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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, ULg - Février 2002. |
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Belgique et caricatures, par Madame France Capon |
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Définir le terme "caricature" n'est pas facile car d'autres expressions, comme dessin satirique, charge, pamphlet en images, humour graphique, dessin contestataire sont fréquemment utilisées. Pour établir une définition, je fais appel à l'article de Gilbert Lascaux sur le dessin satirique et à une des définitions de la caricature proposée par Philippe Roberts-Jones. Lascaut considère que tous les termes employés sont "des expressions relativement nombreuses et assez imprécises [qui] permettent de multiplier les distinctions, les classifications ; de prolonger les disputes sur l'appartenance de telle œuvre à l'une ou l'autre catégorie. […] Il paraît préférable de ne pas risquer ces aventures scolastiques, où le rire, chassé des dessins étudiés, vient se moquer du sérieux de l'étude". Roberts-Jones appelle une caricature "tout dessin ayant pour but soit de faire rire par la déformation, la disproportion ou la manière dont est présenté le sujet, soit d'affirmer une opinion, généralement d'ordre politique ou social, par l'accentuation ou la mise en évidence d'une des caractéristiques ou d'un des éléments du sujet, sans avoir comme but de provoquer l'hilarité". La lecture de ces images représente un problème majeur. Le caricaturiste emploie toute une série de procédés qui nous sont plus ou moins familiers, comme l'animalisation, la végétalisation, l'utilisation de couleurs et d'objets symboliques qui peuvent adopter différentes significations selon le temps et le lieu, l'opposition entre nanisme et gigantisme… Parallèlement, la contextualisation pose un problème tout aussi important. Les années passant certains événements tombent dans l'oubli. Il est donc parfois difficile de comprendre et de décrypter chaque allusion quand ce n'est pas l'entièreté du dessin. Heureusement, une légende humoristique vient souvent nous éclairer ou donner des pistes de recherches. "Voilà donc aujourd'hui cette caricature promue à la dignité de document historique. Les contemporains en perçaient aussitôt les arcanes. Le public actuel, lui, a besoin de quelques explications". En Belgique, la caricature existe dès l'Indépendance, le 25 août 1830. Comme en France, en Angleterre ou en Allemagne, elle est diffusée principalement par l'intermédiaire des journaux satiriques mais aussi grâce à des cartes postales, des placards, des affiches ou encore des sculptures. Les caractéristiques de la caricature belge résident dans le goût pour la méchanceté, la métaphore et l'épithète. Les premières caricatures politiques belges sont dirigées vers l'ancien dirigeant, le roi Guillaume Ier des Pays-Bas. L'esprit anti-hollandais va s'exercer et cette période post-révolutionnaire particulièrement troublée voit fleurir toute une série de dessins satiriques témoignant de l'esprit patriotique. Les autres thèmes abordés sont le choix du nouveau souverain et la question du Luxembourg. En 1838, Guillaume Ier annonce qu'il accepte le traité des XXIV articles et provoque ainsi une crise car une partie du Luxembourg et du Limbourg restait attachée aux Pays-Bas alors que ces régions avaient participé activement à la révolution. Le Méphistophélès, journal satirique fondé en 1831, sera le plus véhément dans son opposition à ce traité. À cette époque, apparaissent des thèmes récurrents comme l'opposition entre les villes et les campagnes, la franc-maçonnerie, le capitalisme et la question sociale, la sauvegarde de l'indépendance belge plusieurs fois menacée par ses voisins directs (la France et l'Allemagne) et l'anticléricalisme dirigé principalement contre les jésuites. Ce dernier thème marque fortement la Belgique du XIXe siècle. Les reproches les plus souvent adressés à l'Église concernent son influence sur le gouvernement et sur la vie de chaque individu, sa richesse et ses vices (gourmandise, luxure, envie…). Dès 1840, le thème de prédilection des caricaturistes devient la lutte des partis. La fin de l'unionisme s'amorce en 1839. La querelle débute à propos de l'enseignement et de la charité, "deux domaines où l'Église dominait par le nombre et l'influence de ses institutions". En 1846, la séparation est consacrée et le parti