LA LETTRE MENSUELLE

Un livre sur Jérôme Bosch, présenté par Vera Lewijse.  Avril 2003 
 
  'Jheronimus Bosch. De verlossing van de wereld
.'
   (Jérôme Bosch. La délivrance du monde),
par Paul Vandenbroeck.

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Jheronimus
van Aken (ca.1450-1516) alias Jheronimus Bosch[1], nom d'artiste qu'il s’était choisi, est le seul artiste qui parvint à une autonomie artistique incontestable dans les Pays-Bas, et cela en outre dans une ville sans grande tradition culturelle[2].

Les données sur la vie de Jeroen Bosch sont très rares et nous disent peu de l'homme lui-même.

Paul Vandenbroeck a exploré  intensément pendant des années l'iconographie  et le monde spirituel de Bosch. Il perpétue la ligne de recherche de ses prédécesseurs comme Roger H. Marijnissen[3] et de Dirk Bax[4] qui par leur travail ont soulevé un petit coin du voile qui entoure l'œuvre mystérieuse de Bosch.

Le point de départ de Vandenbroeck est aussi simple que complexe. Il place l'œuvre de Bosch dans son contexte social, -pour lequel il était produit, d'ailleurs -, il plonge dans l'idéologie, l'idiome du langage de jadis, et il explore l’accueil de cette oeuvre dans l'environnement de Bosch. En résumé, une approche historio-anthropologique.  Une partie de ses recherches pour cette publication ont été publiées e.a. chez Epo en 1987, dans l'annuaire du Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers[5], et dans le catalogue de l'exposition Bosch au Musée Boijmans-Van Beuningen à Rotterdam[6].

Vandenbroeck  nous présente la clé pour une approche nouvelle et ouvre le monde cryptique de Bosch, clé qui nous permet d'interpréter l'œuvre de ce peintre énigmatique et fascinant.

La première partie du livre se concentre sur les valeurs et les normes du 15ième siècle. Elle explore la vue sur ce temps et les commentaires qu’en fait Bosch dans ses peintures, la manière dont il traite la marginalité, l'humanisme, la moralité et la foi. De même, la pensée économique vers 1500 autant que la personne de Jheronimus Bosch et son milieu culturel y sont analysés.

La deuxième  partie nous explique le folklore, le jargon, la satire et le symbolisme de Bosch.

Les rituels des fêtes, l'iconographie profane, les rites de la folie et la culture citadine trouvent ainsi leur sens dans l'œuvre de Bosch.

La troisième partie est consacrée à un aperçu thématique de l'œuvre.

Pour donner  un avant-goût du livre, j'ai choisi comme exemple l'exposé[7] que nous donne Vandenbroeck, de l'iconographie de la peinture "Le réparateur de soufflet".

C'est une oeuvre perdue, dont il existe un copie, huile sur toile, ca 1560, d'après la composition de Bosch, au Musée des Beaux-Arts de Tournai.

Nous y remarquons : une vieille femme habillée de vêtements rapiécés, une canne, un rosaire dans la main, des chaussures en bois au pied. Elle prononce, selon l'épigraphe, les mots suivants : Meester soe bid ick voer my(n) nicht/ haer blaasbalck en is niet dicht"  (Maître, je vous prie pour ma nièce, son soufflet n'est pas fermé). 

Derrière elle se trouve une religieuse, tenant un soufflet dans les mains, devant elle on remarque un enfant qui a une saucisse dans la ceinture, un moulin dans la main gauche, l'indice de la gloutonnerie et de la stupidité. L'artisan répond: Dit alde ler is droch en verrompen/Ick en bins niet lech te verpompen. (Ce vieux cuir est sec et ratatiné, je n'ai pas le temps de m'en fatiguer).

La cage à oiseaux peut avoir une connotation sexuelle. Le hibou, en haut à gauche, symbolise la photophobie, donc la méchanceté. La carte sur la table est un indice de la vie débauchée et dépensière, le chien sous la table, de l'avidité et de la lascivité.

