LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Danièle Doumont - Juin 2002.

       Le changement du vitrail à partir de 1965.

 

Le vitrail étant, à l'origine, destiné à combler une baie, il est généralement étudié dans une perspective architecturale. Cependant, à partir de 1965, pour des raisons historiques et économiques, les maîtres-verriers doivent se tourner vers le secteur privé, toujours dans une perspective architecturale mais plus intimiste, ce qui aboutit à une progressive autonomie du vitrail. Connaissant des applications nouvelles en tant qu'objet ou sculpture par exemple, le vitrail devient oeuvre d'art au même titre que les arts plastiques. 

Ce changement de statut s'est fait progressivement et notamment déjà à l'époque Art Nouveau, où l'on cherche à abolir les frontières séparant l'artisanat de l'art. Ensuite avec le Bauhaus incluant la sphère des arts décoratifs au même titre que l'architecture, la typologie,... et considérant que la matière fait un tout avec la forme. En passant par le renouveau religieux qui, dans les années 40-50, voit les grands maîtres de l'art contemporain participer à la réalisation de véritables oeuvres d'art dans le verre.

A partir de 1965, différents facteurs amènent les maîtres-verriers à chercher des voies nouvelles et à aller progressivement vers une autonomie du vitrail : d'une part, la fin des restaurations dues au dommages de guerre et, d'autre part, la baisse de fréquentation des églises que restreignent le besoin de constructions nouvelles. Les verriers sont donc amenés à se tourner vers le secteur privé. Ce qui a pour conséquence des créations toujours en rapport avec l'architecture mais de plus en plus intimistes et une plus grande liberté d'expression. 

Apparaît alors une remise en question du statut du vitrail. Certains considèrent que celui-ci ne peut exister comme art que dans une dimension monumentale, d'autres au contraire cherchent à en faire un objet à part entière, libéré des contraintes architecturales. Ces derniers vont alors chercher à créer, par divers moyens et matériaux, un nouvel espace. D'une manière générale, le vitrail s'émancipe de la technique traditionnelle et, conformément aux principes de l'art contemporain, se lance dans l'expérimentation de nouvelles possibilités techniques.

En Belgique, Michel Martens (1921) crée un nouveau rapport avec l'environnement et l'oeuvre par l'utilisation de miroirs. En effet le miroir, captant ce qui l'entoure, a le pouvoir d'intégrer l'espace, d'y ajouter une nouvelle dimension. C'est le cas dans 'Living Room', créé en 1981. 

Après avoir réalisé des oeuvres monumentales en dalles de verre, l'anversois Herman Wauters se tourne vers l'objet en donnant une importance considérable au plomb qu'il travaille en relief en jouant sur les soudures. 

J.P Tuerlinck (1932) quant à lui ne conçoit le vitrail qu'en rapport à l'architecture, ce qui l'amène à travailler la dalle de verre comme partie intégrante; entre 1970 et 1978, , il réalise des collages en verre permettant d'associer vitrail et architecture. 'Composition I', réalisé en 1978 relève de cette technique.

Armand Calders crée aussi bien des vitraux que des objets décoratifs en se souciant d'occuper l'espace sans nuire à la fonctionnalité. Au niveau des recherches sur le matériau, il crée des reliefs de verre constitués de petits de petits triangles de verre fusionné sur du verre armé ce qui crée un aspect sculptural comme c'est e cas dans 'Relief 4' de 1974.

Un des pionniers dans la quête de l'autonomie du vitrail est Pierre Majerus qui, par diverses recherches techniques, tend à faire du vitrail un art libre, au même titre que la peinture ou la sculpture. Il réalise des tableaux de miroirs en supprimant les joints de plombs et réalise des oeuvres opaques pouvant être accrochées au mur. Au niveau sculptural, Majerus introduit d'abord le relief dans des vitraux à suspendre en y incluant des plombs d'imprimerie. Le premier réalisé étant 'Manhattan'.

L'art du vitrail appartient aussi au domaine des arts plastiques en devenant sculpture de verre. En fait certains continuent à traiter le vitrail uniquement dans une dimension monumentale. D'autres encore abordent les deux aspects parallèlement. 

Le manque d'intérêt des architectes actuels, non formés à cette approche, pour l'art du vitrail constitue un frein à l'intégration de cet art dans les édifices contemporains. L'approche plus expérimentale du vitrail est un moyen de revaloriser cet art trop longtemps considéré comme mineur. Le maître-verrier doit en effet être considéré à la fois comme artiste et artisan d'art. En son subconscient il travaille le sujet qui va prendre forme. L'artiste passe le relais à l'artisan d'art qui va donner réalité à l'idée. 

Le vitrail est un art à part entière qu'il ne faut pas négliger.

Danièle Doumont,      
Historienne d'art,      
www.culturoscope.be
      

D'autres illustrations sur le site de Culturoscope 

Liens, du même auteur sur le site :
La technique du vitrail traditionnel.
Le vitrail Art-Déco.
Le vitrail à joints de béton.

 

Cliquez sur les miniatures

 

 

 

22vitrail114.jpg (21668 octets)

Michel Martens

 

 

 

 

 

22vitrail117.jpg (15875 octets)

Armand Calders

 

 

 

Copyright © 2002 culturOscope et Danièle Doumont. 
Tous droits réservés.

Pour contacter l'auteur : daniele@culturoscope.be 

 

Les autres articles sont accessibles via nos archives.   
Retour à la lettre
       Retour à l'accueil  

Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle 

| Recommandez ce site à un ami |

 

Hit-Parade