des Estampes accueillera la Biennale de gravure. Et si le Collège accepte, une exposition sur l’art contemporain italien sera présentée en rapport avec Europalia Italie.

Propos recueillis par      
Françoise Bernardi,     
Historienne d'art      


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