LA LETTRE MENSUELLE

Un parfum d'ambiance et de remarquables fragances.  Avril 2003 
   TETAF Maastricht : Splendeurs et magnificence :
  
Simone de Voirbeau nous raconte la foire et ses secrets.
 

 

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Peintures et objets d’art ancien, moderne et contemporain, mobilier, joaillerie, arts décoratifs, il faut être sans goût (ou fauché) pour ne pas trouver son bonheur à la foire de Maastricht.

Complets marine, marche rapide, l’air vigilant, un groupe de 5 ou 6 hommes descendent l’escalier pour rejoindre, dans le hall d’accueil, celui qui semble les diriger : «…both of you to the enter and all of you with me, on the inside…”. Tous s’exécutent sans broncher. Le service de sécurité est en alerte maximale. Et pour cause: la valeur inestimable des trésors réunis par la TEFAF (The European Fine Art Fair) pourrait donner certaines idées à plus d’un.

Pragmatique :

Quoi qu’en disent certains, l’organisation «germanique » comporte certains avantages dont, notamment, l’agencement des stands, particulier à la Tefaf.

Il se décline en 3 quartiers principaux:
- les antiquités et objets d’art,
- la peinture, les dessins et les
  gravures,
- l’art moderne
Un quatrième quartier que l’on pourrait qualifier de « business », réunit les sponsors, la presse et un restaurant

Règne une ambiance feutrée, mais affairée, traduisant ces moments ultimes qui précédent l’ouverture de toute grande manifestation.

La dernière équipe de techniciens s’active encore autour d’étonnantes parois qui bordent le passage débouchant sur « La Place »: deux murs de roses bigarrées « à la Van Rysselberghe », mais dont la palette relèverait plutôt de nos chers fauves brabançons. C’est dire que nos voisins du Nord aiment la quadri… Au pied de ces murs, un filet d’eau, dont les reflets animés par un jeu de lumières blanches, dessinent de fines vagues ondulant doucement sur le plafond voûté.

Nous y voilà. Place de la Concorde, articulation principale de ce puzzle composé de loges au contenu "alibabesque", de confortables allées et de bistrots rafraîchissants.

Direction “Modern Art”. 
Un couple déambule le long des « Champs Elysées ». Nomades de luxe, ils parcourent en jet privé les principales foires mondiales d’art et d’antiquités. Aiment-ils l’art ou souhaitent-ils concrétiser un investissement ? Peut-être conjuguent-ils l’un et l’autre.

Habile :

Digne d’un compromis « à la belge » ! Pour contenter tout le monde, les noms choisis pour les places et les allées proviennent des principaux pays dont sont issus les acteurs et visiteurs de cette foire : Champs Elysées, Trafalgar Square, Grote Markt, Domplatz, Madison Avenue, Rembrandt Plein… »

L’homme, nécessairement élégant, chuchote à l’oreille de sa muse, nécessairement assortie, en pointant de son doigt ganté la direction de la galerie Richard Green. « Un marché de nuit » traité dans un clair-obscur époustouflant, peint par Petrus Van Schendel, y est exposé.

Savoureuse…

…la mise en vedette d’un artiste tel que Georges Grosz. Quand on sait son engagement à combattre, à travers son art, certaines couches sociales dont au moins deux sont représentées en nombre à la Tefaf et la troisième est au cœur de l’actualité : la bourgeoisie « qui continue à s’accorder sans gêne ses plaisirs en temps de guerre », les capitalistes « qui tirent profit de tout, même de la misère et de la guerre » et les militaires « qui poussent à la guerre ». Shocking, isn’t it ?

Non loin de là, l’une des œuvres « vedettes » nous est présentée par la Dover Street Gallery de Londres. « Brindisi » , traduisez : «A votre santé ! », de Georges Grosz (1893-1959). Une composition peinte au « vitriol », montrant trois personnages (le bourgeois, le capitaliste et le militaire), symboles d’une société vilipendée par Grosz. Réalisée en 1921, l’œuvre se révèle …capitale parce que s’inscrivant dans un tournant de l’évolution stylistique du peintre, entre futurisme et réalisme caustique.

