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LA LETTRE MENSUELLE |
| Marc
Kennes et Vera Lewijse parlent d'art et de ce qui le fait. Mai 2003 Marc Kennes, les archétypes de la mémoire. L'interview complète, ou comment une oeuvre naît. |
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La
première grande influence A-M: Vous souvenez-vous de la première peinture qui vous a réellement bouleversé? Kennes:: J'ai commencé à peindre quand j'avais douze ans à
l'école du soir, sous l'influence de ma mère. Oui, c'était de Van Gogh, 'Le
champ de blé aux corbeaux noirs'. Une de ses dernières œuvres, à la fin de sa vie. A-M : Pourquoi ? Kennes: J'avais
surtout le sentiment que l'artiste devait être incroyablement
blessé. Le sentiment intuitif que cette
peinture parlait de la fragilité de l'humain, de la fragilité de
l'existence. Cette toile parle d'amour. A-M: Ces corbeaux noirs, cette menace dans la toile, les couleurs et l'expression, cela correspond à votre sensibilité? Kennes: oui, ce qui est intuitif,
ce qui est derrière la surface. A
l'école du soir, et pendant les humanités, l'enseignement étaient très orienté
vers le classique. Cela a duré très longtemps
avant que je n'entre en contact avec l'art véritable. On en parlait peu, c'était surtout
académique, technique, approché du point de vue technique. Je dois aussi
beaucoup à Bonnard en ce qui concerne la composition. Aucun lien avec l'art... pas de livre sur
l'art. Cette peinture de Van Gogh m'a
ouvert un monde nouveau. A-M: L'art véritable, qu'entendez-vous
par là
? Kennes: C'est quand vous devenez conscient du contenu et que
vous faites une différence entre ce que vous voyez et ce qu'il y a
véritablement... Seulement alors
pouvez-vous commencer à parler d'art. On parlait beaucoup de Wouters à Malines, il est de là. Au sujet de son emploi de la couleur. Mais on
ne faisait jamais le lien avec l'époque dans laquelle cela était peint. A-M:
Oui, je remarque que chez les jeunes étudiants
il y a une lacune dans la connaissance du passé. Ils ne réalisent pas comment nous sommes
arrivés à aujourd'hui, ils ne voient pas l'importance de connaître nos
prédécesseurs pour comprendre comment les courants de pensées nous sont
parvenus. Ils reconnaissent donc à
peine les références dans l'art actuel aux artistes du passé. Pour cette raison ils ont souvent des
difficultés à
comprendre les Primitifs flamands, trop
chargés, trop
grandiloquents,
disent-ils. Kennes:
La formation de seize années d'académie joue un
rôle important et le fait d'avoir analysé les classiques.
Pour certains artistes cela n'a pas
d'importance, mais pour moi si. La
technique de travailler couche par couche, en transparences!. La fonction de la couleur A-M: Est-ce que vous employez la couleur comme
support d'émotions, comme support de signification comme p.e. Vermeer, qui
avait une préférence pour le jaune pour donner une connotation d'adultère, de luxure
etc.? Dans les toiles que vous exposez
aujourd'hui apparaît un petit personnage, éclairé dans un contexte sombre et
qui est souvent accentué d'une couleur verte délétère. Kennes: En fait, c'est un hasard, et quand même pas un
hasard. Je n'emploie pas le vert comme
le faisaient les expressionnistes, avec une fonction, pas le vert pour
magnifier la donnée émotionnelle. J'emploie la couleur comme un facteur qui
soutient la composition qui elle-même supporte la peinture. Par l'emploi d'un vert venimeux contre le
rouge vous obtenez une distanciation. La propriété intrinsèque d'une couleur est subalterne. Dans Le rêve, avec la mère en bas à gauche, je ne l'emploie
pas comme élément expressif. A-M:
Automatiquement, de par votre expérience, vous allez pouvoir employer les
éléments de composition qui transmettent l'émotion. Vous ne devez donc plus y
réfléchir
? Kennes: Non justement, en y pensant longtemps. Souvent le travail existe déjà depuis un an dans ma tête et il change pendant la réflexion et de nouveau pendant l'exécution de la peinture. C'est un processus d'une demi-année à un an pour qu'une toile prenne sa forme. Cela à l'air spontané mais
c'est très contrôlé. C'est un hasard
contrôlé. Ce qui est très important par rapport à l'emploi de la couleur, c'est
la qualité du pigment. Vous n'obtenez
jamais un rouge profond avec un pigment d'Académie, vous avez besoin d'un pigment
de qualité A-M:
Merleau Ponty [1] raconte que un jour on a filmé Matisse
peignant et en qu'on a ensuite projeté le film au ralenti. C'était une danse devant la toile, une
succession d'hésitations et de décisions, un dialogue entre l'exigence de
l'image qui naissait sur la toile et l'exigence de la peinture qui existait
dans la tête du peintre. Kennes: Ah oui, la petite figure dans Le rêve...
