**  N° 17 - Janvier 2002 **

LA LETTRE MENSUELLE

Parution du 02 01 02

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  Editorial

Stephane Rey et 
Colette Bertot  :
 

Rétrospective José Vermeersch au PMMK d'Ostende          
 Contenu Pascal Bernier, Love Stories, Galerie Vedovi Bruxelles    
  A venir  Artistes d'Europe à la K Gallery de Bruxelles    

Françoise Bernardi : 

Le Prix de la Jeune Peinture Belge, expo à Bruxelles   
FORUM Tadeusz Kantor, peintre et scénographe : Europalia Pologne     
La Belle Europe, le temps des Expositions Universelles   
"Usagexterne", la galerie des jeunes créateurs   
 L'UCL : Rouge-Cloître en Soignes, un lieu magique, une pépinière d'artistes, par Christian Bodiaux
 L'ULg / Art&Fact : David Pirotte : "Americam Dream", par Julie Hanique.  
 Conviction et personnalité : Marcel Delmotte : le geste, nécessité du hasard, par Luc Dechamps   
 Danièle Doumont, de Culturoscope : Le musée des Arts anciens du Namurois       

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Des fourmis et des hommes.

A plusieurs reprises, je fus attristé, écoeuré, scandalisé d'apprendre que l'on avait détruit parmi les plus rares et les plus beaux témoins de l'Histoire d'un peuple. Il en fut ainsi de Mostar (le Vieux Pont), Dubrovnik et Sarajevo, du Bouddha géant en Afghanistan, des tableaux de maîtres disparus avec les Tours du WTC ou en d'autres temps avec la brutalité d'un Reich qui les jugeait décadents ; des destructions ou des pillages des Khmers Rouges, des Gardes Rouges de Mao. On pourrait à l'infini se lamenter, rétrospectivement.

Oui, je me suis surpris à déplorer ces vestiges irremplaçables, ces merveilles à jamais disparues, en oubliant qu'avec ces pertes matérielles il y avait eu des morts d'hommes, des souffrances de femmes et d'enfants, des marques indélébiles dans les cauchemars des survivants. L'art me rendait-il fou, ou devenais-je cynique à force de vouloir décrypter la création artistique ?

Qu'on nous dérobe une toile chèrement acquise, qu'on nous casse l'assiette de faïence XVIIIe fièrement dénichée aux puces ou le nain de jardin tellement altier et sympathique (chacun ses goûts, et l'art sécrète des succédanés), voilà que notre sérénité vacille, nous rendant prêts à des actions vengeresses.

Ainsi, l'art, une des première vertus humanistes sans doute, le sceau de notre humanité certainement, pourrait-il en arriver à faire préférer son objet au créateur ?

Je crois plutôt que l'on peut difficilement s'émouvoir de chiffres, en absorber conceptuellement la signification en termes de souffrances : 100, 1000 ou 100.000 morts, la nuance émotionnelle est dans le "ouf!" que l'on pousse. Les morts : des "bilans" parfois provisoires comme on l'entend dans les médias ; les victimes : des fourmis somme toute, et parfaitement remplaçables : s'il en disparaît, d'autres viendront quand même... 

Mais qu'un ami ou un proche souffrent, et nous voilà prêts à endosser une partie de leur peine. Que l'on nous montre une photo d'une fillette blessée ou d'une mère incapable d'allaiter, et nous ouvrons notre bourse pour les O.N.G. : MSF et d'autres ont compris cette nécessité de personnaliser le message, et cela est plus que légitime.

Notre attitude d'indifférence (relative) est-elle coupable ? D'abord, notre équilibre mental serait incapable d'endosser toute la misère du monde. Ensuite, notre attachement paraît inversement proportionnel à la distance -physique ou affective- qui nous sépare de l'événement douloureux et de celui qui en est victime. Nous ne pouvons comprendre la souffrance ou la joie de l'autre que si nous savons qui est cet autre.

Pour en revenir à l'art, il existe des formes compulsives à posséder l'objet plutôt que de vouloir comprendre l'artiste. Je passerai sur les "collectionnites" bien inoffensives et qui très souvent fournissent les meilleurs connaisseurs d'un domaine. Il en va ainsi de l'ensemble de l'oeuvre gravé de tel artiste, comme il en va des timbres, des fèves pour gâteaux des rois, des compas de marines, des chats de porcelaine ou des cartels Louis XV... C'est aussi une question de moyens !

Il m'est arrivé de rire lors d'une vente dans un village, où un notaire dispersait la succession d'une défunte, et où une cousine voulait absolument une peau de vache transformée en tapis : un neveu qui la détestait s'est plu à monter les enchères pour le simple plaisir d'envenimer la querelle familiale. Possession pour la simple jouissance de déposséder l'autre.

Je considérerai aussi comme stupidement masochistes les comportements d'orgueil qui conduisent à afficher sa possession, identiques à ceux que certains ont pour les voitures ou les bijoux. Les salles de ventes n'ont qu'à s'en féliciter, et les vendeurs ont ainsi parfois d'heureuses surprises. Comme les collectionneurs-spéculateurs, ces acquéreurs d'esbroufe achètent mal parce qu'ils achètent souvent plus un nom ou une signature qu'une oeuvre qui leur plaît. 

