**  N° 42 - Février 2004 **

LA LETTRE MENSUELLE

Parution du 01 02 04

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 Chroniques d'expositions :     

   Colette Bertot  :   

La main verte : Peintures et oeuvres sur papier de Mig Quinet à la Galerie Quadri  
; Les sculptures de Véronique Motte : rudesse et sensibilité, à la Galerie Zedes  

Françoise Bernardi :  

 

Colette Bitker, des oeuvres sobres pour des thèmes universels : chez Bastien Art 
Anselm Kiefer, A.R. Penck et Hans Vandekerckhove, au PMMK d'Ostende 

Alix Walsh :   

Jacques Zimmermann - Voyages fantastiques : à l'International Art Gallery, Lasne 

Gunilla Lapointe :  

Abstraction géométrique à Cambrai : la pureté des formes selon Guy de Lussigny 

E. MdR :   

XXIe édition du Salon des Antiquaires de Hasselt, avec plus de 100 exposants  
      Et 20 entrées gratuites à nos visiteurs ! 
Recherche et réflexion :  
Adolphe Tassin, peintre belge d'art néogothique religieux, iconographie et style. Par Christian Bodiaux 
Un nouvel artiste sur le site :  
Serge Durieux chez Mémoires : l'intimisme du paysage, une lumière qui vibre, un réalisme sensuel et "habité" 
Recherche - hypothèse : 
Les troubles maniaco-dépressifs se détectent-ils dans les oeuvres de peintres ? Par E. Mons delle Roche 
Un artiste belge à Paris  :  
"Y a-t-il une part de physique dans l'émergence d'une idée ?" se demande Gert Verhoeven : à la Galerie Nelson
 
Des brèves d'expos :  
Marie Collard à Tournai, Michel Janssens à Bruxelles, "Ah... L'Amour" à Bastogne, Ezio Ferrari à Bruxelles  

 Le forum : 
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Décodons nos décadents : la langue de beau

L'exposition Fernand Khnopff est certainement l'événement culturel belge de l'année 2004. Nul doute qu'elle suscitera un formidable engouement, tant cette période et ce style sont actuellement l'objet de toutes les attentions, d'une redécouverte largement méritée. L'exposition sera montrée ensuite au Canada.

Et pourtant... Cet art symboliste fut longtemps considéré comme décadent, a-t-on coutume de lire. Ce fut même une revendication de ces artistes ! 

Il convient de ne pas se méprendre. Cette notion ne se rapporte pas ici à la définition du Larousse : commencement de la ruine, perte de prestige ; déclin politique.  Il ne s'agit pas de la décadence dénoncée comme chancre socio-politique dans la France après la défaite de 1870, et dont les politiques dénonçaient l'influence allemande jusque dans la pensée des intellectuels. 

On y a vu la fille du romantisme : "le romantisme épuisé a donné une dernière petite fleur, maladive et bizarre" écrivait sans complaisance ni nuance P. Bourde. Cet atavisme se voit dans la prépondérance de l'idéalisme et de l'individualisme, l'intérêt pour l'imaginaire, l'occulte (parfois le satanisme) et la religion tout à la fois.

Mais surtout, la décadence est pour une série d'écrivains et de musiciens d'abord, pour des peintres ensuite, une véritable philosophie de vie, une morale et une éthique. L'art est selon eux la seule source de progrès intellectuel, en réaction à l'appauvrissement de la société industrielle.

Elle aspire à une nouvelle esthétique, notamment contre l'impressionnisme qui dénaturerait la vision du beau, l'image. La dévotion pour Baudelaire, Huysmans, Edgard Poë fait s'imbriquer décadence, spleen, hystérie, névrose, ambivalence sexuelle. Une revue "Décadence" était publiée à l'époque.

Certes, entre notion de déclin et occasion de renouveau, l'ambiguïté marquait cette décadence. Michael Palmer rappelle que Khnopff était un dandy -un terme proche de décadent- mais aussi un homme du monde, titulaire de nombreuses distinctions dont l'Ordre de Léopold. Une contradiction de plus de ces chers symbolistes, dont on a dit qu'ils étaient anti-conformistes du conformisme (ou l'inverse...). 