Au début il y avait une tout autre figure sur la toile, ce n'était pas mon intention de la
mettre comme ça. Vous avez bien autre
chose en tête mais cela ne sort pas comme vous l'aviez pensé. Ici, le rouge adoucit la toile, c'est un élément
romantique qui changeait en travaillant. A-M:
Dans Le Rève, la femme avec l'enfant, à gauche
en bas, est un obstacle sur les
rails. C'est aussi l'introduction dans
la toile et un frein, elle empêche le
spectateur de disparaître dans le lointain, emporté par le combat qui se
déroule sous la lumière de la lanterne. Kennes:
Une
peinture ne peut pas avoir l'air lourde, massive ou lasse, elle a besoin de la
vitesse, et pour arriver à cette vitesse il y a eu beaucoup de travail préalable pour obtenir une composition équilibrée, un ordre
constructif, dans lequel la coïncidence a besoin d'être disciplinée. C'est pourquoi je peux
parfois développer les contradictions dans une image de telle manière que
l'image se réconcilie avec sa propre réalité et qu'en même temps elle repousse
et attire le spectateur. C'est quelque chose
qui domine mon travail depuis quelques
années. La peinture comme nécessité A-M: A quel
point la peinture est-elle pour vous indispensable
? Kennes:
Pourquoi
peindre est une nécessité vitale ? C'est
une obsession dans laquelle la concentration est d'importance capitale pour
conserver mon équilibre mental. Ce qui
est aussi important c'est que par l'analyse et la compréhension des grands
peintres classiques je peux exprimer mes propres expériences avec une plus
grande intensité. A-M:
Vous voulez dire qu'en étudiant les sujets et
par l'analyse de la technique du passé vous arrivez à mieux comprendre votre
problématique à vous et que cette analyse vous a donné le moyen de mieux exprimer
vos sentiments
? Kennes:
En approfondissant l'analyse, mes peintures
figuratives naissent de l'abstraction. En
outre ce n'est pas la rapidité des tendances successives qui font l'art mais la rapidité avec laquelle
on peint. A-M: Ceci peut être compris de deux manières: la
rapidité de l'exécution d'une peinture, la rapidité de l'époque dont la raison
est alors la rapidité de la société?
Est-ce que la peinture est trop lente pour notre société
? Kennes: Oui, en effet, la peinture est peut-être trop lente
pour la société et dans ce cas vous devez
comme beaucoup d'artiste travailler avec un ordinateur... En fait je
peins très vite même si je travaille des mois à une peinture.
Penser exige du temps. Technique A-M: Votre technique est très difficile à analyser.
Je ne l'ai pas encore rencontrée chez un autre peintre. La façon de travailler la peinture. Ca ressemble à l'acrylique, parfois très
lisse puis plein de matière. Et quand même vous n'employez uniquement que la peinture à l'huile. Vous peignez toile sur le sol, pas debout
devant votre chevalet, en couvrant la toile avec une dizaine, une vingtaine de
couches. Et le spectateur ne voit que la
couche finale ...? Kennes: Exactement, de là le mysticisme dans mon oeuvre, le
caractère des couches se fait un chemin vers la surface. Je suis obligé de travailler à plat à cause
du poids de la matière. Pas pour le 'dripping effect' d'un Jackson
Pollock par exemple. Cela donne une plus
grande liberté à la métamorphose de l'image elle-même, parce que si vous restez
trop longtemps debout devant l'image, vous restez accroché à l'image elle-même
et vous n'osez plus rien changer. A plat
par contre, vous obtenez une autre vision sur votre travail.