De marchands en galeries, de joyaux en trésors, un « mal » stendhalien nous prend. Trop de beautés, trop d’esthétique : Sisley, Monet, Van Dongen, Evenepoel, Permeke, Schielde, Toorop, Da Silva, Magritte, Bacon. Quelle Palette ! Ouf, un banc. Reprenons nos esprits.

Le calme retrouvé, nous basculons alors vers l’ouest, catégorie « peintures, dessins, gravure ». Les visiteurs se font plus nombreux, les « vendeurs » s’activent car ce ne sont pas  de badauds dont il s’agit. Non. Les yeux fiévreux, tels des junkies qui n’ont pas eu « leur dose », les collectionneurs  avides et passionnés auscultent les toiles, à la recherche d’une énième rareté, laquelle viendra augmenter leur tableau de …chasse.

Pas de soucis, cette année encore, malgré un léger tassement, le bastion des Maîtres anciens demeure inattaquable… malgré un lobbying redoutable de …la coalition.

Jordaens, Teniers, Giordano, Breughel, De Momper sont au rendez-vous. Le British Museum s’est d’ailleurs porté acquéreur du « Retour de l’ivrogne » signé par Pieter Brueghel

Quant à Rembrandt, l’un de ses dessins proposé par David Tunick, représentant le christ dans le jardin des oliviers (l’agonie), a conquit le cœur du plus jeune acheteur jamais recensé en ces lieux …un enfant de 13 ans.

Passage rapide Odeonsplatz et Place Vendôme. Au menu « Antiques & Works of Art », nous relevons une découverte spectaculaire d’un marchand munichois : un service à dessert en porcelaine de Meissen, décoré de chinoiseries et datant du 17-18ème siècle. La galerie italienne Kurt Spirit expose un christ en « colonne » en albâtre attribué au Maître de Rimini, moitié du 15ème siècle et le Dr Gunther établit à Hambourg propose un psautier qui aurait été façonné vers 1275 dans l’Evêché de Tournai d’une originalité et d’une qualité rares.

13 ans, l’âge où l’on tapisse les murs de sa chambre d’éphémères icônes… en papier glacé. Certes, Brahm n’est pas un petit Poulbot.

N’empêche que ce petit new-yorkais a réservé l’argent récolté de sa bar-mizvah pour cet achat singulier. Il eût pu aussi le consacrer à l’acquisition du dernier Mac « vingt-quatre carats »

Influence d’une certaine autorité parentale ou passion précoce pour l’art ?

Bien entendu, tous ces chefs d’œuvres sont l’apanage de marchands ou galeries qui comptent parmi les plus illustres de ce bas monde.

En dépit d’un contexte économico-politique on ne peut plus défavorable, de la fréquentation de la Tefaf en baisse de quelque 13% (65.000 visiteurs), les ventes demeurent, paraît-il, encourageantes (montant total des ventes/nombre d'acheteurs)

Mais combien pensez-vous qu’ils aient dépensé pour cette seule foire, ces acheteurs? Qu’importe ! Mais au chiffre que vous pouvez imaginer, ajoutez certainement quelques petits zéros...

Simone de Voirbeau          

Ne participe pas à la Tefaf qui veut. Seuls sont « invités » les exposants « triés sur le… chevalet»  par le Comité de direction. 
Pour cette participation, il en coûtera aux heureux élus la modique somme de 30 à 40.000 euros tous frais compris...

La discrétion est de mise quand il s’agit du montant des transactions et de l’identité des clients.  Et ce marchand de se mordre les doigts pour avoir transgressé ce motus vivendi. Il s’est vu retourner un masque vendu à un collectionneur pour la somme de 100.000 dollars. L’information, divulguée par la presse sur fond de polémique (indécence du montant dans un contexte de crise) a effrayé l’acquéreur qui n’a pas supporté les critiques exercées à son endroit.

Les coups de cœur d’Art-Mémoires
S. de V.