libéral prend le pouvoir pour une quarantaine d'années. L'Argus et Méphistophélès vont publier de nombreux dessins à ce sujet, dans lesquels seront mis en scène les principaux acteurs : Jules Malou, le cardinal Sterckx (appelé Stercus, signifiant "excrément" en latin) et les principaux ministres du cabinet Theux-Malou (1846-1847). Dans les années 1850, le problème de la liberté de la presse va gagner le devant de la scène. Napoléon III, malmené par les caricaturistes belges, va exercer des pressions sur le gouvernement belge pour qu'il réduise cette liberté. Une vingtaine d'années plus tard, les mêmes pressions viendront cette fois d'Outre-Rhin mais une fois encore si le gouvernement fit des concessions pour sortir de ces crises, il ne sacrifia jamais la liberté des journalistes et des caricaturistes. La querelle des partis et ses conséquences, comme la guerre scolaire, restent malgré tout le thème favori des dessinateurs. La campagne pour le suffrage universel déchaîne les passions. En juin 1884, les libéraux subissent une cuisante défaite face aux catholiques qui vont gouverner pendant trente ans. De nombreux bouleversements vont alimenter le crayon des dessinateurs comme l'instauration du suffrage universel tempéré par le vote plural, l'établissement du service militaire personnel et la fondation du Parti Ouvrier Belge en 1885. Si les hommes politiques sont la cible favorite des caricaturistes, le roi Léopold II ne sera pas en reste. Ce sont ses déboires sentimentaux et surtout la colonisation du Congo qui seront l'objet des critiques les plus acides. " […] le Roi reste aux yeux du public trop exclusivement le diplomate extraordinaire qui, simple particulier, avec la seule assistance de collaborateurs belges et étrangers se rendit propriétaire de ce territoire immense qu'il destinait à son pays. Un pays plus que réticent […]. Et un territoire africain, qui après avoir failli le ruiner, devint une affaire toujours plus rentable grâce à une exploitation étatisante qui lui en réserva d'énormes profits […] ". Ceci entraîne alors une vaste campagne anti-léopoldienne. Toutes ces préoccupations sont très vite balayées par la Grande Guerre qui ressoude l'unanimité patriotique. Le roi Albert Ier devient le symbole de la résistance nationale. On voit alors fleurir de vaillants journaux clandestins alors que la liberté de la presse, toujours à l'honneur en Belgique, est mise en péril. L'entre-deux-guerres est une période difficile de restauration économique. De grands bouleversements sociaux apparaissent comme les libertés syndicales, le droit de grève, la semaine des quarante-huit heures et le suffrage égalitaire pour tous. Tout cela ne manque pas de titiller la verve caricaturale de nombreux dessinateurs. Un autre sujet tient le haut du pavé pendant cette période : le rexisme et Léon Degrelle. Plusieurs séries de dessins vont dénoncer de façon prophétique une collusion entre les rexistes et les fascistes. La Seconde Guerre mondiale va, comme celle de 1914, exacerber l'esprit de résistance de la population. Une presse clandestine va encourager la résistance, presse dans laquelle on trouvera malgré tout des "réactions antisémites, avec tout de même aussitôt le mot d'ordre d'aider ces concitoyens 'emprisonnés' ou 'emmenés en Allemagne', qui devenaient plus sympathiques depuis qu'ils étaient persécutés par un ennemi commun". Par opposition, on voit aussi un grand nombre de caricatures mettant en avant la collaboration. D'arme politique, la caricature devient alors un outil de conditionnement psychologique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la caricature politique est devenue un mode d'expression courant que l'on retrouve dans nombre de journaux spécialisés ou non. Les thèmes exploités sont un éternel recommencement : les querelles scolaires, les crises économiques, le chômage, les luttes sociales, les partis politiques et leurs représentants… France Capon, Bibliographie La Belgique dans la caricature, catalogue de l'exposition, C.G.E.R., Bruxelles, 1980. La caricature en Wallonie. 1789-1918, catalogue de l'exposition, Musée de la Vie Wallonne, Liège, 1983. De qui se moque-t-on ? Caricatures d'hier et d'aujourd'hui, de Rops à Kroll, catalogue de l'exposition, Musée royal de Mariemont, Bruxelles, 2001. " Dossier : Caricatures : un parti à croquer ! ", in Réflexions, n° 41, Bruxelles, 2000. |
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