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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique de Vera Lewijse. Mai 2003. Beaufort 2003 : Art-sur-Mer ; "Marines côte-à-côte" : au PMMK d'Ostende. |
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'Homme libre,
toujours tu chériras la mer.' ; Avec le projet littoral 2003
Beaufort : art – sur –
mer, un groupe national et
international de plus de trente artistes
modernes et contemporains, nous invite à cerner avec eux les affinités entre
leurs univers artistiques et leur approche de la mer au cours de leur carrière.
Dans toutes les toiles représentant la mer, la confrontation des styles des uns
et des autres en est d'autant plus passionnante. Connotation internationale
Beaufort. Le mot Beaufort dans le titre,
réfère à l'unité de mesure universelle du vent, adoptée à partir de 1838 comme échelle standard et ceci grâce à Sir Francis
Beaufort (1774 Irlande- 1857). D'autres éléments du mot Beaufort y sont
inclus. Comme Mr. Van den Bussche, commissaire général
et conservateur en chef du PMMK nous l'explique, nous retrouvons également dans le vocable les
connotations suivantes : beau la beauté (de la
triennale) Je me promenais, je regardais, je
souriais, je volais ... j'étais heureuse. Je me retrouvais dans le monde de couleur, d'idées, de sentiments en
dialogue avec les toiles exposées. Turner comme point de
départ Les peintures de William Turner
(1775-1851), Marine avec tempête qui se lève menaçante, ca. 1840 ; Mer orageuse avec épave en flammes, 1856, constituent le point central de l'exposition. Le lien est l'utilisation de la couleur et de la composition au profit d'une expression maximale et personnelle. Turner, comme précurseur des tendances expressionnistes et de l'expressionnisme abstrait du vingtième siècle. En témoignent les œuvres de Constant Permeke (1886-1952) et Emil Nolde (1867-1956), et de contemporains comme Anselm Kiefer, Miquel Barcelo et Marcel Maeyer, ici placées l'une à côté de l'autre en juxtaposition et en dialogue éternel et vif. Avec
Turner, pour la première fois dans l'art, la couleur devient une force en soi ;
isolée de l'objet la couleur devient objet. C'est dans la perception du
spectateur que les formes et les couleurs se retrouvent et acquièrent de
nouveau une signification. Le caractère rétinien, visuel marqué de Turner
explique sa passion pour la lumière colorée par les différentes conditions
météorologiques. Les quatre lignes
principales dans l'exposition : La ligne émotionnelle William Turner, Gustave Courbet,
Constant Permeke, Emile Nolde, Anselm Kiefer, Miquel Barceló, Marcel Maeyer. Six toiles sont à admirer de
Courbet. Le rocher isolé, ca 1862, nous emporte vers la création du
monde, rocher insolite, au milieu du tableau, sous un ciel nuageux, sur une
plage déserte avec une mer calme dont la force est soulignée par la matière du
rocher. Le talent de Courbet
(1819-1877) s'exprime dans différents genres : le paysage, le portrait, la
nature morte. Mais c'est dans la marine
qu'on sent la force émotionnelle et dramatique du
maître. Force qui a inspiré Louis Artan
(1837-1890) dans la recherche de l'ultime marine durant toute sa vie. Artan
qui à son tour inspira Constant Permeke (1866-1952). Le spectateur qui
n'a jamais été confronté avec les marines de Permeke peut trouver ici la
surprise de sa vie. Permeke peint la mer en tons
monochromes verts, bleus ou gris. En
ocres verts, bruns, bronze, une touche rose pâle
derrière les nuages. Avec des coups de
pinceau bruts, sans hésitation il 'place' la mer sur toile comme il a fait avec
le paysan dans ses paysages, robuste et dominant la nature. Les marines montrées datent des années
1924-1936, donc après sa rencontre avec les oeuvres de Gust de Smet et de Frits
Van den Berghe, qui ont subi l'influence de l'expressionnisme allemand et le
cubisme. Emil Nolde (1867-1956),
membre du groupe 'die Brücke' à Dresde est le plus convaincant des
expressionnistes allemands. L'emploi de
