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** N° 40 - Décembre 2003 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 12 03 |
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Les arts plastiques, plastic et plastique Deux circonstances m'ont récemment suggéré quelques réflexions sur les rapports qui confrontent l'image et sa substance dans la création artistique. Ce problème se complique du fait que la substance, en art, est faite à la fois de la matière que l'artiste utilise, et du sujet qu'il représente, évoque ou suggère. Un premier débat concerne la reconstruction des deux Bouddhas géants de Bamyan en Afghanistan. Ces deux statues gigantesques (58 et 38 mètres de haut) avaient été détruites à la dynamite par les talibans en 2001 parce qu'ils considéraient que la représentation humaine est contraire aux lois de l'Islam. Datant des IIe et IIIe siècles de notre ère, les Bouddhas présentaient la particularité d'être drapés dans des tuniques grecques, image de cette fusion unique entre l'art de l'Inde classique et de l'Asie centrale et l'hellénisme introduit par les armées d'Alexandre le Grand. Le professeur Armin Grün de l'Institut de géodésie de Zurich, qui a passé deux ans à les modéliser sur ordinateur, propose de les reconstruire à l'identique, mais en béton. L'Unesco est opposée à ce projet. L'institution considère, outre une controverse sur la technique, que leur destruction fait désormais partie de leur histoire, et que les rétablir constituerait dès lors une forme de trahison : on ne peut pas restaurer quelque chose qui n'existe plus. L'autre circonstance qui me pousse à vous parler de ce thème est nettement moins médiatisée. Il s'agit de reproductions en résine de petites statues de saints en bois polychrome, et qui furent présentées lors d'une réunion au Musée gaumais. C'était stupéfiant : à un mètre, il était impossible de distinguer l'original de son double ! La cause en est bonne : le musée possède en propre ou en dépôt nombre de ces statues anciennes et les expose dans des conditions idéales de conservation et de documentation. Les églises gardent leur iconographie sans risquer de voir des pilleurs, friands de ce type d'objets, s'emparer des originaux. Ces deux exemples (1) illustrent, par une même louable intention, la complexité de l'essence d'une oeuvre d'art : son sujet, son image, sa forme, sa matière, son environnement... Rien de tout cela, diront les plus radicaux des contemporains pour qui l'oeuvre d'art existe par elle-même (ce qui est acceptable), qu'elle s'auto-suffit (ce qui me paraît effectivement auto-suffisant). Ainsi, que vénèrent les fidèles devant les images de saints : le saint homme, ses saintes oeuvres, l'allégorie de l'un ou des autres, voire la statue du 17e siècle ou le miroir de leur propre foi qu'ils retrouvent dans l'un de ces items ? Le saint, son image ou sa représentation mentale à travers l'oeuvre : quel est l'intermédiaire avec la divinité invoquée ? Je n'ai pas de certitude. On pourrait me dire que mes exemples se bornent à être a contrario. Hélas, les destructions d'oeuvres à travers les siècles illustrent de la même manière ces multiples composants qui font l'art et la culture. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, les autodafés, les iconoclastes dont Savonarole ne fut pas le premier, les Khmers rouges, les exactions de la Chine au Tibet, les destructions lors des guerres en ex-Yougoslavie, les pillages des musées de Bagdad.... sont autant de destructions parcellaires du patrimoine universel. Et chacune mériterait une analyse sur ses causes et ses intentions. Souvent, c'est la volonté de détruire un peuple, une nation jusque dans son identité. Mais ce peut être aussi une réaction à des excès dans l'adoration des icônes ou des reliques, ou la revanche des ignorants ou des démunis. Ce peut être aussi tout simplement l'appât du gain. Ou même l'air du temps : l'article de Christian Bodiaux ce mois explique que les retables ont disparu des murs de nos églises pour faire place à des murs monochromes, plus au goût du jour. Il se déroule ainsi, immanente à l'Humanité, une forme d'auto-régulation qui structure tant bien que mal son patrimoine. La tendance actuelle est de ne plus vouloir refaire ce que les hommes ou la nature (ajoutons la maladresse du personnel de maison et les disputes conjugales !) ont fait disparaître. On pourrait s'en tirer par une pirouette : les arts graphiques et souvent les arts plastiques auraient cette vertu de "mobilité" qui fait qu'on peut les accrocher, les poser où l'on veut, les montrer en-dehors de leur contexte géographique ou historique. Mais qu'il n'en va pas ainsi de l'art monumental. Alors, il faut soutenir le combat de ceux qui veulent le retour des frises du Parthénon à Athènes, il faut rendre l'Obélisque de la Concorde à l'Egypte et la momie de Rascar Capac (à Bruxelles depuis 1935) au Pérou. Et si l'on pousse le purisme jusqu'au bout, contester le transfert du tempe d'Abou Simbel, admirable chantier de 5 ans, terminé en 1968. Qui le ferait ? Quoi qu'il en soit, plus j'avance dans la définition de l'oeuvre d'art, moins je progresse ! Je me rends compte qu'il y a mille et une facettes à chaque oeuvre, une infinité d'angles pour l'observer, une multitude de manières de la disséquer. Rien n'y est simple, comme tout ce qui est affaire de l'esprit. Mais cela n'a rien d'inquiétant, au contraire : la réflexion sur ces sujets est une exploration en territoires largement vierges. Tout comme la création artistique. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. Liens utiles * Sur les notions de restauration, conservation,