Balayer d’un coup de plume ce que les plus grands maîtres ont « brossé » de milliers coups de pinceaux ressortirait de la plus haute inconvenance. Notre choix, ciblé sur deux peintres belges du XIXème, relève d’une impression délicieusement envoûtante…

 ** « La cuisinière »
Imperturbable dans son travail, se serait-elle imaginée, un seul instant, conquérir le cœur de tant de prétendants? D’un rouge flamboyant, sa robe, en partie cernée d’un modeste tablier noir, anime l’espace sombre renforcé par quelques rares zones claires… La cuisinière, née du pinceau de Henri EVENEPOEL, est présentée par la galerie parisienne Berès.

H. EVENEPOEL (1872-1899)
Issu de la haute bourgeoisie bruxelloise très cultivée, Evenepoel est formé par les académies de Bruxelles et de Saint-Josse-ten-Noode. Il séjourne ensuite à Paris où il suit les cours de Gustave Moreau chez lequel un certain Matisse se distingue déjà. Il croque sur le vif des scènes de la vie parisienne avec une aisance insolente. Evenepoel, dont le génie dominera la peinture belge de cette fin de 19ème siècle, s’imposera très rapidement dans l’art du portrait où il parvient à faire transparaître les émotions qu’inspirent les personnages représentés.

Il traite les sujets, à ses débuts, d’une manière réaliste à la Manet qu’il admire et puise dans l’impressionnisme son esprit, sa fraîcheur et sa spontanéité. Il développe ensuite un art proche du fauvisme dont il deviendra l’un des ténors.

L’artiste, de santé fragile sera emporté par la maladie. Alors qu’il ne compte à ce moment que  27 printemps. Alors qu’il avait déjà intégré et devancé la problématique picturale de son époque. Alors qu’il était sur le point de participer à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

Côte moyenne du peintre : 20.000 euros

 ** « The elegant lady »
De l’autre côté de ce village fastueux, une élégante parisienne paraît se détourner de ce qui nous occupe. D’un père plus discret que notre Henri, elle captive tous les regards par la délicatesse de la touche de celui qui lui a donné corps, l’harmonie des tons et la magie de la palette utilisée. L’influence d’un autre peintre belge, Alfred STEVENS se fait sentir, de par le thème, de par le style.

F. TOUSSAINT (1873-1956)
Elève de J. Portaels, il étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Il rencontre ensuite A. Stevens à Paris qui l’encourage dans l’art du portrait féminin. Dans un style post-impressionniste, il développera, tout au long de sa vie, une peinture dédiée au culte de la femme. Il recevra la médaille d’or pour un portrait féminin au salon de Paris de 1929.

Cote moyenne du peintre : 8.000 euros

  ** « Après le concert »
Le premier regard est attiré par un violoncelle posé négligemment contre une chaise, à l’avant droit de la composition. La jeune fille et la jeune dame donnent l’impression d’attendre sans doute le musicien qui aurait posé son haut de forme sur la table. Un espace verdoyant forme l’arrière-plan et nous indique que la scène se déroule vraisemblablement dans un jardin. Les traits réalistes sont combinés à de légères touches impressionnistes mais qui n’excluent pas de beaux noirs contrastants avec un jeu de blancs « colorés ».

Louis THEVENET (1874-1930)
Abandonné dès l’adolescence, il devient tout d’abord marin puis exerce de nombreux métiers avant de devenir peintre à part entière. Sa peinture, de vision impressionniste dans un premier temps, sera très influencée par son ami Auguste Oleffe et par les fauvistes brabançons auxquels il se joindra par la suite

Cote moyenne du peintre : 7.100 euros


Cliquez sur 
les miniatures 

 

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Un stand

 

 

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C. Permeke

 

 

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Jan Toorop

 

 

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K. van Dongen

 

 

 

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G. Grosz

 

 

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P. Breughel

 

 

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J. de Momper

 

 

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F. Goya

 

 

 

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Meissen

 

 

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Maître de Rimini

 

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Psautier, Tournai

 

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H. Evenepoel

 

 

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F. Toussaint

 

 

 

Supprimé :
Louis Thevenet,
Droits Sabam

 

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