Cette vision de l'art a donné pour partie ses assises à l'art moderne, le surréalisme certainement, l'art conceptuel par la réification de la pensée, l'abstraction dans son idéalisation essentielle.

Notons que ces artistes évoluaient dans un monde où les artistes qui recevaient des commandes "officielles" du Salon furent -et sont- traités de "Pompiers". A eux aussi, on reconnaît aujourd'hui le talent, une grande maîtrise technique. Gustave Moreau ou Puvis de Chavannes furent rangés parmi ces peintres.

Quelques décennies plus tard, un autre langage était tenu, celui de Hitler et de Goering : il s'agissait pour les nationaux socialistes allemands d'esthétiser la politique -en fait d'inféoder l'art au pouvoir d'une part, d'éradiquer les exhibitions "d'un monde en voie de putréfaction" (Mein Kampf) d'autre part.

C'est ainsi que fut inaugurée le 19 juillet 1937 à Munich la Maison de l'art allemand censée représenter la force créatrice du peuple allemand. En contrepoint fut organisée une exposition "d'art dégénéré" (Entartete Kunst) dont l'intention avouée était de démontrer la vulgarité et la décadence d'êtres inférieurs, malades mentaux ou criminels. A côté de ces oeuvres, qu'on appellerait actuellement "Art brut", on présenta des artistes censés illustrer les mêmes déviances : Dix, Picasso, Ernst, Chagall, Kandinsky, Matisse, Kirchner pour en citer quelques-uns. Ce dernier, malade de cette entreprise de destruction, se suicida un an plus tard.

Nouveau saut de puce dans le temps : visitant à la Tate Gallery l'exposition des artistes nommés au Turner Prize 2003, le ministre britannique de la culture Kim Howell qualifia ce qu'il avait vu de "tas de merde conceptuel, froid et mécanique", ajoutant : "Si ceci est le meilleur de ce que peuvent produire les artistes britanniques, alors l'art britannique est perdu". Le verbe comme arme de destruction massive !

Comme Howell, l'art conceptuel n'est pas ma tasse de thé. Mais un lecteur de l'article de Christian Bodiaux rappelait que "les oeuvres produites par de tels artistes sont à juger non pas sur le plan de l'objet mais de l'intention" (...) L'oeuvre demeure intéressante, non pas bien entendu en tant qu'objet mais en tant que trace d'une démarche. (...) Leur démarche artistique (ndlr : des artistes conceptuels) vise à interroger les fondements de l'art et non plus simplement à produire de beaux objets".

La tendance de l'art contemporain est indiscutablement d'utiliser le concept, voire le concept uniquement, et d'y fonder sa validité. Même si un tableau de Giorgione, de Van Eyck ou de Brueghel, un sujet mythologique, religieux ou une scène historique véhiculent une foule de symboles, de références implicites, donc de concepts.

Je suis surtout étonné que des mots se rapportant à des notions finalement assez proches, comme celles d'esthétisme, de décadence ou de dégénérescence, voire d'idéalisme ou de doctrine, aient servi des desseins aussi antagonistes.

La verbalisation de l'intention conceptuelle devient partie inhérente de l'oeuvre. Je ne puis que répéter, malgré les souhaits de certains, que l'oeuvre ne se suffit pas à elle-même : elle existe à travers le dialogue. Mais, et c'est aussi un de mes leitmotivs, cette nécessité du mot -de l'explication- vaut pour toutes les époques. 

Cela étant (peut-être),
Une bonne visite.

Emmanuel Mons delle Roche    

P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion.

Liens utiles :
* Les courants modernes entre Art et Beau, par Christian Bodiaux, sur le site. 
* L'art du portrait chez Khnopff, par Christel Mahieu, sur notre site.
* Le symbolisme et l'Heroic Fantasy, par Christian Bodiaux, sur notre site.

