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LA LETTRE MENSUELLE |
| Marc
Kennes et Vera Lewijse parlent d'art et de ce qui le fait. Mai 2003 Marc Kennes, les archétypes de la mémoire. Peintures et gravures à la Galerie 2016 & Mira de Bruxelles. |
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Marc Kennes est né à Wilrijk en 1962. Il vit et travaille à Anvers.
Il peint depuis 1974. Un peintre qui, comme la plupart de ses collègues
artistes, parle peu du contenu de ses peintures. Je suis très contente de rendre compte d'une
conversation avec ce peintre talentueux, ce qui permet de lever un coin du voile. La
première grande influence A-M: Vous souvenez-vous de la première peinture qui vous a réellement bouleversé? Kennes:: J'ai commencé à peindre quand j'avais douze ans à
l'école du soir, sous l'influence de ma mère. Oui, c'était de Van Gogh, 'Le
champ de blé aux corbeaux noirs'. Une de ses dernières œuvres, à la fin de sa vie. A-M : Pourquoi ? Kennes: J'avais
surtout le sentiment que l'artiste devait être incroyablement
blessé. Le sentiment intuitif que cette
peinture parlait de la fragilité de l'humain, de la fragilité de
l'existence. Cette toile parle d'amour. A-M: Ces corbeaux noirs, cette menace dans la toile, les couleurs et l'expression, cela correspond à votre sensibilité? Kennes: oui, ce qui est intuitif,
ce qui est derrière la surface. A
l'école du soir, et pendant les humanités, l'enseignement étaient très orienté
vers le classique. Cela a duré très longtemps
avant que je n'entre en contact avec l'art véritable. On en parlait peu, c'était surtout
académique, technique, approché du point de vue technique. Je dois aussi
beaucoup à Bonnard en ce qui concerne la composition. Aucun lien avec l'art... pas de livre sur
l'art. Cette peinture de Van Gogh m'a
ouvert un monde nouveau. A-M: L'art véritable, qu'entendez-vous
par là
? Kennes: C'est quand vous devenez conscient du contenu et que
vous faites une différence entre ce que vous voyez et ce qu'il y a
véritablement... Seulement alors
pouvez-vous commencer à parler d'art. On parlait beaucoup de Wouters à Malines, il est de là. Au sujet de son emploi de la couleur. Mais on
ne faisait jamais le lien avec l'époque dans laquelle cela était peint. A-M:
Oui, je remarque que chez les jeunes étudiants
il y a une lacune dans la connaissance du passé. Ils ne réalisent pas comment nous sommes
arrivés à aujourd'hui, ils ne voient pas l'importance de connaître nos
prédécesseurs pour comprendre comment les courants de pensées nous sont
parvenus. Ils reconnaissent donc à
peine les références dans l'art actuel aux artistes du passé. Pour cette raison ils ont souvent des
difficultés à
comprendre les Primitifs flamands, trop
chargés, trop
grandiloquents,
disent-ils. Kennes:
La formation de seize années d'académie joue un
rôle important et le fait d'avoir analysé les classiques.
Pour certains artistes cela n'a pas
d'importance, mais pour moi si. La
technique de travailler couche par couche, en transparences!. La fonction de la couleur A-M: Est-ce que vous employez la couleur comme
support d'émotions, comme support de signification comme p.e. Vermeer, qui
avait une préférence pour le jaune pour donner une connotation d'adultère, de luxure
etc.? Dans les toiles que vous exposez
aujourd'hui apparaît un petit personnage, éclairé dans un contexte sombre et
qui est souvent accentué d'une couleur verte délétère. Kennes: En fait, c'est un hasard, et quand même pas un
hasard. Je n'emploie pas le vert comme
le faisaient les expressionnistes, avec une fonction, pas le vert pour
magnifier la donnée émotionnelle. J'emploie la couleur comme un facteur qui
soutient la composition qui elle-même supporte la peinture. Par l'emploi d'un vert venimeux contre le
rouge vous obtenez une distanciation. La propriété intrinsèque d'une couleur est subalterne. Dans Le rêve, avec la mère en bas à gauche, je ne l'emploie
pas comme élément expressif. A-M:
Automatiquement, de par votre expérience, vous allez pouvoir employer les
éléments de composition qui transmettent l'émotion. Vous ne devez donc plus y
réfléchir
? Kennes: Non justement, en y pensant longtemps. Souvent le travail existe déjà depuis un an dans ma tête et il change pendant la réflexion et de nouveau pendant l'exécution de la peinture. C'est un processus d'une demi-année à un an pour qu'une toile prenne sa forme. Cela à l'air spontané mais
c'est très contrôlé. C'est un hasard
contrôlé. Ce qui est très important par rapport à l'emploi de la couleur, c'est
la qualité du pigment. Vous n'obtenez
jamais un rouge profond avec un pigment d'Académie, vous avez besoin d'un pigment
de qualité A-M:
Merleau Ponty [1] raconte que un jour on a filmé Matisse
peignant et en qu'on a ensuite projeté le film au ralenti. C'était une danse devant la toile, une
succession d'hésitations et de décisions, un dialogue entre l'exigence de
l'image qui naissait sur la toile et l'exigence de la peinture qui existait
dans la tête du peintre. Kennes: Ah oui, la petite figure dans Le rêve...
Au début il y avait une tout autre figure sur la toile, ce n'était pas mon intention de la
mettre comme ça. Vous avez bien autre
chose en tête mais cela ne sort pas comme vous l'aviez pensé. Ici, le rouge adoucit la toile, c'est un élément
romantique qui changeait en travaillant. A-M:
Dans Le Rève, la femme avec l'enfant, à gauche
en bas, est un obstacle sur les
rails. C'est aussi l'introduction dans
la toile et un frein, elle empêche le
spectateur de disparaître dans le lointain, emporté par le combat qui se
déroule sous la lumière de la lanterne. Kennes:
Une
peinture ne peut pas avoir l'air lourde, massive ou lasse, elle a besoin de la
vitesse, et pour arriver à cette vitesse il y a eu beaucoup de travail préalable pour obtenir une composition équilibrée, un ordre
constructif, dans lequel la coïncidence a besoin d'être disciplinée. C'est pourquoi je peux parfois développer les contradictions dans une image de telle manière que l'image se réconcilie avec sa propre réalité et qu'en même temps elle repousse et attire le spectateur. C'est quelque chose qui domine mon travail depuis quelques années. [1] R.C. Kwant. De stemmen van de stilte. Merleau-Ponty's analyse van de schilderkunst. 1966 Hilversum/Antwerpen, p. 34-38. |
* Grandes
Kennes
Route aveugle
La conjuration
Ce rêve
La
promenade
Le fils perdu
L'ensorcellement
Mémoire figée
L'équilibre
de |
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Galerie 2016 &
Mira, Rue
des Pierres 16,1000
Bruxelles |
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Du mercredi au vendredi 14-18h, samedi et dimanche
11-18h. |
| Exposition du 6 avril au 18 mai 2003. |
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L'interview
complet ici, une mine d'enseignements que dicte la passion.
Biographies et expositions de Marc Kennes |
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