la couleur chez Nolde transforme chaque tableau en une explosion
extatique. Ici présente avec 4
toiles. Sirène, 1924, huile sur
toile, 86.5 x 100.5 nous montre une femme, nue, longue chevelure blonde, assise
au bord de la mer. Vue de dos, avec les
mains croisés au haut de sa tête, elle est l'être sauvage, enfant de la mer,
qui jouit de la force de l'eau qui éclabousse autour d'elle. Cette toile est un bel exemple de son art
visionnaire, religieux. Dans cette confrontation des peintres modernes et contemporains, l'expressionnisme extra-pictural de Anselm Kiefer (°1945 Donauschingen All.) trouve sa place à côté de la vérité tactile de l'œuvre de Marcel Maeyer (°1920 Sint Niklaas). Merkaba – Les sept palaces du
ciel, émulsion,
huile, acrylique, gomme-laque et sept avions en plomb sur toile, 190 sur 500
cm, de Kiefer est un commentaire sur la destruction et le ridicule de la
guerre. Heureux qu'en nos jours de
désastres il y ait l'art pour s'exprimer franchement et se révolter contre la
folie du pouvoir. Dans Grand tableau-phare I, huile sur bois, 150 x 122, Mayer peint
avec 6 taches de couleur, vert-bleuâtre, rouge dilaté, gris-noir, bleu foncé-bleu clair un paysage avec au milieu une toute petite
maison blanche avec toit rouge. Une
colonne qui réfère à l'antiquité, à gauche de la toile, domine la
composition. Signe de la continuité de
l'histoire et de l'éphémère de la vie. La ligne rétinienne Claude Monet, Theo Van
Rysselberghe, Henri-Victor Wolvens, Jennifer Bartlett, Ralph Fleck, Jan De
Vliegher. Idée centrale : l'expérience de la lumière sur la mer. Bien
sur, il y a d'abord Monet (1840-1926) qui, avec sa toile Impression, soleil levant de 1872 a changé le concept de la réalité dans la peinture. Ce que lui importait était l'impression que
la chose produisait sur son regard. Nous
pouvons admirer de Monet Le cap Martin, 1884, du Musée de Tournai
et Tempête, côte de Belle-Île, 1886, du Musée d'Orsay. De Monet, on passe par le luminisme de van Rysselberghe
(1862-1926), avec comme point cardinal le point de lumière dans son oeuvre, et
on est frappé par la monumentalité de L'Atlantique, 1984, émail sur 224 plaques
d'acier, 261.6 x 889, de Jennifer Bartlett (°1941
Long Beach, vit et travaille à New York). Une grande expression de la mer qui nous
emmène dans l'eau même. Wolvens (1896-1977), qui à
l'aide d'une peinture grasse, nourrie par l'atmosphère de l'eau, l'or du
sable et les couleurs chaudes de l'été,
impressionne par la grandeur de l'image et les petits détails dans son oeuvre
qui témoignent de la présence humaine. Ralph Fleck (1951
Freiburg im Breisgau)
correspond dans sa langue picturale avec l'atmosphère qu'on retrouve chez un Permeke ou même un
Rothko. Il se sert des couleurs
vibrantes, substantielles, il créé une
luminosité frappante dans une facture
forte. En étudiant l'œuvre de Jan De Vliegher (°1964 Bruges), il est très évident que la peinture part
d'une photo. L'emploi de la photographie
comme base pour une peinture se passa longtemps 'en cachette'. Au 19ième
siècle on connaissait la querelle entre
les 'photographistes' et les peintres ! Comme si c'était la preuve d'un manque
d'inspiration de l'artiste. Maintenant,
après une grande évolution, c'est devenu
une technique admise. C'est surtout
l'emploi des couleurs vives et à partir de là, le
transfert de l'émotion de l'action qui sautent aux
yeux chez De Vliegher. La ligne visionnaire Léon Spilliaert, René Magritte, Gerhard Richter, Alex Katz, Luc Tuymans. Visionnaire : ce qui se trouve,
se cache derrière les choses. Spilliaert
(1881-1946) – en contre lumière –
crée un sentiment de distanciation. En
regardant, on se sent attiré par le
centre de la toile, on se trouve devant ET dedans. Une expérience très bizarre. Magritte (1898-1967)
se sert de la mer comme contexte indéfinissable. Parfois comme peinture dans la
peinture, parfois comme décor en soulignant la féminité de son sujet. Chez Tuymans
