LA LETTRE MENSUELLE
Université de Lille III, France - Avril  2003.

     Ernest Cracco, peintre de chevalet et de composition murale,
     Mouscron 23/08/1864 –Mouscron 22/01/1944 :
     par Madame Dominique Piteux Vallin.

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1/ Biographie :

Les Cracco de Mouscron sont une famille d’artistes depuis de nombreuses générations.

Ils  descendent de Jacques Cracco, né en Italie en 1745, peintre et graveur sur verre, qui viendra s’installer en Belgique et qui décédera à Roulers en 1817.

Ses fils Antoine Cracco (1781-1839) peintre vitrier né à Roulers et Louis également artiste le suivront dans cette voie artistique.

Dans la descendance d’Antoine se trouve Pierre Cracco artiste peintre, le père de Louis et le grand-père de ceux à qui nous allons nous intéresser, Ernest plus spécialement, mais aussi Charles dit Oscar dont il est indissociable.

Ernest est né le 23 août 1864 de l’union de Louis Cracco avec Clémence Devos.

Avant d’entrer en formation chez son père, Ernest poursuivit ses études primaires au collège épiscopal Saint-Joseph de Mouscron de 1872 à 1878.

Apprenti à l’atelier de son père de 1878 à 1882 il suivra les cours du soir à l’Académie communale de peinture et de dessin de Courtrai.

De 1882 à 1885, Ernest ira  étudier la décoration religieuse à l’Institut Saint Luc à Gand. C’est un institut voué à l’apprentissage d’un style caractéristique initié en Belgique par Jean de Béthune[1],  le néo-gothique.

Pendant le voyage qu’il a effectué en Grande-Bretagne en 1842, Jean de Béthune a rencontré A.W.N Pugin[2]qui sera l’un des initiateurs de la révolution décorative qui va se développer dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Pour Béthune, quelquefois appelé le Baron Béthune, le gothique va de paire avec le renouveau catholique. Jean de Béthune attiré par l’art chrétien et inconditionnel des idées défendues par Pugin ; il fonde avec Guido Guizelle la société de Saint Luc en 1851 et la première école à Gand en 1863.

C’est dans cet institut que seront découverts et formés de nombreux artistes dont Ernest Cracco.

De 1885 et jusqu’en 1888, Ernest Cracco achèvera ses études à l’institut supérieur des Beaux-Arts à Anvers dans l’atelier de Devriendt où il obtiendra un premier prix de peinture et une médaille de la ville. 

En 1888 et 1889 il voyagera en Italie et il séjournera surtout à Florence et à Rome grâce à une bourse d’étude octroyée par l’Institut Supérieur des Beaux Arts d’Anvers.

C’est donc en Italie qu’il se perfectionnera en peinture religieuse.

En 1890, il réalisera ses premiers travaux particuliers ; il sera aussi nommé en qualité de professeur de peinture et de dessin au collège épiscopal Saint-Joseph, à l’institut des Dames de Marie et au collège des pères Jésuites à Mouscron.

Il s’est marié à Rumes (Belgique) le 23/10/1894 avec Marie Bara. Ils seront domiciliés Rue Léopold à Mouscron, et donneront naissance à quatre fils et deux filles.

Il exercera le métier d’artiste peintre décorateur, comme son père et grand-père l’avaient fait avant lui.

Il pratiquera à la fois le portrait de chevalet et la composition murale.

2/ Son œuvre :

On lui doit de nombreux portraits de sa famille ou des célébrités locales.

Le musée de Mouscron renferme dans ses collections plusieurs œuvres dont les portraits à l’huile de Argénia Cracco, Robert Cracco, Oscar Cracco mais aussi de Sylvère Dervaux, ainsi qu’un autoportrait.

Quelques pastels complètent cette collection avec les portraits des filles de Oscar et un pastel de R.P. Passerat.

C’est grâce à la copie qu’il fit du tableau de Rémy Cogghe, les Aduatiques vendus à l’encan conservée à l’hôtel échevinal de Mouscron, que nous pouvons imaginer la facture du travail présenté par Cogghe lors du prix de Rome.

Ajoutées aux commandes mouscronnoises, il reçut de nombreuses commandes en Grande Bretagne et en Irlande mais aussi en France et aux Pays-Bas.

Il est  l’auteur de plusieurs décors d’intérieur d’édifices mouscronnois. Il est souvent aidé dans ses travaux par son frère Charles dit Oscar (Mouscron1867- Mouscron 1943) et par quelques élèves.

En 1903 l’administration communale de Mouscron désigne les artisans mouscronnois pour la décoration tant intérieure qu’extérieure de l’hôtel de ville.

