LA LETTRE MENSUELLE
Avec Culturoscope, par Danièle Doumont.   Janvier 2002 
Le Musée des arts anciens du Namurois.

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Le lieu


Situé dans l'Hôtel de Gaiffier d'Hestroy, rue de Fer, Le Musée des Arts anciens du Namurois nous accueille entre cour et jardin. C'est en 1761 que Pierre-Joseph-Baudouin de Gaiffier hérite de ce bâtiment qui deviendra, quelque 200 ans plus tard, le musée que nous connaissons aujourd'hui.


Le corps de logis, en briques artisanales et pierre bleue, est d'aspect assez traditionnel et date du deuxième quart du XVIIIe siècle. La façade présente deux niveaux sur caves avec soubassement en pierre calcaire. Les fenêtres rectangulaires à linteau droit sont placées entre des cordons de pierre bleue. Seul le fronton cintré interrompu qui surmonte la porte d'entrée apporte un peu de fantaisie à cette architecture classique. Le bâtiment est précédé d'une cour d'honneur pavée, fermée par un mur de clôture qui sépare le logis de la rue et dissimulait autrefois les communs et les écuries.

Le mur de clôture est le fait de l'architecte François-Joseph Beaulieu qui l'édifie en 1768 sur demande de Pierre-Joseph de Gaiffier. Le projet de ce long mur aveugle en façade faillit avorter car il était en contradiction avec les règlements communaux. Les échevins voulaient la démolition du mur qui fut finalement maintenu. D'aspect assez décoratif, le mur de clôture contraste avec la sobriété du corps de logis par un jeu polychrome et des décors de style 'Régence'. Ordonné symétriquement de part et d'autre du porche central, le mur est en effet rythmé par des panneautages en stuc intercalés entre des pilastres ioniques. Ces panneaux sont décorés de coquilles et guirlandes. Deux d'entre eux portent un buste à la romaine. Une imposante balustrade en pierre coiffe l'ensemble. Côté cour, les panneaux stuqués sont ornés de médaillons figuratifs.
Aujourd'hui, les communs et écuries que dissimulait autrefois le mur de clôture ont été spécialement aménagés pour recevoir des expositions temporaires.

Au XVIIIe siècle, un dédoublement des pièces à l'intérieur du bâtiment principal permettait de réserver la partie située côté cour à la vie publique (accueil des visiteurs) tandis que la partie située côté jardin était réservée à la vie privée. L'intérieur a évidemment été réaménagé en fonction des exigences du musée mais le jardin , par son aspect intime, ceinturé d'un mur, témoigne encore aujourd'hui de l'esprit du XVIIIe siècle.

Les collections

En 1950, Madame Paule d'Haese, fille du gouverneur de la Province de Namur, Paul de Gaiffier d'Hestroy, fait don de l'hôtel à la Province à condition d'y affecter une fonction muséale. Le musée ouvre ses portes en 1964 grâce aux collections de la Société archéologique de Namur.

Les collections sont constituées d'objets d'art allant du XIIe au XVIe siècle et présentés selon un parcours chronologique, les oeuvres les plus anciennes étant disposées dans la première salle. Nous découvrons non seulement des sculptures sur bois et sur pierre mais également de somptueuses pièces d'orfèvrerie alliant métal, pierres semi-précieuses, émail, vernis brun. A l'étage, de nombreuses sculptures sur bois nous permettent d'apprécier des fragments de retables issus des grands ateliers du XVIe siècle ou encore d'ateliers locaux ainsi que des statues de saints. Plus loin, une salle rassemble des chasubles et orfrois ainsi que de très belles pièces de verre peintes (grisets) et une collection de gobelets en verre du XVIe siècle. 

Une nouvelle salle, ouverte en 2000, est entièrement consacrée aux corporations de métiers à Namur et montre des affliges (pièces d'orfèvrerie aux éffigies des saints patrons des corporations et qui étaient portées comme pectoraux lors de rassemblements), statues ou encore pièces de maîtrise. Des oeuvres de la dinanderie sont exposées au rez-de-chaussée. Enfin, une dernière salle expose les tableaux du peintre mosan Henri Blès auquel fut consacrée une superbe exposition en 2000. La politique de Monsieur Toussaint étant en effet de monter régulièrement des expositions temporaires présentant des sujets en rapport avec la collection permanente du musée.