(°1958 Mortsel), on voit la mer comme image collée sur la rétine. Des tons flous, gris, qui changent de
couleur, de profondeur quand le spectateur
bouge de gauche à droite devant la
toile. Douze toiles de Léon Spilliaert,
dont diverses sortent des collections privées. Le lien spécial de Spilliaert avec la mer trouve son ultime
extériorisation dans Marine bleue et
jaune, 1934. Une aquarelle et gouache sur papier, 49.3
x 68,3. Une surface bleue, coupée par des lignes qui semblent danser et
vibrer dans le cadre. Il y a aussi la superbe toile de Gerhard Richter
(°1932 Dresde), Marine (ciel nuageux) 1969. Dans les années 1965-1970 Gerhard
Richter
commençait de faire
des peintures à l'aide de la photographie. Image trouvée, parfois une photo de presse, des snapshots,
parfois ses propres photos, il agrandissait et reproduisait la photo sur toile. C'est le résultat d'un besoin de rendre visible un sujet,
sans expression. L'importance est de
d'abord souligner un modèle de la perception, et ensuite la représentation
de la réalité. Dans la ligne visionnaire on
s'éloigne de la valeur extérieure de l'image pour se concentrer sur la valeur
intérieure de l'idée derrière l'image. La ligne narratrice James Ensor, Jean Brusselmans, Paul Maas, Roger Raveel, Etienne Elias, Malcolm Morley, Sandro
Chia, Enzo Cucchi, Fred Bervoets,
Norbert Bisky.
L'œuvre de Ensor
(1860-1949) dans l'exposition au PMMK
est très liée avec les installations des artistes dans les villages balnéaires
qui font part de cette triennale. Dans
une salle on peut admirer deux toiles de Ensor Le Christ apaisant la
tempête, 1891 et Les Bains à
Ostende, 1890 à gauche et à droite, avec
au milieu une gravure rehaussée de 200 sur 300 de Fred Bervoets (°1942 Burcht): l'art en dialogue,
on entend et on sent les peintres se parler à travers leur oeuvre. Au première vue la facture de Paul
Maas (1890-1962) fait chaotique, mais après
quelques instants l'histoire se dévoile; on retrouve un tas de petites figures
qui bougent, dansent, jouent, se promènent sur la plage et sur les digues. Ce sont des personnages transparents dans des
toiles extrêmement existentielles. La base de la vision phénoménologique de Raveel (°1921 Machelen-aan-de Leie), qui témoigne dans ces toiles de l'émiettement et de l'aliénation, exprime la tension entre la nature et les choses, entre l'abstrait et le concret, et que la chose simple n'existe pas, Quand même la mer, 2002, huile sur toile avec miroir, 145 x 195.
Elias
(°1936 Ostende)
se place dans le même contexte. Elias,
influencé par Raveel au début de sa carrière,
montre dans ses toiles un univers
magique, plastique, plein de couleurs
expressives. Les Italiens
Sandro
Chia (°1946 Florence) et Enzo Cucchi
(° 1949 Morro d'Alba) ont créé des toiles
spécifiques pour l'événement. Malcolm Morley, (°1931
Londres) travaille et vit à New York, artiste de pop-art, et de l'hyperréalisme
des années 1965-1970, montre l'idée-catastrophe de la
mer. Il se sert de plusieurs techniques,
couches pâteuses, image qui dépasse le cadre, photoréalisme
et toiles monochromes. En suivant les quatre lignes on a
fait le parcours de l'exposition au PMMK à Ostende.
Mais le voyage ne prend pas fin ici. Il reste la visite des plages et des sites où différents artistes ont donné leur vision de la mer. C'est l'autre volet de ce méga-projet : Triennale d'art
contemporain sur mer, parcours d'art contemporain Vera
Lewijse, |
Catalogue
Claude Monet
Gustave Courbet
Gerhard Richter
Ralph Fleck
William Turner
Supprimés
:
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PMMK, Musée d'art Moderne, Romestraat 11, 8400 Ostende. |
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Tous
les jours de 10 à 18 heures ; fermé le lundi. |
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Publications : |
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| Exposition accessible jusqu'au 16 novembre 2003 - prolongation. |
Copyright © 2003 Mémoires et Vera
Lewijse.
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