La famille Cracco est en bonne place et c’est à Ernest qu’est commandé le hall d’entrée et la salle du conseil communal ; Oscar son frère, participe aussi aux décors intérieurs.

Cette attribution entraîne une vive critique de la part de la gazette libérale La Lutte quant au choix des peintres et à leur style.

Ernest Cracco répond lui-même à ses détracteurs[3] dans le n°7 du journal de Mouscron, mensuel catholique, en septembre 1903.

A Mouscron (Dottignies) également, il réalise les fresques murales de la chapelle de la congrégation des sœurs de Saint Charles Boromée et aussi les voûtes de la chapelle de l’orphelinat rue des Moulins.

A Doullens, dans la Somme (France), le Couronnement de la vierge  orne l’église Saint-Martin.

Dès 1897 il répond à une commande anglaise, à Leeds, et réalise le  triomphe de la croix  pour l’église Saint-Patrick.

C’est en Irlande à l’abbaye de Kylemore dans le Connemara qu’il décore d’un  triomphe du Christ la maison néo-gothique que les nones[4] ont achetée en 1920

Ces commandes d’outre-Manche ne sont pas surprenantes à qui connaît la réclame que les Cracco ont fait paraître dans la presse en 1897 :

« Ernest and Oscar Cracco Bros., artists and church décorateurs, Mouscron, Belgium. Altar pieces, artistic mural painting, way of the cross, decoration of statues, etc.

The process employed by them in church painting is perfectly durable, and has quite si effect of fresco.

The artistic work is executed by Ernest Cracco, pupil of the école St Luc, Ghent, of the Institut superieur des beaux arts d’Anvers and of the fine art school, Florence.

The decorations are executed by Oscar Cracco, who has trained by his father, a well-know Belgian Churh Decorator. »[5] 

La réclame et le premier travail réalisé à Leeds leur assurent une notoriété qui leur vaudront des commandes pendant trente ans, surtout dans le Yorkshire.

Nommé le premier directeur de l’école industrielle et commerciale de Mouscron en 1911, il démissionne en 1917 submergé par la partie administrative de sa fonction.

Parmi ses élèves connus Pierre Baeyens (Mouscron 1894-1963), Maurice Callewaert (Mouscron 1900- Paris1986), Abel Cracco (Mouscron 1896-Mouscron 1965), René Degraeve (Mouscron 1901-Lille 1957), Gaston Descamps (Mouscron 1899- Mouscron 1966).

De 1938 à sa mort il est président fondateur du comité des Beaux-Arts de la ville de Mouscron et du cercle artistique Mouscronnois.

Dominique Piteux Vallin,     
Historienne de l'art,     
 
Université de Lille III       

Bibliographie :

R. Vandenberghe in Mémoires de la société d’histoire de Mouscron et de la région, «les Cracco à Mouscron », tome IX, fascicule 2, 1987. 

Du même auteur, sur le site : Rémy Cogghe, dont Dominique Piteux réalise le catalogue raisonné.


[1] Jules Helbig, son principal collaborateur lui a consacré plusieurs ouvrages biographiques.

[2] 1812-1852, né de père français immigré de Saint-Omer(nord), imprégné de culture française il réfléchit dès 1841 sur les spécificités de l’architecture chrétienne  et initie le regain de vigueur du style gothique en Europe. En 1851 au Cristal Palace, lors de la première expédition universelle qui se tient en grande Bretagne, il loue deux travées et invite ses amis artisans, architectes à exposer des œuvres d’inspiration médiévale qu’ils ont réalisées d’après ses plans. Toutes les œuvres sont «gothique », dans un style adapté au 19ème siècle. Autour de lui va s’organiser le courant international pour une architecture catholique néo-gothique. Il avait publié dès 1841 des ouvrages de réflexion sur le sujet.

[3] Les rédacteurs les plus en vue de la Lutte sont l’avocat Albert Desmet, l’imprimeur Henri Lerouge et le cafetier Bertrand Delvenne.

[4] Elles avaient fuit leur couvent d’Ypres en 1914 et avait trouvé refuge en Irlande à Kylemore dans le Connemara.

[5] E et O Cracco, artistes et décorateurs d’églises. Maître-autel, peinture murale artistique, chemin de croix, décoration de statues, etc. Le procédé qu’ils emploient est parfaitement durable, et a tout à fait l’aspect de la fresque…Les décorations sont effectuées par O Cracco, qui s’est formé auprès de son père, un peintre décorateur d’église, belge, bien connu.

 

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Archer et arbalétrier

 

 

 

 

 

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L'architecte

 

 

 

 

 

 

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Le brasseur

 

 

 

 

 

 

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Le peintre

 

 

 

 

 

 

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Le tisserand

 

 

 

 

 

 

 

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