 

 

 

 

 

 

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Nouveau record avec 129.000 pages vues, après et malgré la trêve des fêtes. Mieux qu'un petit bonhomme de chemin !  

L'événement est l'arrivée de Serge Durieux parmi nos "Ateliers d'artistes". Les autres rubriques ont vu quelques changements, toujours intéressants à défaut d'être en grand nombre pour janvier.

Ces rubriques sont à votre disposition comme d'habitude :
- la Galerie virtuelle où les artistes proposent leurs oeuvres ;
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 Au  01 02 2004, nous avons :

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L'UCL : La production d'art religieux d'Adolphe Tassin fut importante, dans le style neo-gothique. L'analyse de l'oeuvre révèle quelques difficultés de composition ou anachronismes assez courants dans ce style, qu'il est intéressant de connaître.  

Serge Durieux nous fait le plaisir de rejoindre les artistes actuels présentés sur le site. Un réalisme "habité", une vibration de l'air palpable, un intimisme chaleureux et chatoyant, une touche précise, des compositions solides. Et en plus un artiste qui se consacre à faire découvrir d'autres talents. A découvrir dans nos "Ateliers d'artistes".

Toiles sur le divan : Le psychisme et certains de ses troubles transparaissent-ils dans l'oeuvre des artistes ? C'est la question que je pose à propos une hypothèse émise sur l'oeuvre de Rothko. Interprétation justifiée ou supputation aventureuse ?

Colette Bertot rappelle le dynamisme, la verve de coloriste franche et fraîche qui ont toujours conduit la main de Mig Quinet : à la galerie Quadri. Elle découvre avec bonheur les bronzes et terres cuites de Véronique Motte : la chair et la terre, la matière et la spiritualité : chez Zedes.

Françoise Bernardi a savouré le moment présent tel qu'il se décline dans les oeuvres de Colette Bitker : des thèmes de toujours délicatement transcrits dans de superbes compositions, chez Bastien-Art. Au Musée d'Art Moderne d'Ostende, trois artistes renouant avec la figuration, trois styles en recherche du monde et de l'Homme : Kiefer, Penck et Vandekerckhove.

Alix Walsh nous invite à partager les "voyages fantastiques" de Jacques Zimmermann, dont les souvenirs sont à Lasne. Le lyrisme solide et lumineux de l'artiste nous emmène dans les territoires du rêve et du fantastique.

Gunilla Lapointe présente l'abstraction géométrique en France, à travers notamment l'oeuvre de Guy de Lussigny. Intenses recherches formelles, mais aussi travail de la couleur, de la brillance, du geste et de la matière. C'est à Cambrai, pour une exposition.

Sandrine Djerouet raconte Gert Verhoeven qui expose à la Galerie Nelson de Paris : les "tables de lumière" comme métaphores de l'idée qui naît et interrogations sur l'acte de création.

 

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* L'activité des petits génies malfaisants est florissante : on nous annonce une nouvelle offensive du récent virus, avec quelques "mutations" guère spontanées. Je constate que mon adresse est fictivement utilisée pour certains envois de "spams". J'ai même été bloqué par aol.com pour cette raison, ce qui fait toujours plaisir !

* Dans les 2 ou 3 mois à venir, le contenu de la lettre mensuelle ne devrait pas bouger beaucoup. Elle est déjà fournie, mais je vous ai déjà dit que je cherche des moyens d'étoffer l'offre.

Je vous confirme ainsi que toutes propositions de collaboration sont les bienvenues. Je suis plus demandeur d'articles de fond et de recherche que de chroniques d'expositions : l'équipe est déjà bien solide sur ce plan.

* Je rappelle comme chaque mois que le postage de messages sur le forum, s'ils incluent une adresse de site, implique celle-ci soit entourée des balises [URL] et [/URL], avec le http://www.... Après, il suffit de cliquer sur votre lien pour y accéder.

A très bientôt,
Et merci de votre fidélité.

E. Mons delle Roche.

 

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