Exposition temporaire

A la Galerie de la Madeleine à Bruxelles :
    Dames et toiles : Fédération féminine artistique.


Ce mois d’août, la Galerie de la Madeleine accueille le 42e Salon d’ensemble de la Fédération féminine artistique belge. Le nombre assez considérable de participantes — 23 au total — les contraignit à scinder l’exposition en deux quinzaines (3-15 et 17-30 août), que se partagèrent deux groupes. Présentation soignée, accueillante, éclairage correct. Les volumes limités de la galerie ne permirent pas aux artistes d’exposer plus de deux oeuvres (sauf Paule Walthéry), forcément peu représentatives de la production d’une année. Comme l’indique son nom, cette fédération fondée en 1954 vise à promouvoir l’art féminin; les hommes restent bien sûr les bienvenus en tant qu’admirateurs ou clients potentiels. Ce compte-rendu concerne la seconde quinzaine d’exposition.

Les cimaises nous réservent d’agréables découvertes. Vaste éventail de styles — c’est le propre d’un salon d’ensemble —, multiplicité de techniques. La peinture prédomine, sans exclure d’autres langages plastiques. Ainsi, Paule Walthery expose ses céramiques primitivistes (cinq au total). Certaines se singularisent par une opposition entre le blanc et le noir, parfois ponctuée d’accents colorés. La conception quasi "tribale" de Gestation renvoie aux temps primordiaux, symbolisés notamment par un triceratops (les paléontologues reconnaîtront là un dinosaure); la rugosité des surfaces s’enracine dans les bouleversements originels. D’autres pièces (Le Marché de Puno, Somalie) cultivent douceur, rondeur féminine, intériorisation, abstraction schématique formelle, évocation de la plastique africaine. Paule Walthéry recourt fréquemment aux craquelures de la céramique Art Déco — style volontiers africanisant.

Dans le domaine pictural, la diversité de la production témoigne d’un réel dynamisme créatif. Les œuvres privilégient en général un chromatisme lumineux et harmonieux, une palette vive ou apaisée. Seule Maria Ortego de la Fuente fait exception. Ses huiles construites au couteau — renforcement de l’âpreté picturale — perpétuent un expressionnisme angoissé: visages révélateurs d’un mal-être évident, couleurs criardes et sales. L’Indienne, en contrastes violents (jaune, bleu...), trahit le désarroi d’un peuple. Surgissant des ténèbres, le Mineur revient défiguré de son labeur souterrain.

Les paysages bruxellois de Gilberte Thomas, aquarelliste talentueuse, nous rendent la sérénité: Marché aux fleurs. Grand-Place et Place royale. Loin des trop nombreux chromos propres à satisfaire le touriste, Gilberte Thomas traite les sujets hors des sentiers battus. Elle noie ses tableaux dans un sfumato remarquable, très accentué au niveau du sol, où disparaissent la circulation, la pollution et le mobilier urbain. Plutôt inhabituelle, la verdure égaye la minéralité de la Grand-Place, dont les façades, comme transfigurées, resplendissent de lumière. L’artiste cadre impeccablement ses compositions, grâce à des avant-plans esthétiques (l’escalier des Lions de l’Hôtel de Ville, ou une lanterne). La conception de la Place royale retient l’attention. Le soleil couchant transforme les couleurs. Les ombres s’allongent, seules les façades orientées au Sud sont encore éclairées; les autres plongent dans la grisaille du crépuscule. Ces plans orthogonaux sombres ou lumineux structurent le tableau. La verdure du Parc de Bruxelles offre par la Rue Royale une échappée bucolique indispensable. Ces aquarelles, d’une gaieté non feinte, témoignent d’une belle maîtrise de la lumière.

Atmosphère paisible à nouveau, insouciance et joie de vivre dans les aquarelles d’Anny Van Gorp. Elle a choisi deux sujets aquatiques: Les bateaux, amarrés dans une crique arborée et pétillante et La plage des pas perdus, à la limite de l’abstraction. L’artiste y juxtapose des demi-teintes en larges zones évoquant le sable, la mer, le ciel nuageux.

Douceur encore chez Simone Vande Sompel qui perpétue la tradition animalière (Tendresse infinie et Beauté royale).

Tout autre style: Denise Tackels. Elle travaille ses toiles en technique mixte: des collages très discrets rident les surfaces (Infini, Détente). Les textes des coupures de journaux ou pages de romans transparaissent parfois. Le tout est coloré vivement en larges touches, rappelant clairement Somville.

Deux exposantes apprécient l’orientalisme; l’une par allusion, l’autre en style pur. Andrée Verhaegen-Riga peint sur soie à la manière chinoise (Paysage et La vie coutumière au village). Virginie Saboundjian présente deux gouaches énigmatiques, au graphisme soigné: Asia, où un visage féminin oriental, regardant fixement le spectateur, exprime tout le mystère de l’Asie. Dans Singes, elle associe à une bande de babouins un visage de femme hurlant d’effroi, la chevelure se confondant avec la fourrure des primates. Ces deux tableaux sont abondamment pourvus de motifs décoratifs orientalisants, de couleur pure et vive.

Lucie Pringels joue avec les composantes du prisme, obtenant des effets inattendus. Dans le Bain de Soleil, des ondes parallèles, balayant tout le spectre lumineux, parcourent la toile en ignorant le personnage nu étendu au centre. Dans le Portrait d’Ariane, les ondes s’entrecroisent et déterminent les formes; les teintes restent dans les verts et bleus.

Michelle Willems pratique une peinture lumineuse et riante, mais les surfaces sont d’une rudesse exacerbée. Elle travaille une pâte extrêmement grasse, quasi en application directe du tube sur la toile, si bien que le terme "empâtement" n’est plus vraiment approprié; le modelé frise le haut-relief. Comme Gilberte Thomas, l’artiste a choisi deux vues de Bruxelles: Place du Musée et Rue des Bouchers.

Enfin, Alla Sadowsky apprécie la matière structurée. Il s’agit de compositions en saillie: des masques en plâtre argentés — de type vénitien — surgissent du plan du tableau. Ils sont immergés dans des masses épaisses de granulés peints en bleu. Raz de marée figure une succession de quatre masques de taille croissante, disposés dans une ellipse granuleuse. Dans Apocalypse, des habitations en céramique sont éclatées au milieu de cette matière, sorte de magma primordial. Des masques regardent le spectateur, l’interpellent comme s’ils le prenaient à témoin du drame. Impression d’étrangeté garantie.

Christian Bodiaux     

 

 

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A notre
grand regret !

Galerie de la Madeleine, rue de la Madeleine, 57, 1000 Bruxelles.

À voir jusqu’au 30 août 2001.

Tous les jours sauf le lundi, de 11 à 18h.

Copyright © 2001 Mémoires et Christian Bodiaux. Tous droits réservés.

 

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