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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Françoise Bernardi. Juin 2002 Commandes photographiques du Groupe Lhoist : à Ixelles |
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Le Groupe Lhoist est un producteur mondial de chaux et de dolomie. Depuis une dizaine d’années, il constitue une collection d’œuvres d’artistes contemporains dont l’originalité réside dans la politique de commande. Il s’agit, comme c’est le cas ici, de réaliser des ensembles photographiques prenant pour thèmes les usines, les paysages industriels, les sites d’extraction et de transformation. Par ce type de commandes, le Groupe Lhoist tente de donner une autre image de ses usines afin que, peut-être, le public porte un regard différent sur celles-ci. Les artistes qui ont participé à cette importante commande ont parcouru différents pays où les usines du Groupe sont implantées. Chaque photographe propose un point de vue personnel sur ces sites industriels : certains prennent le parti du reportage d’autres privilégient un angle plus paysagiste. L’exposition s’ouvre sur les photographies en noir et blanc de Bernd et Hilla Becher (Allemagne, 1931 et 1934). Ils s’intéressent de façon quasi exclusive aux silos et hauts-fourneaux. Ces photos ressemblent à de véritables portraits. Ces ensembles portent un regard nouveau sur cette architecture industrielle souvent méprisée. En choisissant de mettre l’accent sur les usines à chaux, les exploitations minières ou les hauts-fourneaux, ils élèvent ces architectures au rang de symboles archéologiques. Leur point de vue est quasi scientifique, ils s’attachent aux structures et aux formes de ces bâtiments. Les alentours ou les hommes qui pourraient travailler sur ces sites sont absents des photographies. Leur travail est clairement minimaliste, avec le souci de concentrer le discours sur cette architecture perçue comme un objet. Le regard de Josef Koudelka (Tchécoslovaquie, 1938) est nettement différent puisqu’il s’est éloigné de l’usine pour privilégier le paysage. Il s’intéresse au site industriel de façon beaucoup plus vaste, ce qui permet d’avoir du recul et de mieux percevoir l’implantation de l’usine dans le paysage naturel, cette fusion ou plutôt ce mariage forcé entre la nature et l’industrie. Koudelka privilégie les lignes de fuite, les obliques, ce qui insuffle une grandeur supplémentaire au site. Il s’est intéressé aux abords des usines et non pas à son architecture et ses mécaniques. Il a préféré une vue d’ensemble qui implique la nature environnante. Roy Arden (Vancouver, 1957), avec ses photographies intitulées les paysages de l’économie, se veut plus proche du reportage. Son approche est plus réaliste dans un souci de rendre fidèlement ce qui est. Cet ensemble en couleurs se veut assez objectif. On sent chez cet artiste un souci de véracité et de fidélité. Le point de vue de Rodney Graham (Vancouver, 1949) est sensiblement différent. Ce photographe a réalisé Les Arbres de légende qui est un ensemble de grands formats ayant pour thème unique et central l’arbre. Chacun possède une histoire et un nom particulier. Si ces arbres sont à l’envers c’est parce que l’appareil photographique n’est pas doté du miroir réflexe. Ces images sont celles que reçoit l’œil avant le croisement correcteur des nerfs optiques. La présentation d’un arbre isolé est le symbole de la fragilité humaine face au développement de l’industrie moderne. On peut y voir une certaine ambiguïté par rapport au commanditaire. Le Groupe Lhoist a passé une commande particulière à Elliott Erwitt (Paris, 1928). Ce dernier était chargé de photographier l’usine et ses alentours en centrant son discours sur le personnel. Il s’agit donc d’une suite de portraits d’hommes et de femmes photographiés sur leur lieu de travail. Ils ont le plus souvent posé, ce qui manque de spontanéité et de sensibilité. On voit une suite de portraits qui semblent destinés à être exposés dans l’entreprise même. Ces différents ensembles offrent un regard nouveau sur les usines et architectures industrielles souvent critiquées d’un point de vue écologique et environnemental. Si la démarche de ces photographes est avant tout artistique, elle est parfois critique. Certains mettent aussi en avant la dualité entre l’homme, l’industrie et l’environnement. Françoise Bernardi,
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* Droits
indiqués sous
Josef Koudelka Roy Arden
Rodney Graham
Eliott Erwitt |
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Musée
d’Ixelles Rue Jean Van Volsem, 71 - 1050 Bruxelles. |
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Du mardi au vendredi de 13 à 18h30, samedi et
dimanche de 10 à 17h. Fermé le lundi. |
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| Exposition accessible jusqu'au 18 août 2002. |
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