LA LETTRE MENSUELLE

La nouvelle exposition du MAC'S à Mons.  Avril 2003 
   Le Beau Corps de la Mémoire :    
  
Quand la passion fait aimer l'art contemporain.

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Prolongation jusqu'au 12 octobre 2003 : lire ici.

Certains talents et dispositions sont indispensables pour faire d'une exposition d'art contemporain un succès, et mieux : un succès populaire. Laurent Busine, conservateur du MAC's, les possède et les insuffle à toute son équipe : conviction, enthousiasme, cohérence, sens de la simplicité -et son corollaire, le refus de l'abscons-, le goût de communiquer dans la convivialité et surtout de partager.

En effet, la condition essentielle pour saisir la plupart des oeuvres contemporaines est qu'elles nous soient expliquées : dans l'intention comme dans le langage de l'artiste. Les mémoires travaillent par codes, qu'ils soient génétiques, sociaux, esthétiques ou émotifs (mentaux plus largement). Posséder les clés ouvre la compréhension. Et M. Busine possède un beau trousseau.

L'exposition qui vient de s'ouvrir ce samedi 15 juin en témoigne. "Le Beau Corps de la Mémoire" s'inscrit dans la continuité de la précédente, "L'Herbier et le Nuage", tout en travaillant sur un thème qui m'est cher : la mémoire, nos mémoires. Des fragments de mémoires en fait, proposés par les artistes pour être accolés à ceux que, visiteurs, nous amenons : chacun en final s'en trouve plus riche de souvenirs.

Les commentaires aimablement fournis par les nombreux guides suggèrent un sens, ou nous aident à le découvrir ; le catalogue aussi, que l'organisateur a voulu assorti de textes brefs, dans le style d'une parole transcrite.

Ainsi, un étonnant petit moulage de Rodin, une tête et trois mains aux tourments romantiques, serties dans une sorte de reliquaire, répond à un ongle monumental en verre de Giuseppe Penone, fragment du corps dont il garde les empreintes, posé sur un lit de laurier qui reporte à l'éternité.

L'installation de Patrick Corillon (l'artiste était présent vendredi) évoque Tristan et Yseult, scande les moments et le temps qui passent par le rythme de ses espacements tout en empruntant ses contours à des peintures du Titien, de Watteau. 

L'arbre y est présent, qui sera rappelé à de nombreuses reprises dans le parcours parce qu'il garde des mémoires d'une autre dimension : des forêts avant l'homme de Joachim Koester, de grands arbres la tête en bas ainsi qu'ils parviennent à notre rétine par Rodney Graham, des pages de livres anthologies de tous les savoirs, enchâssées dans une table et des chaises par Art & Language, ou les feuilles de Luciano Fabro qui basculent de la partie à la structure.

Une forêt de lutrins soutiennent de curieuses partitions : des photographies d'acteurs célèbres, de Peter O'Toole à Pierre Arditi. C'est L'Apothéose d'Homère, du nom de l'oeuvre d'Ingres qui a inspiré Giulio Paolini. Ces morceaux de mémoire, ces bribes du savoir universel nous disent que l'interprétation est libre, mais que toujours interprétation il y a.

Une pièce de mobilier, un bureau d'Ettore Sottsass, designer connu, "a fait tilt" dans ma mémoire : j'ai rapproché ces jeux de miroir de ceux que l'on voit dans les cabinets anversois. L'artiste a-t-il eu ce souvenir quand il a créé ? Peu importe, l'essentiel ici est qu'une empreinte souvenir ait rencontré une intention venue je ne sais d'où, mais qui atteste que j'en suis tributaire. 

José Maria Sicilia est connu de nos lecteurs. Il présente ici aussi le travail de la cire, une grande et splendide anémone, 5 grands plais de papier qui incrustent des feuilles, et encore des pages incluses dans des manipulations de cires, dont chacune devient avec une part d'aléatoire un autre bijou. Etrange association de la miniature et du gigantesque qui se regardent d'un mur à l'autre, avec en contrepoint cette fleur irradiant la joie.

Mémoire et temps, durée : notions que Marie-José Burki projette sur un écran plat en filmant les gestes anodins de simples new-yorkais. Elle utilise une caméra captant 300 images par seconde, et restitue ces images au ralenti : quelle noblesse il se dégage de ces mains qui battent des cartes, qui dressent des dominos. Nos mémoires ne peuvent d'ordinaire les capter, et Burki nous les montre, ramenant l'image sub-liminaire à une limitation de nos capacités à saisir l'instant. Qui plus est dans un esthétisme naturel, de couleurs et de mouvements.

Au fil de la promenade, nous pouvons ainsi fragmenter, reconstruire, abandonner, bâtir des mémoires, des empreintes, des traces. Nous y aident aussi les terres cuites quasi primitives de Gabriel Orozco, les aquarelles de l'instant archivé de Günter Förg, l'allégorie du travail dans la grande toile Industria d'Antoine Bourlard. 

La dernière et vaste salle est un havre. Les canapés multicolores de Frank West nous tendent les bras. Des écrans TV diffusent des conférences sur cet art, que personne ne comprend, comme le bruit de fond de nos villes. Cette sculpture se doit d'être habitée, elle s'adresse à un groupe, à un corps social, autre détenteur de mémoire. Et cela nous renvoie à la parole de Laurent Busine, simple comme bonjour, comme toujours, si ma mémoire ne me trompe pas. 

La liberté qu'on nous donne ici pardonne à la perte de mémoire tout en protégeant de l'oubli. Quel que soit le fragment qu'on en retienne, cette exposition agrandit son champ. Elle sème généreusement, et nous en récoltons les fruits que nous sentons pouvoir cueillir.

Emmanuel Mons delle Roche         
 
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Moulage de Rodin

 

 

 

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Giulio Paolini

 

 

 

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Rodney Graham

 

 

 

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Luciano Fabro

 

 

 

 

 

Supprimé :
Marie José Burki,
Droits Sabam

 

MAC's, Site du Grand Hornu, rue Sainte-Louise, 82, 7301 Hornu.
Tel : +32 (0) 65 65 21 21.
Site : www.mac-s.be . Courriel : info.macs@grand-hornu.be  

32ilmacforg.jpg (32775 octets)

Günter Förg

Tous les jours de 10 à 18 heures, fermé le lundi.
Jusqu’au 12 octobre 2003.
Voir aussi sur le site :
José Maria Sicilia, "En flor", chronique de Fr. Bernardi, à La Louvière en 02 02.
Rodney Graham, photos du Groupe Lhoist, Françoise Bernardi en 06 02. 

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