Par contre, détestables sont les profiteurs de situations de détresse qui acquièrent à bas prix des oeuvres de grande valeur parce que le détenteur a un besoin urgent de liquidités. Indignes de gouvernants est leur mépris pour l'art, le seul regard qu'ils lui portent se faisant via des taxes et les organismes chargés de les percevoir à leur quasi seul profit. Franchement ignobles sont les gains que tirent des trafiquants en dépouillant des groupes ou des peuples ignorants de leur patrimoine : ce fut le cas lors de toutes les guerres et de bien des colonisations. 

Je suis irrité aussi quand je lis que telle oeuvre a été acquise pour autant de millions de dollars "parce que la qualité se vend toujours bien". D'abord, c'est faire peu de cas de nous, les fourmis. Ensuite, les fortunes qui permettent d'acquérir ces trésors n'ont pas toujours été acquises dans le respect des valeurs humanistes. On finirait par voir Guernica racheté par un marchand de canons. Et enfin, il y a de la qualité à tous les prix.

Fourmis sans doute, japonais (selon Edith Cresson) ou européens ou américains, nous nous en distinguons non par l'action, mais par le choix de notre action. Une main tendue, un sourire, un salut valent infiniment mieux que leur absence ou leur contraire. Un regard enthousiaste, un commentaire chaleureux (et sincère) sur une toile apaisent le peintre parce qu'il se sait soudain compris et que son oeuvre prend une nouvelle dimension par le dialogue. 

N'oublions jamais que l'homme est avant l'objet, que l'objet n'existe pas sans acte créateur. A notre époque où l'on n'entend parler que de "retour sur investissement", investissons notre personne dans l'autre, sans espoir de nécessaire retour. Le geste gratuit... 

Voilà mon souhait en ce début 2002, en prenant l'option pour moi d'abord... Et je citerai à l'appui de mes voeux une phrase de Marcel Delmotte (P.S.2) dont Luc Dechamps nous parle avec talent dans cette lettre :

"Un brin d’herbe peut avoir la même signification pour un être, la même grandeur mystérieuse que toute une forêt. Tout dépend du pouvoir que l’homme a de transfigurer l’image des choses. Le rêve le plus extraordinaire peut se loger, se découvrir dans la petite poignée de terre que peut contenir une petite main d’enfant".  

Cela étant,
Une bonne visite,
Et une merveilleuse année 2002 !

Emmanuel Mons delle Roche    


P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion.

P.S.2: Editions Jean Robert Delahaut – Terre d’Europe ; la citation nous fut donnée par Madame Colette Dendelot qui travaille avec passion à la perpétuation de l'oeuvre de Marcel Delmotte.

 

 

 

 

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L'article des Historiens de l'UCL : Monsieur Christian Bodiaux nous fait une fort belle synthèse de ce que fut et est aujourd'hui  Rouge-Cloître en Soignes, dont on parle souvent sans toujours connaître comment a vécu ce lieu si particulier, et qui y est passé.

L'article d'Art&Fact, Historiens d'art de l'ULg : Madame Julie Hanique, que nos habitués connaissent bien, aime l'art contemporain et nous fait partager sa passion en nous parlant de David Pirotte.

L'humanisme servant son talent, Marcel Delmotte mérite une place de choix dans l'anthologie des peintres belges. C'est chose faite ici grâce à la conviction de Colette Dendelot et à la plume alerte et perspicace de Luc Dechamps : Marcel Delmotte, le geste : nécessité du hasard.

Stephane Rey et Colette Bertot nous recommandent la rétrospective José Vermeersch à Ostende, un peintre dont le parcours ne fut pas toujours aisé ; Pascal Bernier, tôt adulé et exposé chez Vedovi, et les Artistes d'Europe que présente la K Gallery. 

Françoise Bernardi nous parle de Tadeusz Kantor, artiste polonais important, mais aussi scénographe. Elle a visité l'exposition qui présente les lauréats de l'important Prix de la Jeune Peinture Belge. Restant à Bruxelles, elle nous livre ses impressions sur la "Belle Europe" ou le temps glorieux des Expos Universelles, et sur une initiative toujours louable : faire découvrir de jeunes créateurs, comme le fait "Usagexterne".

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* L'année 2002 commence sous d'heureux augures. En effet, nous sommes convenus avec un autre site, culturoscope, de procéder à des échanges d'informations et d'articles sur les manifestations culturelles en Belgique. Géré par le couple idéal (une Historienne d'art et un informaticien !), ce site présente des complémentarités manifestes avec le mien. De plus, il s'inscrit, par son souci de qualité de l'information, parfaitement dans l'esprit de Mémoires.

Je suis persuadé que vous aussi serez heureux de pouvoir consulter des sources supplémentaires sur notre passion commune, l'art en Belgique. Dès ce mois, Danièle Doumont nous offre un article sur le Musée des Arts anciens du Namurois

* D'autres pistes sont à l'étude, et nous espérons vous annoncer d'autres bonnes nouvelles de ce genre dans les prochains mois. 

* Quelques fiches de plus sont dans l'abonnement... c'est un début... Si je n'ai pas d'excuses, j'ai des circonstances atténuantes : l'informatique a ceci de particulier que plus l'on s'équipe, plus les systèmes ont tendance à se planter. Je souhaite à M. Bill Gates et consorts plus de stabilité dans leurs logiciels :-).

* Le "billet de quinzaine" n'aura plus sa systématique régularité : sa parution sera fonction de l'actualité du site ou de ses modifications importantes. N'oubliez pas de consulter régulièrement les "Nouvelles brèves" en page d'accueil : elles vous permettent de connaître en temps utile ce qui bouge chez nous.

A très bientôt,
Et merci de votre fidélité.

E. Mons delle Roche.

 

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