LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Danièle Doumont de Culturoscope - Avril 2003.

       Le renouveau religieux du vitrail au début du XXe siècle.

;
Au XIXe siècle, la technique du vitrail est remise à jour grâce à un intérêt accru pour le Moyen-Age(1). Dans divers pays, on cherche à redécouvrir les techniques médiévales afin d’améliorer la qualité lumineuse du vitrail : sa couleur, sa matière (2).  La technique redécouverte est exploitée jusqu’à son paroxysme au détriment  du style et de l’originalité. Au niveau iconographique, les répétitions foisonnent et la sensibilité propre à l’art du vitrail disparaît peu à peu jusqu’à l’apparition de l’Art nouveau qui permet une renaissance du vitrail mais en l’abordant toujours de manière décorative.

Au début du XXe siècle, beaucoup considèrent encore le vitrail comme un art décoratif ou comme un moyen pédagogique (le clergé). Plusieurs artistes vont alors prendre des initiatives pour redonner au vitrail un nouvel élan créateur en "l’unissant" notamment à la peinture alors en pleine effervescence.

Maurice Denis et Georges Desvallières ouvrent en 1919 à Paris les Ateliers d’Art Sacré où se rencontrent verriers et peintres.  Cette initiative ne connaît pas le succès esperé mais parmi le groupe, Jean Hébert-Stevens et Pauline Peugniez vont fonder, peu avant l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925, un atelier pour renouveler le vitrail en y introduisant la sensibilité des peintres.

Dans le même esprit de collaboration entre peintres et verriers, Marguerite Huré venait de réaliser les premiers vitraux de Pierre Couturier et ceux de Maurice Denis pour le Raincy, dans l’église d’Auguste Perret en 1923.  Il s’agit des premiers vitraux abstraits de l’art sacré. 

Vers la même époque également, l’atelier "Les artisans de l’autel" est fondé par Louis Barillet et Jacques le Chevallier qui réalise des compositions cubistes en verres blancs et noirs, miroirs et verres striés.

En 1939 Jean Hébert-Stevens organise au Petit Palais une exposition consacrée à l’art décoratif.  Elle est l’occasion de découvrir l’expression de peintres tels - Rouault, Gromaire, Bazaine - dans le vitrail.  Malheureusement, cette initiative n’aura pas d’avenir à cause de l’imminence de la guerre.

Pour avoir un avenir, ces diverses tentatives par les artistes doivent également trouver écho auprès du clergé.  Cela s’est fait principalement grâce aux dominicains Marie-Alain Couturier et Raymond Régamey qui ont assuré à partir de 1937 la direction de la revue ' Art Sacré ' fondée deux ans plus tôt. 

En 1937, le père Couturier reçoit du clergé de l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce d’Assy (1938-1949) le soin de rassembler des peintres et verriers éminents : les peintres Braque, Matisse, Bonnard, Lurçat, Rouault, Léger, Bazaine, Chagall, Berçot, Brianchon; et des maîtres-verriers tels P. Bony, Hébert-Stevens, M.Huré et le Père Couturier.  La grande diversité des styles a pour conséquence un manque d’harmonie mais l’église d’Assy devient le manifeste du renouveau religieux qui est en train de s’opérer. 

Après cet exemple, d’autres suivront : la chapelle de Vence (1951) dont les vitraux, réalisés par Matisse, évoquent la Méditerranée ;  Le Sacré Cœur d’Audincourt (1955) avec une composition horizontale évoquant les instruments de la Passion dont les cartons sont de Léger et la réalisation en dalles de verre de Barillet , les vitraux du baptistère sont de Jean Bazaine et ceux de la crypte basse sont de Jean le Moal.

Grâce à la participation des peintres, le vitrail retrouve la sensibilité qu’il avait perdue aux siècles précédents, notamment avec l’emploi de la dalle de verre qui permet une lumière profonde.  

Citons comme représentant de la dalle de verre le peintre Alfred Manessier : il est le premier a avoir conçu des vitraux non-figuratifs dans un édifice ancien, à savoir la chapelle des Bréseux en Franche-Comté en 1948 et cela grâce à l’appui de l’abbé Ledeur de Besançon.  Manessier a également conçu des vitraux à la chapelle de Hem  et au Pouldu.  Bon nombre d’églises encore se verront parées dans ces années de vitraux dus à la collaboration entre peintres et maîtres-verriers (3).

Au milieu du siècle, la confiance que le clergé accorde aux artistes, quelle que soit leur croyance, permet la création dans le verre d’œuvres d’art en tant que telles.  L’influence des concepts contemporains de l’art profane amorce un renouvellement des formes du verre. qui s’émancipe peu à peu de la technique traditionnelle et de l’iconographie conventionnelle.

Danièle Doumont,      
Historienne d'art,      
www.culturoscope.org
      


Notes et bibliographie :
(1) Les siècles précédents avaient vu le déclin du vitrail, notamment par la découverte de l’émail qui amena une peinture sur verre blanc et une progressive opacité du vitrail.  En outre, la peinture aux émaux permet la présence de différentes couleurs au sein d’un même morceau de verre, ce qui va peu à peu amener la suppression des découpes complexes de verre nécessaires à la juxtaposition des tons, découpes qui faisaient la particularité de l’art du vitrail.

(2) La redécouverte des techniques anciennes permet un renouveau du vitrail mais la répartition des tâches en atelier a pour conséquence le morcellement du travail, faisant des peintres-verriers de simples exécutants : l’un réalisant les figures, l’autre les ornements, un autre encore effectuant la coupe du verre.

(3) voir : CALDERS (A.), GERON (J-M.), in : Magie du verre, Bruxelles, Galerie CGER, 1986, p.204.

 

Illustration
en attente

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright © 2003 culturOscope et Danièle Doumont. 
Tous droits réservés.

Pour contacter l'auteur : daniele@culturoscope.be 

 

Les autres articles sont accessibles via nos archives.   
Retour à la lettre
       Retour à l'accueil  

Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle 

| Recommandez ce site à un ami |

 

Hit-Parade