On est toujours entre le chaotique et le contrôlé. A-M:
Comment commencez-vous une peinture
? Kennes: De manière
très abstraite, très chaotique. Je sais
bien à peu près comment le résultat doit être, quel est mon monde... cela n'apparaît pas à la première
couche. Au travers de différentes
couches la figuration prends l'essence, à la base 80% est de l'abstraction, 20%
est l'élément figuratif. Et pourtant
j'y mets qui va apparaître. C'est
délicat, car vous pouvez aussi tout foutre en l'air. Finalement, c'est à la
dernière étape que les idées prennent forme de par cette concentration intense
à travers plusieurs couches transparentes pour finalement arriver à la force
narrative de ce qu'il y a dans ma tête. La narration dans la peinture A-M: D'où
viennent ces voies de train
? C'est un
nouvel élément dans votre travail. Kennes:
Dans mon oeuvre récente la mystique fait
surface. C'était toujours présent mais
les dernières années cela se précise.
Les voies sont une partie de ma vie.
J'habite à proximité d'une gare et cela peut être également un début, ou
une fuite, ou une gare terminale. A-M: En même
temps ils peuvent être chargés inconsciemment d'une plus grande
signification. Chez Delvaux on a vu ça
également, cette obsession des voies ferrées.
Y a- t-il un parallèle
? Kennes: Non, c'est autre chose, moins Delvaux, plus
Munch. C'est arrivé par hasard. Si, un soir par une froide soirée d'hiver,
vous rentrez dans la pluie à la maison, cela peut créer une atmosphère
insolite. Quelques lumière... des gens sous une pluie maussade. J'y ajoute quelques éléments personnels. A-M: Les
petites toiles allongées, La route vers
B et Le pont de B sont tout à fait
différentes, de format et de rayonnement. Kennes: J'en ai tiré l'association de moi-même enfant, le
long de la voie ferrée de Boom, d'où je suis originaire. C'est tout à fait autre chose
évidemment. C'est mon point de départ et
cela évolue de plus en plus vers une approche intellectuelle. Je veux dire, que pour moi une peinture n'est
généralement pas comme pour les expressionnistes, une pure impression chargée
de sentiments, au contraire. C'est une approche plus réfléchie. En y travaillant longtemps
je me dirige vers une métamorphose assidue de l'image. Vous pourries pendant
mon travail faire cent photos – je devrais le faire une fois – vous verriez
toujours une autre histoire ou une autre expérience apparaître. C'est a peu près comme naître et mourir dans
une seule peinture. Mais j'y meurs
chaque fois également. C'est inévitable. A-M: Finalement pour vous, l'art sublime la distance entre les impulsions, entre la tristesse et l'équilibre mental. Le sentiment devient par la peinture quelque chose de très tactile. C'est une sorte de combat que vous gagnez, un nivellement, une intellectualisation de l'expérience de la dualité entre les impulsions, l'esprit et la vie normale ? Kennes: Avant c'était autrement. Je n'avais pas la possibilité d'y plonger techniquement si profondément. C'est une des choses difficiles, d'abord acquérir une personnalité, évoluer, et ensuite découvrir la technique pour façonner la peinture qui va pouvoir traduire ce que je veux dire, cela aussi devait évoluer. Cristallisation interne et externe d'un procédé. Ce n'est pas facile. A-M: Quand je regarde vos peintures, je vois trois
niveaux; le spectateur devant la toile, le personnage qui tourne le dos au
spectateur, le monde à l'arrière–plan, où dans la profondeur se déroule
l'histoire. Je marche sur les voies et
je bute sur un personnage qui bloque tout, comme dans 'La conjuration', c'est tout à fait passionnant. Kennes: C'est
presque comme voir un opéra. Un effet
filmique, théâtral. C'est
l'émerveillement qui regarde. A-M: Dans 'Grandes espérances', une composition triangulaire, à gauche en bas il y a une présence mystérieuse, menaçante, aussi à gauche au niveau intermédiaire qui semble chassé la figure centrale. Cette figure possède quelque chose de la force indéfinissable d'un vaisseau spatial humain. Y a t'il un message dans votre oeuvre, conscient ou inconscient ? Kennes: Je ne suis pas quelqu'un comme p.e. Frank
Mahieu. Frank est beaucoup plus
critique envers la société dans ses sujets. Chez moi c'est beaucoup plus sous-jacent. Pas tellement appuyé. Je laisse le spectateur réagir à
l'image. Je ne suis pas intéressé à
raconter une histoire. L'image en soi a plus d'importance, je ne veux surtout
pas être moralisateur. A-M: Et quand même quand j'entends les réactions
des gens, ils sentent l'histoire, ils ne peuvent pas paraphraser l'histoire
mais ils sentent bien la forte dramatique qui est présente dans ton oeuvre. Kennes:
Il y a
tout un matériau autobiographique. Il
s'agît beaucoup de l'amour mais il faut le saisir sous l'apparence. Cela a
été également la dramatique de Van Gogh, qu'il s'agit d'amour. Mais c'est le spectateur qui est en retard de
cent ans ou qui ne comprend pas encore qu'il s'agit de cela. A-M: Ou du manque d'amour. La naissance de votre fille et l'influence
sur votre travail
? Kennes: Oui cela a eu une influence, une influence positive
en ce sens que je peux me libérer de mes anciennes idées et dogmes. Cela me délivre et me rend plus libre dans
ma manière de penser et de travailler.
