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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique d'Adrien Grimmeau. Novembre 2006 La survie de l'oeuvre d'art : un monde entre elle et nous De quelques modes de transmission des oeuvres d'art... |
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;; Traces
du passé A
Strasbourg donc, et jusque fin 2007, le musée archéologique propose selon une
formule conçue en 1994 déjà, une présentation d’objets publicitaires qui
s’approprient des thèmes culturels allant de la Préhistoire à l’Antiquité
gréco-romaine, en passant bien sûr par l’Egypte. L’intérêt de
l’exposition est donc double, puisqu’il explique en parallèle certains
faits historiques et le fonctionnement du discours publicitaire. Restons dans l’Antiquité, avec In Pharaos Grab. Die verborgenen Stunden der Sonne ("Dans la tombe des pharaons. Les heures obscures du soleil"). Présentée à Bâle, cette exposition est centrée sur la tombe de Thoutmosis III (1479-1426 AC), dont sont donnés à voir différents éléments de décor. La tombe de ce pharaon de la 18ème dynastie est illustrée par le Livre d’Amdouat, qui décrit le voyage nocturne effectué par le soleil dans le monde souterrain. Chacune des douze heures de ce périple est illustrée dans l’exposition par un objet égyptien. Mais
le point fort de la visite est la recréation complète de l’intérieur de la
tombe de Thoutmosis III : le public entre véritablement dans la résidence
du défunt, reproduite grandeur nature. Si nous ne pouvons pas voir
l’original, la technologie nous permet néanmoins d’avoir un accès à
l’Histoire, et ce sans risque pour le document premier. Nous sommes en plein
coeur de la "survie de l’œuvre d’art". Cette prouesse technique est due à Factum Arte, entreprise madrilène qui entend participer à la conservation d’un patrimoine en danger, par la reproduction de celui-ci. Le premier cas fut la numérisation de la tombe de Séthi Ier : les parois furent scannées au laser, puis reproduites en trois dimensions dans des matériaux se rapprochant le plus possible des originaux. Par ailleurs, un répertoire minutieux est dressé de scannages des fragments de tombeaux conservés dans les musées du monde, ce qui permet d’en réintégrer une copie à leur emplacement original. Factum Arte participe donc à la survie de l’œuvre d’art et spécialement à sa diffusion au public, lors d’expositions itinérantes comme celle dont il est question ici, prévue dans plus d’une dizaine de musées. Qui plus est, les "copies" des œuvres scannées sont des documents intéressants pour les historiens dès lors qu’ils intègrent des fragments conservés dans d’autres pays. Collections Quelques
millénaires plus tard … Un autre aspect de la survie de l’œuvre d’art
est donné par une exposition organisée au Courtauld Institute of Art : David
Teniers and the Theatre of Painting. Le musée londonien se penche sur une
partie spécifique de la création du peintre anversois David Teniers
(1610-1690). En 1651, il fut engagé par Léopold Guillaume, gouverneur général
des Pays-Bas espagnols, qui possédait l’une des plus grandes collections
d’art de son époque. Teniers devint le conservateur de cet ensemble riche de
près de 1300 pièces, comprenant des peintures d’artistes tels que Bruegel
l’Ancien, Van Eyck, Raphaël ou Titien, et dont une partie forme aujourd’hui
le Kunsthistorisches Museum de Vienne. Teniers peignit à plusieurs reprises un "portrait" de la collection de Léopold Guillaume, où sont exposées côte à côte, dans une présentation fictive, les pièces maîtresses de l’archiduc. Dans la célèbre version de 1651 exposée pour l’occasion au Courtauld Institute, l’on peut voir le peintre présenter au gouverneur, parmi une multitude de chefs-d’œuvre, une peinture d’Annibale Carracci. Par
la suite, Teniers s’attela à un projet plus ambitieux encore : le Theatrum
Pictorium, un catalogue des 243 principales œuvres italiennes possédées
par Léopold Guillaume. Pour cette publication qui vit le jour en 1660, Teniers
peignit de petites reproductions des peintures sélectionnées, qui servirent de
modèles à une équipe de douze graveurs. Un choix de ces reproductions, ainsi
que des gravures qui en sont tirées, est présentée dans l’exposition. Le
Theatrum Pictorium, qui connut un grand succès dès sa publication, a une
grande importance historique, puisqu’il reproduit des œuvres aujourd’hui abîmées,
voire disparues. Il apparaît donc comme la dernière trace de quelques
chefs-d’œuvre, illustrant ainsi d’une nouvelle manière l’idée de survie
de l’œuvre d’art. Pour rester dans le même thème, celui des collections d’art, mais quelques siècles plus tard, évoquons pour terminer une exposition visible à Dresde jusqu’au 14 janvier 2007 : Von Monet bis Mondrian. Meisterwerke der Moderne aus dresdner Privatsammlungen der ertsen Hälfte des 20. Jahrhunderts ("De Monet à Mondrian, Chefs-d’œuvre de l’art moderne des collections privées de Dresde durant la première moitié du 20ème siècle"). Cette manifestation visible à l’espace d’exposition Brühlschen Terrasse réunit une série d’œuvres d’artistes majeurs de l’art du vingtième siècle, qui firent partie de collections allemandes aujourd’hui disséminées. Citons notamment les projets de décoration d’une chambre pour la collectionneuse Ida Bienert. Les toiles de Van Gogh, Picasso, Klee, …, visibles lors de l’exposition vécurent un temps dans des écrins personnels, dont certains pourront être pénétrés lors de visites guidées. L’occasion
de découvrir l’un des moyens actuels de conserver l’art, et probablement la
principale finalité de celui-ci de nos jours : la collection privée.
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Vue de l'expo à Bâle
Factum Arte
David Teniers
David Teniers
Claude Monet
Piet Mondrian |
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Archéopub. La survie de l’Antiquité dans les objets
publicitaires. Strasbourg, Musée Archéologique,
jusqu’au 31 décembre 2007. http://www.musees-strasbourg.org In
Pharaos Grab. Die verborgenen Stunden der Sonne.
Bâle, Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig, jusqu’au 21 janvier 2007. http://www.antikenmuseumbasel.ch
Le site de
Factum Arte, très complet, présente entre autres des vidéos de son travail :
http://www.factum-arte.com David
Teniers and the Theatre of Painting. Londres, Courtauld Institute of Art Gallery,
jusqu’au 21 janvier 2007. http://www.courtauld.ac.uk Von Monet bis Mondrian. Meisterwerke der Moderne aus dresdner Privatsammlungen der ertsen Hälfte des 20. Jahrhunderts. Dresden, Ausstellungsdgebäude an der Brühlschen Terrasse (Lipsius-Bau), jusqu’au 14 janvier 2007. http://www.skd-dresden.de/ |
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