restauration... : * Sur la restauration du "Gladiateur"
du Louvre : * Sur l'iconoclasme : (1) : On pourrait citer d'autres exemples. Ainsi,
l'église St-Ignace à Prague possède de superbes colonnes en granit rouge de
Suède. Au moins peut-on le croire : elles sont en résine synthétique. |
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Le contenu Retour au sommaire Spectaculaire hausse de fréquentation pour novembre, puisqu'elle frôle les 20 %, dans tous les domaines : pages vues, nombre de visiteurs et de visites, GOctets transférés... Une bonne nouvelle pour les peintres affiliés : deux ont vendu une oeuvre via notre "galerie". Je souhaite que ce soit le début d'une longue série. Et les autres rubriques aussi ont vu leur contenu s'enrichir depuis le mois dernier. Ces rubriques sont à votre
disposition comme d'habitude : |
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L'UCL : Que sont nos retables devenus ? Beaucoup de ces oeuvres neogothiques ont disparu de nos églises pour faire place aux "canons" en vogue après Vatican II. Il subsiste néanmoins d'intéressants survivants de ces Retables du XIXe siècle, et Christian Bodiaux nous en montre quelques-uns. Un lecteur connu de Mémoires nous offre une synthèse de la Loi actuelle sur le fameux Droit de suite. Les commentaires et conseils dont il l'accompagne risque de faire grincer quelques dents. N'hésitez pas à réagir ! Vera Lewijse a visité la maison abritant la Fondation Luc Peire à Knokke. Une réussite architecturale parce qu'elle fait souffler l'esprit de ce grand artiste de l'abstraction géométrique. Et les archives sont une mine pour les chercheurs et historiens ! Colette Bertot découvre la peinture de Carlo Binsztok, cinéaste définitivement passé à la peinture : pour une oeuvre forte et inquiète qui fera parler d'elle. Costa Lefkochir peint depuis 25 ans, et son tempérament de feu, ses origines "héllèniques" marquent son oeuvre de craintes qui ne cèdent pas au désespoir. Françoise Bernardi rappelle que la bande dessinée a déjà son anthologie : l'exposition Moebius -alias Giraud- à Liège montre les facettes d'un de ses maîtres. Nicole Tran Va Bang travaille sur le corps et le vêtement, sur la nudité transformée, sur l'ambiguïté entre être et paraître. Troublant... Dominique Piteux explique la création selon Robert Filliou : le faire avant le savoir-faire. Et surtout l'échange, la participation du spectateur à l'oeuvre. Un quotidien qui sort de sa banalité pour devenir art : c'est à Lille. Valérie Michiels a réglé sa montre sur le temps décroché de Marie-José Burki : les vidéos montrées au MAC's se jouent des images d'instants désassemblés et réinterprétés, pour se reconstituer dans les oeuvres de l'artiste.
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* J'ai eu et je vais avoir de très intéressants contacts : ceux-ci devraient permettre d'enrichir le contenu du site. Cette fois, au moins pour partie, les abonnés seront privilégiés, et je leur dois bien cela. Comme les projets ne sont pas finalisés, je ne vous en dis pas plus pour le moment. J'espère pouvoir le faire avec la lettre de janvier. * Nous voici à un mois de 2004 déjà ! A l'époque de l'instantanéité -et parfois de la satisfaction immédiate du désir- on ne voit plus le temps passer. Je cesse de m'en plaindre car je n'entends autour de moi que d'identiques griefs. L'âge peut-être ? Mais, je crois aussi, une masse de contraintes imposées à ceux qui travaillent, tandis que d'autres attendent une part du gâteau sans pouvoir y goûter. Alors ? Que vos fêtes soient belles. Et que cette trêve dite des confiseurs permette à ceux qui l'attendent la prise de recul et la réflexion sur l'action temporairement suspendue... * La prochaine lettre paraîtra le 2 janvier. Le temps de récupérer ! Et je vous annonce déjà un article sur Khnopff qui promet d'être passionnant. * Je rappelle comme chaque mois que le postage de messages sur le forum, s'ils incluent une adresse de site, implique que celle-ci soit entourée des balises [URL] et [/URL], avec le http://www.... Voici ce que
serait la syntaxe pour le site de Mémoires : Après, il suffira de cliquer sur votre lien pour y accéder. A très bientôt, E. Mons delle Roche. |
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