Avant il y avait des sentiments coincés qui de toute évidence
étaient difficiles à changer. A-M: Est-ce que ça veut dire qu'une petite fille comme cela, qui est une part de
vous, déplace le centre du monde
? Kennes: C'est un élargissement, une expérience
fantastique. Pour mon travail c'est
également une libération. Avant j'ai eu
beaucoup de relations qui m'étouffaient. Et cela se reflète dans mon travail.
Le contenu reste plus ou moins le même, mais c'est peint d'une manière
plus ouverte. A-M: J'ai entendu des visiteurs faire des remarques
sur la pétomanie dans vos peintures. Expliquez un peu.... Kennes: En fait cela a une signification symbolique, Ensor
aussi emploie souvent la même métaphore.
Il s'agit de la stupidité de certaines personnes. Du manque de sensibilité dans notre sociéte.
C'est une puissante expression
visuelle d'une émotion. La place de la peinture A-M: Parlons
de la peinture contemporaine. Les papes
actuels de la peinture, un peu à la manière des Salons des infaillibles du
19ième siècle, décident qui a droit de cité ou pas. Et comment se fait-il que la peinture se
trouve oppressée? Kennes:
Une
raison: la peinture est un 'business like
another'. Il y a beaucoup d'argent à gagner. C'est purement de
l'investissement, c'est quelque chose qui appartient aux 'happy fews'. Tu en fais
partie et tu est hautement apprécié ou tu n'en fais pas partie. Jadis, il y avait un mouvement de
contre-courant. Tu avais le Salon des
Réfusés, on s'en moquait aussi mais ils avaient des bon critiques, des
défenseurs, des sponsors parmi eux.
Entre autres Emile Verhaeren, ami d'Ensor, Camille Lemonnier. Les mouvements nouveaux avaient leurs
journaux, on les soutenait et c'était différent d'aujourd'hui, il fallait avoir
du talent pour arriver au sommet. Maintenant, tout le monde peut s'appeler artiste. Heureusement il y a
toujours en Belgique des collectionneurs qui ont l'oeil pour la peinture grâce
à leur sens de l'esthétique, à leur sensibilité. Si comme peintre tu n'a pas une valeur marchande,
tu ne comptes pas. C'est bien dommage qu'il n'y
pas un puissant contre-mouvement qui s'oppose au 'meanstream' actuel. Il y a
en Belgique beaucoup de gens qui travaillent et qui font de l'art de
qualité. C'est devenu tellement
individualiste. Tout doit être
minimaliste... A-M: Mais d'où vient cet énorme succès des arts médiatiques? D'accord, nous vivons dans une société de
media – une mentalité de prêt-à-jeter. Mais on achète une peinture parce qu'on s'y
sent bien, on l'emporte pour la regarder, pour l'accrocher et jouir de sa
présence sur un mur. Je ne me vois pas
trimballer une installation vidéo pour la placer dans mon living et la regarder
chaque jour.