Quelques pièces présentées au Musée

La Vierge à l'Enfant de l'abbaye de Marche-les-Dames. 
Cette sculpture en bois du XIIIe siècle a conservé sa polychromie ancienne et présente un intérêt considérable par sa stylistique. Bien que déjà gothique par certains éléments, elle porte aussi des traces de l'esthétique romane et nous offre donc une transition entre les deux grandes époques du Moyen-Age. Du roman, le sculpteur reprend certaines techniques d'orfèvrerie qu'il applique à la décoration du manteau de la Vierge ainsi qu'à sa couronne. A savoir, l'incrustation de cabochons ou pierres semi-précieuses. De même, la présence du dragon sous les pieds de la Vierge relève d'une symbolique plus ancienne que l'on ne retrouve que très rarement dans les Vierges debout du XIIIe siècle. A côté de ces éléments plus archaïques, on peut déjà déceler une sensibilité à l'esthétique gothique dans la façon de rendre le visage à la manière 'de Reims' c'est-à-dire avec un sourire esquissé, des yeux en amandes et des sourcils fins. Le léger hanchement de la Vierge montre aussi une nette évolution par rapport à l'époque romane où les Vierges étaient sculptées de manière plus hiératiques. Enfin, le lien entre la mère et l'enfant, dont les visages sont tournés l'un vers l'autre, apporte une très belle humanité à cette sculpture.


Une collection de pyxides du XIIIe siècle. 
Ces 'boîtes à hosties' sont en cuivre doré à décor d'émail champlevé. Cette technique consiste à creuser le métal d'où le nom de champlevé (lorsqu'il y a retrait de métal)et à remplir les éléments creux d'émail (verre incolore rendu opaque par une certaine addition d'étain et coloré en étant chauffé à haute température avec des oxydes métalliques) sous forme de pâte humectée. Le fait de chauffer l'ensemble à haute température fait adhérer l'émail au métal. Cette méthode permet d'obtenir des objets polychromes très fins. La boîte se présente sous une forme cylindrique, surmontée d'un toît cônique symbolisant le Saint-Sépulcre de Jérusalem, le pyxide étant lui-même le sépulcre de l'hostie. Le décor peut également être très symbolique. Citons une des boîtes présentant des figures d'anges. Celles-ci indiquent la fonction de l'objet. En effet, ne dit-on pas que l'hostie est le pain des anges ?


Le Retable des Grands Malades, fin XVIe - début XVIIe siècle. 
Pierre tendre (tuffeau) autrefois polychromée. Cette sculpture sur pierre témoigne de l'esthétique italianisante qui influence nos région à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. L'étagement en degrés des scènes sculptées nous montre en effet l'évolution qui s'est opérée dans nos régions depuis le début du XVIe siècle pour rendre la profondeur dans les retables. Il s'agit de quatre panneaux sculptés répartis en deux registres séparés par des frises ornées de têtes d'angelots et de guirlandes et flanqués de cariatides. La partie supérieure est encadrée d'ailerons à volutes de style baroque. Les panneaux figurent les scènes du Portement de croix, de la crucifixion, de la descente de croix et de la résurrection.


Le Repos de Jésus, XVe siècle, provenant de l'Abbaye de Marche-les-Dames. 
En argent repoussé, ciselé et en partie doré. Il s'agit d'une très jolie petite pièce d'orfèvrerie présentant l'enfant Jésus dans un berceau d'architecture gothique. La finesse du gothique flamboyant anime les montants du lit qui prennent la forme de contreforts crénelés surmontés de pinacles et ornés de statuettes d'anges. Le Repos de Jésus est un objet de dévotion qui était en faveur aux XVe et XVIe siècles dans les communautés de religieuses ou encore dans les familles à l'époque de Noël. La plupart du temps, ces objets n'étaient toutefois pas si précieux mais étaient réalisés dans des matières moins riches telles que le bois pour le lit et la cire ou la terre cuite pour l'enfant Jésus.

Danièle Doumont    

Exposition en cours - Art en namurois : La sculpture 1400 - 1550 
(cliquez sur le titre).

Cet article nous est offert par Culturoscope, où vous pouvez le retrouver,
ainsi que foule d'autres informations sur l'art belge


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Musée des Arts anciens du Namurois
Hôtel de Gaiffier d'Hestroy
24, rue de Fer, 5000 Namur

Tel : 081/22.00.65.  Fax : 081/22.72.51
e-mail : musee.arts.anciens@province.namur.be  

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