Cette thématique fait part d'une totalité beaucoup plus vaste. Les humanistes de la première heure attribuaient une malveillance profonde aux vieilles femmes. Ainsi constate-t-on dans les stéréotypes littéraires et folkloriques une haine pour la femme âgée.

Cette œuvre en particulier est une figuration qui critique vivement la luxure et l'agression.

A partir d'une idéologie hostile à l'assouvissement du désir, plaidant pour la maîtrise  des instincts et de la passion, la femme infertile mais toujours demandeuse de plaisir sexuel était sévèrement condamnée.

La morale sexuelle officielle considérait l'accouplement comme légitime s’il avait la procréation comme but. L'œuvre de Bosch rayonne de cette idéologie.

La mise en scène qui présente les deux femmes comme des êtres stupides, hypocrites et lascifs, pauvres et ridicules (les vêtements rapiécés sont typiques du travesti du mardi gras) et qui supporte la morale de l'histoire est claire : les femmes âgées doivent êtres chastes et sans désir sexuel, sinon elles méritent d'être raillées et moquées.

Vandenbroeck non seulement analyse et explique, mais il confronte l'œuvre et la thématique dans les peintures de Bosch avec l'iconographie et le langage des peintres contemporains.  Ainsi il ouvre ce monde mystérieux et hermétique et offre au lecteur une compréhension de l’univers de Jheronimus Bosch.

Il s’agit d’un ouvrage scientifique, mais qui reste très lisible et accessible pour le lecteur non académique. Il comporte 430 pages, avec une bibliographie et un appareil critique clair et élaboré. Egalement 60 illustrations en noir et blanc.

Il n’existe actuellement qu’en néerlandais mais l’importance et la qualité de la recherche méritent l’attention.

L'illustration de la couverture est le volet fermé de 'La création du monde'  du triptyque  'Le jardin des délices' 1480-1490, huile sur panneau 220 x 195 cm, Musée Nacional del Prado, Espagne.


[1] Toutes les données concernant la personne Bosch et sa famille sont rassemblées dans Van Dijck G.C.M.,  Op zoek naar Jheronimus  van Aken alias Bosch;  De feiten: familie, vrienden en opdrachtgevers,1408 -  ca 1635.  Zaltbommel 2001..

[2] Vandenbroeck 2003, p.11

[3] Marijnissen R. &  Peter Ruyffelaere, Hiëronymus Bosch, Antwerpen, 1987.

[4] Bax a publié diverses études sur Bosch entre 1943 et 1983, entre autre  Jeroen Bosch.  His Picture-writing deciphered. Trad. du Néerlandais pas M.A. Bax-Botha, Rotterdam 1979.

[5] Vandenbroeck P. , 'Jheronimus Bosch' zogenaamde Tuin der Lusten. I. in: Jaarboek Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen, 1989, p.9-210.

 Vandenbroeck P., 'Jheronimus Bosch' zogenaamde Tuin der Lusten . II.  De Graal of het Valse Liefdesparadijs. In Jaarboek Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen, 1990, p. 9-192. En outre dans les annuaires 1981, 1984, 1985, 1987.

[6] Vandenbroeck P., Jheronimus Bosch: de wijsheid van het raadsel.  In: Jheronimus Bosch., Rotterdam-Gent, Museum Boijmans-Van Beuningen/Nai/Ludion, 2001.

[7] Explication dans le livre page 87-92

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Première de couverture

 

 

 

 

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Le jardin des délices

 

 

 

 

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Le réparateur
de soufflets

 

 

 

 

 

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La nef des fous

"Jheronimus Bosch. De verlossing van de wereld", de Paul Vandenbroeck, 
professeur à temps partiel à la K.U.L, (Université Catholique de Louvain), département Anthropologie ; 
attaché scientifique au Musée des Beaux-Arts d'Anvers. 
Ed. Ludion-Gent Amsterdam - ISBN 90-5544-362-x.
P
rix de vente 39,50 Euro.

Copyright © 2003 Mémoires et Vera Lewijse. 

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