Même l'art est devenu à
jeter, la plupart des gens visitent une exposition, la regardent
et puis l'oublient. Kennes:
C'est pour ça que je
peins. Je ne veux pas participer à la superficialité
de notre société. Sinon je ferais aussi
des installations, ça marche bien sur le marché. Je n'ai rien contre les nouveaux media mais
vous devez avoir quelque chose à raconter. Et cela manque souvent. C'est
trop souvent employer le medium parce qu'il est 'in'. Une personnalité artistique se trouve freinée quand elle se laisse influencer par
les tendances qui dominent notre société, et surtout la peinture. Cela affaiblit et endort le sens critique et
cela nie tout ce qui fait d'un individu un artiste libre de sa manière de
penser et conscient de lui-même. A-M: Vendre – dire adieu à une toile, à laquelle on
a tellement pensé, travaillé. Kennes:
Parfois
c'est difficile, parfois non. Quand je
sais où elle va aller ce n'est pas trop difficile. Si je ne sais pas, c'est plus dur. A-M: Donc vous ne savez pas toujours qui a acheté
votre toile
? Kennes: Non, c'est un sujet délicat. A-M: Est-ce qu'une peinture est comme un enfant
? Kennes:
Un
enfant coûteux, mais d'une importance vitale ! Non, je ne le vois pas comme faire un enfant. Je ne peux pas être autrement qu'être peintre. A-M: 'La route aveugle'. La peinture à l'état
pur. Rien que l' ambiance.
J'éprouvais un véritable soulagement à la
regarder. Il y a tellement d'espace du
fait de l'absence de détails suggérant la présence d'êtres humains. Ca ressemble à une vue aérienne d'une grande
ville, plein de petites lumières et de mouvement. Kennes:
C'est la
cristallisation d'une expérience. Pourtant il y a une histoire derrière.
Sur le côté droit il y a une inscription en braille à droite au-dessus
: Le chemin aveugle. Un aveugle ne peut pas voir les couleurs de
la peinture mais il peut bien la sentir à la facture de la toile. Nous pouvons la voir mais nous ne savons pas
la lire. En fait c'est une toile très
intellectuelle qui fonctionne dans plusieurs directions.
Il y a tellement d'histoires dedans que je ne
peux pas l'expliquer, sinon je serais écrivain. A-M: Avez-vous été confronté avec des gens
aveugles
? Kennes:
J'avais
un contact intense avec un oncle aveugle à qui j'allais apporter toujours à
manger et que j'allais aider. Il devenait fou à la fin de sa vie, il me disait
bonjour et commençait immédiatement à penser à haute voix, à raconter ses
hallucinations, son monde intérieur.
Parfois une heure durant et moi j'écoutais... Aussi L'équilibre de la mémoire traite ce sujet. C'est l'aveugle qui avec une échelle se bat contre les éléments, tout à fait fou. La tourmente dans la vision intérieure d'un aveugle. A-M: Vous travaillez aussi avec une galerie en Suisse, la filiale de la
galerie à Bruxelles où vous exposez actuellement. Est-ce qu'il y a là-bas une approche sensible
d'un artiste, de son travail
? La Suisse
est quand même assez traditionnelle dans sa manière de penser, c'est par
exemple le dernier pays où les femmes ont reçu le droit de vote. Kennes: On y est plus sensible pour ce qui est classique, pour la tradition, un peu comme en Hollande, c'est leur côté calviniste qui transparaît. Par exemple Mémoire figée, qui est violente dans l'emploi des couleurs avec des rouges intenses et vibrants cela effraie les gens en Suisse. C'est trop violent, trop chargé. Ils n'aiment pas. Ils aiment les paysages facilement accessibles, des couleurs modérées etc. L'art belge vient de plus profond. Il vient d'un passé et va vers l'extérieur, pas le contraire. A-M: Donc,
vous devez peindre pour le marché, adapté à votre public
? Kennes:
Non, je ne commence pas avec ça. Que dois-je faire alors ? Des paysages dans les couleurs des rideaux
pour pendre au-dessus du dressoir ? A-M: Non, de préférence pas. Votre travail est plein d'archétypes. Il fait appel à la mémoire collective, aux
angoisses et attentes. Je trouve que
c'est un superbe travail à regarder, qui donne à penser, et à emporter à la
maison
! Merci pour votre temps et votre sincérité. [1] R.C. Kwant. De stemmen van de stilte. Merleau-Ponty's analyse van de schilderkunst. 1966 Hilversum/Antwerpen, p. 34-38. |
*
Grandes
Kennes
Route aveugle
La conjuration
Ce rêve
La
promenade
Le fils perdu
L'ensorcellement
Mémoire figée
L'équilibre
de
|
|
Galerie 2016 &
Mira, Rue
des Pierres 16,1000
Bruxelles |
|
Du mercredi au vendredi 14-18h, samedi et dimanche
11-18h. |
| Exposition du 6 avril au 18 mai 2003. |
| Biographies et expositions de Marc Kennes |
Copyright © 2003 Mémoires et Vera Lewijse.
© Marc Kennes pour les oeuvres.
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